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« C’est devenu trop lourd à gérer pour nous » : dans deux ans, les bénédictines de Chantelle auront quitté l’abbaye

credit photos - Abbaye de Chantelle
credit photos - Abbaye de Chantelle
Les sœurs précisent que la destination finale des lieux fera l’objet d’une condition suspensive claire : « Nous n’accepterons pas n’importe quoi, il faut garder un caractère spirituel et culturel aux lieux»

Fondée en 937 par Ainaud et Rothilde, seigneurs du lieu, l’abbaye fut d’abord un prieuré confié à des chanoines réguliers, sous le patronage de saint Vincent, avec la signature de saint Odon de Cluny. À la fin du XIe siècle, les religieux édifièrent une remarquable église romane. Au XVe siècle, le prieuré fut entièrement reconstruit dans le style gothique finissant et intégré à l’enceinte du château des ducs de Bourbon. Vendu comme bien national à la Révolution, le site fut repris en 1853 par des moniales bénédictines venues de Pradines, à l’appel de l’évêque de Moulins. Depuis plus de 160 ans, la communauté y poursuit une vie de prière et de travail selon la règle de saint Benoît. Du château des ducs de Bourbon, détruit en 1635 sur ordre de Louis XIII et de Richelieu, ne subsistent aujourd’hui que des remparts et deux tours.

Vue de l’abbaye de Chantelle

L’ensemble comprend la vaste bâtisse conventuelle ainsi qu’un terrain d’environ quatre hectares situé à l’avant du site. Jointes par téléphone par la rédaction de Tribune Chrétienne, les religieuses évoquent une décision dictée par une réalité devenue difficile à porter : « C’est devenu trop lourd à gérer pour nous, les lieux ne sont plus adaptés. C’est une bâtisse imposante de l’extérieur, avec de hauts plafonds devenus difficiles à chauffer.« 

Elles étaient une trentaine il y a encore quelques décennies. Elles ne sont désormais plus que six religieuses. L’une d’elles, âgée de 106 ans, vit aujourd’hui en EHPAD, son état de santé ne lui permettant plus de résider à l’abbaye. Le vieillissement de la communauté, conjugué au manque de vocations, rend l’entretien quotidien de l’ensemble conventuel toujours plus complexe. Cependant les sœurs resteront à proximité immediate de l’Abbaye comme pour garder un oeil sur le futur repreneur : » Les sœurs demeureront dans la même rue, dans une maison voisine qu’elles ont acquise ».

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Classée monument historique, l’abbaye impose des contraintes administratives importantes

« Toute la gestion des documents liés aux monuments historiques est devenue trop lourde pour nous », affirme la sœur. Dossiers techniques, autorisations préalables, exigences réglementaires, suivi des travaux, autant de démarches devenues difficiles à assumer pour une communauté très réduite. Interrogée sur les modalités précises de la cession, la sœur jointe par téléphone par la rédaction explique que la procédure sera encadrée par les services de la Direction de l’Immobilier de l’État, communément appelés « les Domaines ».

Concrètement, ces services auront pour mission d’établir une estimation officielle du bien, tenant compte de sa valeur immobilière, de son état, mais aussi des contraintes strictes liées à son classement au titre des monuments historiques. Cette évaluation constitue une étape préalable indispensable avant toute mise en vente. Par ailleurs, en raison du statut patrimonial de l’abbaye, les services compétents du Ministère de la Culture, via la Direction régionale des affaires culturelles, devront être associés afin de rappeler les obligations juridiques qui s’imposeront au futur acquéreur, notamment en matière de conservation et de travaux.

Une fois l’estimation établie et le cadre réglementaire précisé, la recherche d’un acquéreur pourra s’ouvrir, sous réserve des conditions fixées par la communauté.

Par ailleurs, la bénédictine précise que « l’activité cosmétique existante depuis 1954 ne figure pas dans la bâtisse classée mise en vente. Elle est installée dans un bâtiment distinct, la vente et l’activité continueront normalement. » La production des crèmes, lotions et shampooings se poursuivra avec l’aide de neuf salariés laïques.

La cession ne se fera donc pas à n’importe quel prix ni à n’importe quelles conditions : « La destination finale prévue par le futur acquéreur fera l’objet d’une condition suspensive », expliquent les religieuses. « Nous n’accepterons pas n’importe quoi, il faut garder un caractère spirituel et culturel aux lieux. » Les sœurs souhaitent que ce site millénaire demeure un espace respectueux de son histoire et de sa vocation.Reste désormais à trouver un acquéreur capable de comprendre qu’un monastère millénaire, entouré de ses quatre hectares de terrain, n’est pas un bien immobilier comme un autre, mais un héritage spirituel et culturel dont la transmission engage une responsabilité particulière. Nous espérons ne pas retrouver un jour cette abbaye proposée à la vente sur Le Bon Coin, comme un simple bien ordinaire, à l’image de certaines églises aujourd’hui mises sur le marché et détournées de leur vocation première.

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