Depuis 2000 ans

AU Royaume-Uni, un parti politique propose le classement automatique de toutes les églises : une piste à méditer pour la France ?

Tours de l’abbaye de Westminster à Londres -  Zia Yusuf
Tours de l’abbaye de Westminster à Londres - Zia Yusuf
Cette proposition émane du porte-parole de Reform UK, Zia Yusuf, lui-même de confession musulmane. C’est donc un responsable politique musulman qui appelle au classement automatique de toutes les églises

Le 17 février 2026, lors de sa présentation officielle aux côtés du dirigeant du parti Nigel Farage, Zia Yusuf a exposé une proposition claire : accorder un statut protégé automatique à toutes les églises du pays. Il a notamment expliqué que cette mesure chercherait à « protéger le patrimoine britannique, et le christianisme en est une part importante ». Il a précisé : « Nous mettrons fin à la pratique incendiaire consistant à convertir des églises en mosquées ou en tout autre lieu de culte en accordant automatiquement un statut protégé à toutes les églises et en l’interdisant. »

Au cœur de la proposition se trouve donc le classement systématique. Dans le droit britannique, le statut de bâtiment classé protège un édifice pour son intérêt historique et architectural. En l’appliquant automatiquement aux églises, Reform UK entend affirmer que ces bâtiments ne sont pas des biens ordinaires, mais des repères spirituels et culturels inscrits dans l’histoire nationale. Certains responsables musulmans ont critiqué la mesure. L’imam Asim Qari a déclaré : « En réalité, le nombre d’églises qui changent légalement d’usage est très faible. » Le Dr Wajid Akhter a rappelé que les églises « font partie du paysage historique de la Grande-Bretagne et ont une signification profonde pour de nombreuses communautés ». Ces remarques, loin d’invalider la proposition, en soulignent paradoxalement la pertinence. Si les églises ont une signification profonde, si elles appartiennent au paysage historique et à la mémoire collective, pourquoi ne pas leur accorder une protection renforcée et systématique ?

Zia Yusuf a également affirmé que la Grande-Bretagne risquait de perdre ses valeurs chrétiennes en raison des « quantités considérables de personnes » entrant dans le pays. On peut discuter l’analyse politique, mais la question du patrimoine et de l’identité demeure. Un édifice consacré, marqué par des générations de prières, de baptêmes et de funérailles, ne saurait être traité comme un bâtiment neutre.

Lire aussi

En France, beaucoup d’églises sont protégées au titre des monuments historiques, mais pas toutes. La baisse de la pratique religieuse et les contraintes budgétaires et parfois le laisser-aller des communes conduisent à la désaffectation ou à la vente de certains édifices. Hors de toute considération partisane, l’idée d’un classement plus systématique mérite donc d’être examinée.

Mais au-delà du patrimoine architectural, la question est d’abord religieuse. Une église catholique n’est pas un simple bâtiment ancien. Elle est consacrée. Elle est le lieu du sacrifice eucharistique, de la présence réelle du Christ, du baptême qui fait entrer dans la vie chrétienne, du mariage qui fonde les familles, des funérailles qui accompagnent les défunts vers Dieu. Elle est un espace sacré, marqué par l’onction et la prière, inscrit dans une continuité spirituelle. Ces pierres ont façonné l’âme du pays. Elles disent quelque chose de l’ADN historique et spirituel de la France. On ne peut pas parler d’identité chrétienne comme d’un simple héritage culturel abstrait : elle s’est incarnée dans des clochers, des autels, des croix dressées au cœur des villages. Effacer ou relativiser ces signes, c’est fragiliser la mémoire collective et affaiblir la conscience de ce que nous sommes.

On parle souvent d’inclusion. Mais l’inclusion ne consiste pas à nier ce que l’on est. Comment dialoguer avec l’autre si l’on refuse d’assumer sa propre identité ? Comment accepter la différence si l’on nie sa propre différence ?

Le véritable respect suppose la clarté. Une nation qui assume sereinement son héritage chrétien est plus apte à rencontrer d’autres traditions qu’une nation qui doute de ses propres racines.Protéger juridiquement les églises, ce n’est donc pas exclure, ni opposer. C’est affirmer paisiblement que notre histoire ne commence pas hier et qu’elle ne se réduit pas à un espace neutre. C’est reconnaître que le christianisme a structuré notre droit, notre calendrier, nos paysages, nos fêtes, notre conception même de la dignité humaine.

L’initiative de Reform UK pose ainsi une question essentielle, qui dépasse les frontières britanniques : une nation peut-elle préserver son unité si elle renonce à protéger les lieux qui ont formé son âme et son histoire ? Pour la France, la réponse pourrait passer par un sursaut patrimonial clairement affiché : assumer son identité chrétienne, ce n’est pas en faire une exploitation politique ou violemment identitaire c’est rester fidèle à ce que l’on est pour mieux savoir où l’on va.

Recevez chaque jour notre newsletter !