Le discours du pape Léon XIV s’inscrit dans le cadre précis de la mission confiée au Dicastère pour la Doctrine de la Foi. Il en rappelle les finalités essentielles, tout en les reliant aux défis actuels de la transmission de la foi dans les sociétés marquées par une sécularisation avancée.Dès le début de son allocution, le pape reprend la définition donnée par la Constitution Praedicate Evangelium. Le Dicastère est appelé à « aider le Pontife romain et les Évêques dans l’annonce de l’Évangile dans le monde entier », en « promouvant et en protégeant l’intégrité de la doctrine catholique sur la foi et la morale », tout en « puisant dans le dépôt de la foi ».
Cette formulation est significative. Elle établit clairement que l’activité doctrinale ne relève pas d’une élaboration autonome, mais d’un service rendu à la Révélation reçue. L’approfondissement de l’intelligence de la foi est explicitement lié au dépôt transmis, et non à des critères extérieurs. Le pape rappelle ainsi un principe classique de la théologie catholique, selon lequel le développement doctrinal suppose continuité et fidélité, y compris face aux questions nouvelles.L’énumération des documents publiés par le Dicastère au cours des dernières années permet de saisir l’ampleur des questions abordées. Qu’il s’agisse de la validité des sacrements, de la dignité humaine, du discernement des phénomènes surnaturels, de la réflexion sur l’intelligence artificielle, de la coopération mariale à l’œuvre du salut ou encore de la nature du mariage comme union exclusive entre un homme et une femme, ces textes couvrent des domaines variés.
Toutefois, le pape ne les présente pas comme des interventions isolées. Ils apparaissent plutôt comme des réponses doctrinales à des situations concrètes, visant à offrir des repères clairs aux fidèles, aux évêques et aux théologiens. La doctrine est ici comprise comme un instrument de discernement et d’orientation, destiné à éclairer la vie ecclésiale dans un contexte de transformations rapides.Le pape aborde ensuite explicitement la question de la transmission de la foi.
Il reprend un constat déjà formulé par ses prédécesseurs : « une rupture dans la transmission générationnelle de la foi chrétienne ». Cette rupture est particulièrement visible dans les contextes de vieille évangélisation, où un nombre croissant de personnes ne perçoivent plus l’Évangile comme une référence essentielle pour leur existence.
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Le discours souligne que cette situation concerne tout particulièrement les jeunes générations, parmi lesquelles beaucoup vivent « sans aucune référence à Dieu et à l’Église ». Le pape n’en tire pas une analyse sociologique détaillée, mais il en souligne la portée ecclésiale. Cette rupture pose une question directe à la mission de l’Église et à sa manière d’annoncer l’Évangile.C’est dans ce contexte que s’inscrit la phrase centrale du discours : « ce n’est pas l’Église qui attire, mais le Christ ». Cette affirmation précise la nature de l’annonce chrétienne. L’Église n’est pas présentée comme le sujet ultime de la mission, mais comme le lieu à travers lequel le Christ agit.Le pape développe cette idée en affirmant que, si un chrétien ou une communauté ecclésiale attire, c’est parce que « par ce “canal” arrive la sève vitale de la Charité qui jaillit du Cœur du Sauveur ». Cette image souligne que l’efficacité missionnaire ne dépend pas d’abord des moyens ou des structures, mais de la fidélité à la source qu’est le Christ lui-même.
Dans cette perspective, le pape rappelle que l’annonce de l’Évangile ne peut s’accompagner ni de protagonismes ni de particularismes. Il insiste sur le fait que, dans l’Église, chacun est appelé à se reconnaître comme « un simple et humble ouvrier dans la vigne du Seigneur ».Cette affirmation engage une compréhension précise de l’autorité et de la responsabilité ecclésiales. Elle rappelle que toute fonction dans l’Église, qu’elle soit pastorale, doctrinale ou institutionnelle, est ordonnée au service du Christ et de sa mission, et non à une logique d’affirmation personnelle ou institutionnelle.
