Cette prise de position marque une avancée politique et symbolique importante, mais elle ne s’accompagne, pour l’heure, d’aucun dispositif spécifique ni de mesures concrètes dédiées au niveau européen.Adoptée dans le cadre du rapport annuel 2025 sur les droits de l’homme et la démocratie dans le monde et la politique de l’Union européenne en la matière, la résolution votée le 21 janvier 2026 s’inscrit dans un contexte international jugé particulièrement préoccupant. Le Parlement européen y dresse un constat global de recul démocratique, de montée de l’autoritarisme, de pressions accrues sur la société civile, de restrictions des libertés fondamentales et de violations persistantes des droits de l’homme dans de nombreuses régions du monde.
Le texte rappelle que l’Union européenne fonde son action extérieure sur le respect de la dignité humaine, de la liberté, de la démocratie, de l’égalité, de l’état de droit et des droits de l’homme, conformément aux traités européens et aux conventions internationales. Il insiste sur le caractère universel et indivisible de ces droits, et sur la nécessité de les défendre sans hiérarchisation ni traitement à géométrie variable.
Dans ce cadre général, la résolution accorde une place explicite à la liberté de religion ou de conviction, reconnue comme un droit fondamental. Le Parlement rappelle que la persécution des minorités religieuses constitue une violation grave de ce droit, consacré tant par la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne que par le droit international.
Le considérant N du texte attire l’attention sur la situation des communautés chrétiennes du Moyen-Orient, parmi les plus anciennes au monde. Il souligne qu’elles continuent de faire l’objet de persécutions graves, de discriminations, de déplacements forcés et de restrictions de leur liberté de religion ou de conviction. Cette mention explicite inscrit la situation des chrétiens dans l’analyse globale des violations des droits de l’homme, en la nommant clairement et sans ambiguïté.
Plus loin, l’article 83 de la résolution condamne une nouvelle fois toutes les formes de racisme et d’intolérance, en citant explicitement l’antisémitisme, l’islamophobie et la persécution des chrétiens. Le Parlement appelle à l’adoption ou au renforcement de mécanismes de signalement des comportements discriminatoires et à un accès effectif à des voies de recours, afin de lutter contre l’impunité des auteurs de ces actes. En intégrant la persécution des chrétiens dans cette liste, le texte la place sur un pied d’égalité avec les autres formes de haine religieuse reconnues et combattues au niveau européen.
L’article 84 revêt une portée politique particulière. Il déplore que, alors que le christianisme demeure aujourd’hui la religion la plus persécutée au monde, avec plus de 380 millions de personnes concernées selon les chiffres cités dans la résolution, il n’existe toujours pas de coordinateur européen chargé de la lutte contre la christianophobie. Cette absence est explicitement mise en regard de l’existence d’un coordinateur européen désigné pour lutter contre l’islamophobie. Sans créer de nouvelle fonction, le Parlement met ainsi en lumière un déséquilibre institutionnel et appelle implicitement à une réflexion sur l’égalité de traitement entre les différentes formes de haine religieuse.
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Cette reconnaissance intervient dans un contexte européen marqué par une augmentation documentée des actes antichrétiens. Des organismes indépendants ont recensé, pour l’année 2024, plus de deux mille actes visant des chrétiens en Europe, allant de la profanation de lieux de culte à des menaces, des dégradations et des agressions physiques.
Ces données, longtemps portées principalement par des observatoires spécialisés et des organisations de la société civile, trouvent désormais un écho direct dans un texte de référence adopté par le Parlement européen.
Pour autant, la résolution demeure de nature non contraignante. Elle ne prévoit ni la création d’un poste spécifique, ni la mise en place d’un plan d’action dédié, ni de mécanismes opérationnels nouveaux pour lutter contre la christianophobie ou protéger plus efficacement les chrétiens persécutés.
Les outils évoqués restent ceux déjà existants dans le cadre général de la politique européenne des droits de l’homme, qu’il s’agisse du dialogue diplomatique, des instruments de conditionnalité, ou des régimes de sanctions en cas de violations graves.
En reconnaissant explicitement la persécution des chrétiens et en la nommant comme telle, le Parlement européen franchit néanmoins une étape significative sur le plan politique et symbolique. Cette reconnaissance contribue à faire entrer durablement la christianophobie dans le champ du débat institutionnel européen. Elle rappelle que la liberté religieuse ne peut être défendue de manière sélective et que la crédibilité de la politique européenne des droits de l’homme repose sur une attention égale portée à toutes les formes de persécution.Reste désormais la question de la traduction concrète de cette reconnaissance. Sans mesures spécifiques ni engagements opérationnels, la résolution pose les termes du débat mais laisse ouverte la suite. Elle constitue un jalon, non un aboutissement, et renvoie aux institutions européennes et aux États membres la responsabilité de donner, ou non, une portée effective à cette reconnaissance dans les années à venir.


