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[ Canada] La cabale contre l’Église continue : le procès du cardinal Ouellet, ou le procès d’un diocèse

cardinal Marc Ouellet - DR
cardinal Marc Ouellet - DR
" Je ne suis pas la personne dont elle parle. Je peux assurer d’une façon la plus complète et certaine que je n’ai jamais posé les gestes qu’elle a décrits"

À Montréal, le procès intenté par le cardinal Marc Ouellet pour diffamation a pris une tournure inattendue. Au fil des audiences, de nouveaux témoignages sont apparus et certains semblent vouloir élargir l’affaire bien au-delà de la personne du prélat. On connaît les ravages de la sécularisation au Canada et l’ampleur des fractures morales qu’elle a entraînées. Dans un pays où l’euthanasie s’est imposée comme une pratique légale et largement répandue, certains observateurs voient le signe d’une société qui a progressivement rejeté l’Église et rejeté Dieu.

Dans ce climat culturel et spirituel profondément transformé, les procès intentés contre des figures de l’Église apparaissent souvent comme l’un des prolongements de cette rupture.

C’est dans ce contexte que se déroule à Montréal le procès du cardinal Marc Ouellet, ancien archevêque de Québec et ancien préfet du Dicastère pour les évêques au Vatican, un poste parmi les plus importants de la Curie romaine puisqu’il consistait notamment à superviser la nomination des évêques dans le monde.

Le procès intenté à Montréal par le cardinal Marc Ouellet devait être, à l’origine, une affaire simple de diffamation. Le prélat a décidé de poursuivre l’une des femmes qui l’accusent publiquement, réclamant 100 000 dollars canadiens pour défendre son honneur. Mais, au fil des audiences, la procédure semble avoir pris une tout autre dimension. À écouter certains témoignages et certaines interventions d’avocats, ce n’est plus seulement un homme qui est jugé, mais toute une institution. Autrement dit, le procès du cardinal Marc Ouellet est en train de devenir, pour certains, le procès du diocèse de Québec, et plus largement celui de l’Église catholique.

De son coté le cardinal Ouellet a rejeté catégoriquement les accusations portées contre lui, affirmant qu’il s’agissait d’une erreur sur la personne. Une femme de 84 ans, Marie-Louise Moreau, avait affirmé qu’il se serait « frotté » contre elle lors d’un événement remontant à 1992. Le cardinal a fermement contesté cette version, déclarant devant le tribunal : « Je ne suis pas la personne dont elle parle. Je peux assurer d’une façon la plus complète et certaine que je n’ai jamais posé les gestes qu’elle a décrits. Ni à l’égard de Mme Moreau ni à l’égard de personne. Jamais. ». L’avocate du cardinal, Me Dominique Ménard, a pour sa part soutenu que les témoignages comportaient plusieurs incohérences et que leur valeur probante était « mince sinon nulle ».

Paméla Groleau

Le juge lui-même a semblé s’en étonner. Lors d’une audience, il a reproché à l’avocat de la plaignante de vouloir transformer la procédure en procès contre le diocèse de Québec. « J’en ai plein les bras avec votre dossier, ça va rester un dossier ! », a-t-il lancé, rappelant que la cause devait rester centrée sur les faits précis allégués contre le cardinal. Cette remarque n’est pas anodine. Elle révèle ce que beaucoup perçoivent déjà : dans certaines affaires médiatisées, la figure du prélat devient le symbole d’une institution entière que l’on cherche à mettre en accusation.

Les témoignages présentés au procès ont suscité une forte couverture médiatique. Deux femmes ont évoqué des gestes qu’elles jugent déplacés. Dans l’un des cas, le cardinal a reconnu avoir glissé un billet de 50 dollars dans le chandail d’une femme pour l’aider financièrement. Il a cependant décrit ce geste comme une « maladresse » et un « geste malencontreux », niant toute intention déplacée. Dans un autre témoignage, une femme a évoqué un souvenir remontant à 1992. Le cardinal Marc Ouellet, pour sa part, a nié catégoriquement les gestes qui lui sont reprochés. Son avocat a demandé au juge d’écarter ces témoignages du dossier.

Un élément frappe cependant dans la lecture de ces récits : il n’est question ni d’agression sexuelle, ni de viol, ni même d’un crime reconnu par la justice. Nous sommes face à des interprétations tardives de gestes présentés comme déplacés, remontant à plusieurs décennies. L’une des plaignantes affirme porter ce souvenir depuis trente-quatre ans. Ce point suscite une interrogation légitime…

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Comment comprendre que des faits supposés aussi marquants n’aient donné lieu à aucune plainte pendant plus de trois décennies ? Pourquoi ces accusations surgissent-elles aujourd’hui, dans un contexte où l’Église catholique fait l’objet d’attaques constantes dans l’espace public ?Ces questions ne visent pas à nier la souffrance éventuelle de certaines personnes. Mais elles rappellent que la justice repose aussi sur la prudence, la vérification et la présomption d’innocence.

Il existe par ailleurs un contraste frappant dans notre époque. Nous vivons dans un monde saturé d’images de violence, de vulgarité et d’attaques idéologiques souvent obscènes. Les repères moraux y sont régulièrement tournés en dérision. Et pourtant, c’est parfois au sujet de gestes ambigus ou maladroits, interprétés des décennies plus tard, que se déchaîne l’indignation la plus spectaculaire.

Ce paradoxe interroge. Pourquoi certains milieux, si prompts à dénoncer l’Église, semblent-ils réserver à celle-ci une sévérité particulière ?

Il serait naïf de croire que ces affaires n’ont qu’une dimension individuelle. Dans de nombreux cas, elles s’inscrivent dans un climat de suspicion généralisée envers l’Église catholique. Le cardinal Marc Ouellet n’est pas seulement un homme. Il est aussi une figure de l’institution. Dès lors, chaque accusation, chaque témoignage devient un élément d’un récit plus vaste : celui d’une Église présentée comme intrinsèquement coupable.Mais la justice ne peut fonctionner ainsi. Elle ne juge pas une institution, ni une tradition religieuse. Elle juge des faits. Or, jusqu’à présent, dans cette affaire, aucun crime n’a été établi. Dans une société véritablement attachée à l’État de droit, un principe doit demeurer intangible : la présomption d’innocence.

Le cardinal Marc Ouellet a choisi de saisir la justice pour défendre son honneur. C’est son droit le plus strict. Et c’est précisément pour cela que les juges sont là : établir les faits, trancher selon le droit, et non selon le climat médiatique.Si l’on transforme chaque accusation en condamnation morale immédiate, alors ce ne sera plus seulement le procès d’un cardinal. Ce sera celui de la justice elle-même.

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