Enfin, le pape évoque le rôle du Dicastère dans le traitement des délits graves relevant de sa compétence. Il souligne la nécessité de respecter conjointement les exigences de la justice, de la vérité et de la charité. Cette triple référence indique que l’action de l’Église, même dans les situations les plus sensibles, ne peut dissocier ces dimensions sans se dénaturer.Cette précision rappelle que la crédibilité de l’Église ne dépend pas seulement de son enseignement doctrinal, mais aussi de la manière dont elle agit concrètement lorsque sont en jeu des situations de faute grave et de responsabilité.
Par ce discours, le pape Léon XIV rappelle les principes qui fondent l’action doctrinale et missionnaire de l’Église. En insistant sur le primat du Christ dans l’annonce de l’Évangile, il situe la transmission de la foi dans une perspective théologique claire. Face à la rupture générationnelle constatée, il ne propose pas de solutions techniques, mais rappelle le fondement sur lequel toute mission ecclésiale doit s’appuyer : laisser le Christ être le véritable sujet de l’attraction et de l’annonce.
Discours aux participants à la Session plénière du Dicastère pour la Doctrine de la Foi
« Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
La paix soit avec vous.
Bonjour et bienvenue !
Messieurs les Cardinaux,
chers frères dans l’épiscopat,
chers frères et sœurs,
C’est avec joie que je vous accueille à l’occasion de votre Session plénière. Je salue et remercie cordialement le Préfet du Dicastère, avec les Supérieurs et les Officiers. Je connais bien le précieux service que vous accomplissez, afin, comme le dit la Constitution Praedicate Evangelium, « d’aider le Pontife romain et les Évêques dans l’annonce de l’Évangile dans le monde entier, en promouvant et en protégeant l’intégrité de la doctrine catholique sur la foi et la morale, en puisant dans le dépôt de la foi et en recherchant aussi une intelligence toujours plus profonde de celui-ci face aux nouvelles questions » (n. 69).
Votre mission est d’offrir des éclaircissements concernant la doctrine de l’Église, au moyen d’indications pastorales et théologiques sur des questions souvent très délicates. À cette fin, au cours des deux dernières années, le Dicastère a publié plusieurs documents, dont je rappelle les principaux : la Note Gestis verbisque, sur la validité des sacrements (2 février 2024), qui a offert des instructions claires pour résoudre des cas douteux relatifs à leur administration ; la Déclaration Dignitas infinita, sur la dignité humaine (2 avril 2024), qui a réaffirmé la dignité infinie de tout être humain, aujourd’hui gravement menacée, en particulier par les guerres en cours et par une économie qui place le profit au premier plan ; les Normes pour procéder au discernement de présumés phénomènes surnaturels (17 mai 2024), qui ont permis de résoudre des cas relatifs à de tels événements, parmi lesquels celui concernant l’expérience spirituelle de Medjugorje, à laquelle a été spécifiquement consacrée la Note La Reine de la Paix (19 septembre 2024) ; la Note Antiqua et nova, élaborée en collaboration avec le Dicastère pour la Culture et l’Éducation (28 janvier 2025), qui offre une réflexion ample et précise sur le rapport entre intelligence artificielle et intelligence humaine ;
la Note doctrinale Mater Populi fidelis, sur certains titres mariaux se rapportant à la coopération de Marie à l’œuvre du salut (4 novembre 2025), qui encourage la dévotion mariale populaire, en en approfondissant les fondements bibliques et théologiques, et qui, en même temps, offre des éclaircissements précis et importants pour la mariologie ; enfin, la Note doctrinale Una caro. Éloge de la monogamie, sur la valeur du mariage comme union exclusive et appartenance réciproque (25 novembre 2025), qui approfondit de manière originale la propriété de l’unité du mariage entre un homme et une femme.
Tout ce travail contribuera certainement beaucoup à la croissance spirituelle du saint et fidèle Peuple de Dieu. Dans le contexte du changement d’époque que nous vivons, il offre en effet aux fidèles une parole prompte et claire de la part de l’Église, en particulier au sujet des nombreux nouveaux phénomènes qui apparaissent sur la scène de l’histoire. Il fournit en outre de précieuses orientations aux Évêques pour l’exercice de leur action pastorale, ainsi qu’aux théologiens, dans leur service d’étude et d’évangélisation.
J’apprécie en particulier que, lors de cette « Plénière », vous ayez engagé une discussion féconde sur le thème de la transmission de la foi, sujet d’une grande urgence à notre époque. Nous ne pouvons en effet « ignorer que, ces dernières décennies, une rupture s’est produite dans la transmission générationnelle de la foi chrétienne au sein du peuple catholique » [1] et que, surtout dans les contextes de vieille évangélisation, augmente le nombre de ceux qui ne perçoivent plus l’Évangile comme une ressource fondamentale pour leur existence, en particulier parmi les nouvelles générations. En vérité, nombreux sont les jeunes, garçons et filles, qui vivent désormais sans aucune référence à Dieu et à l’Église et, si d’un côté cela provoque en nous, croyants, de la douleur, de l’autre cela doit nous conduire à redécouvrir la « douce et réconfortante joie d’évangéliser » [2], qui est au cœur même de la vie et de la mission de l’Épouse du Christ.
Comme je l’ai rappelé à l’occasion du récent Consistoire extraordinaire, nous « voulons être une Église qui ne se regarde pas seulement elle-même, qui est missionnaire, qui regarde plus loin, vers les autres » [3] ; une Église qui annonce l’Évangile, surtout à travers la force de l’attraction, comme l’ont affirmé à plusieurs reprises mes prédécesseurs Benoît XVI et François [4].
Le fondement de la vie du Corps du Christ est l’amour du Père, qui nous a été révélé dans le Fils fait homme, présent et agissant en nous par le don de l’Esprit ; c’est pourquoi « ce n’est pas l’Église qui attire, mais le Christ, et si un chrétien ou une communauté ecclésiale attire, c’est parce qu’à travers ce “canal” parvient la sève vitale de la Charité qui jaillit du Cœur du Sauveur » [5].
L’Église annonce le Christ, sans protagonismes ni particularismes, et en elle chacun est et doit toujours se reconnaître seulement comme « un simple et humble ouvrier dans la vigne du Seigneur » [6].
Je voudrais évoquer, avant de conclure, un autre de vos services, pour lequel je vous suis reconnaissant et que je recommande à votre sollicitude : celui d’accueillir et d’accompagner, avec toute bienveillance et discernement, les Évêques et les Supérieurs généraux appelés à traiter des cas de délits réservés au Dicastère. Il s’agit d’un domaine de ministère très délicat, dans lequel il est fondamental de veiller à ce que les exigences de la justice, de la vérité et de la charité soient toujours honorées et respectées.
Très chers, je renouvelle enfin mes remerciements à chacun de vous pour l’apport précieux que vous offrez à la vie et à l’œuvre du Dicastère et de l’Église tout entière, spécialement lorsque cet apport est donné de manière humble et discrète. Signe de ma gratitude, je vous accorde de tout cœur, à vous tous et à vos proches, la Bénédiction apostolique. Merci. »
Notes
[1] François, Exhortation apostolique Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 70.
[2] Cf. saint Paul VI, Exhortation apostolique Evangelii nuntiandi (8 décembre 1975), n. 80, cité dans François, Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 10.
[3] Paroles improvisées à la fin de la première session du Consistoire extraordinaire, 8 janvier 2026.
[4] Cf. Benoît XVI, Homélie de la messe d’ouverture de la Ve Conférence générale de l’Épiscopat latino-américain et des Caraïbes (13 mai 2007) ; François, Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 14.
[5] Discours à l’occasion du Consistoire extraordinaire (7 janvier 2026).


