À paraître demain, jeudi 5 février 2026, Le dernier conclave (El último cónclave dans son édition originale espagnole) s’impose déjà comme le premier véritable récit d’initiés consacré à l’élection du pape Léon XIV. Signé par les vaticanistes Elisabetta Piqué et Gerard O’Connell, l’ouvrage repose sur une enquête approfondie menée auprès de sources concordantes, sans citations directes de cardinaux électeurs, mais avec un niveau de détail rarement atteint sur un conclave contemporain.
Le livre, publié d’abord en espagnol, est présenté par plusieurs observateurs comme « le premier vrai récit de l’intérieur » du conclave de 2025. Le journaliste Christopher Hale, qui a lu lui-même l’édition espagnole avant la parution anglaise prévue en mars, souligne que les anecdotes recueillies dans la chapelle Sixtine montrent que « la vérité est parfois plus étrange que la fiction ». Gerard O’Connell résume lui-même l’esprit de l’ouvrage par une formule devenue virale : « C’est mieux que le film Conclave, parce que la réalité est meilleure que la fiction. »
Pour la première fois, le livre propose une estimation crédible des rapports de force lors du premier tour de scrutin. Selon la reconstitution des auteurs, le cardinal hongrois Peter Erdö serait arrivé en tête. Il aurait été suivi par le cardinal Robert Francis Prevost, futur Léon XIV, puis par le cardinal Pietro Parolin. Le livre révèle également que le cardinal français Jean-Marc Aveline serait arrivé en quatrième position, avec un score estimé « entre 10 et 20 voix ».
Les auteurs insistent sur le fait qu’il s’agit d’une fourchette issue de recoupements, et non d’un chiffre officiel. Ce résultat confirme néanmoins qu’Aveline figurait parmi les papabili réels du premier tour, même si sa dynamique n’a pas survécu aux scrutins suivants.
Le récit montre à quel point le conclave était ouvert et dépourvu de scénario écrit d’avance. Plusieurs candidatures ont été sérieusement testées avant qu’un mouvement de convergence ne s’opère progressivement autour de Robert Francis Prevost. Le livre décrit notamment un moment clé concernant Peter Erdö. Selon les auteurs, le cardinal hongrois aurait compris, au fil des bulletins, qu’il pouvait réellement être élu. À cet instant, son comportement aurait changé de façon perceptible. Des observateurs l’auraient vu se raidir soudainement, « comme s’il avait vu un fantôme », saisi par la perspective très concrète de devenir pape. Le livre insiste sur cette dimension rarement évoquée : la peur réelle, presque physique, qu’éprouvent certains cardinaux lorsqu’ils prennent conscience qu’ils pourraient être élus.Les auteurs lèvent également le voile sur un épisode qui avait intrigué le monde entier : le retard inhabituel du premier soir. Alors que la fumée noire était attendue vers 19 heures, elle n’est apparue qu’aux alentours de 21 heures.
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Il était déjà connu que la méditation introductive du cardinal Raniero Cantalamessa avait duré près d’une heure de plus que prévu. Le dernier conclave ajoute un autre élément déterminant : la présence d’un téléphone portable interdit dans la chapelle Sixtine. Selon la reconstitution proposée, un cardinal aurait oublié de remettre son appareil avant l’entrée en conclave. L’oubli aurait été découvert avant le début effectif du vote, obligeant à suspendre la procédure le temps de neutraliser l’appareil, afin de garantir le respect absolu des règles de confidentialité.Le livre regorge d’autres scènes où la réalité s’invite de façon parfois presque comique dans un rite d’une solennité extrême. Privés de leurs téléphones, et donc de leurs alarmes, certains cardinaux se seraient réveillés en retard le premier matin du conclave. Des employés du Vatican auraient dû frapper à leurs portes pour réveiller quelques princes de l’Église encore endormis. Par la suite, le Vatican aurait distribué des réveils mécaniques, geste rapporté avec une ironie discrète par les auteurs.
L’un des épisodes les plus spectaculaires concerne un incident survenu lors d’un scrutin dans la chapelle Sixtine. Selon le livre, le cardinal espagnol Carlos Osoro aurait, par inadvertance, glissé deux bulletins collés l’un à l’autre dans l’urne. L’erreur n’aurait été détectée qu’au moment du dépouillement, lorsque 134 bulletins furent comptabilisés alors que seuls 133 cardinaux étaient présents. Le dépouillement fut immédiatement interrompu. Le cardinal Osoro visiblement embarrassé se serait excusé, et l’ensemble du scrutin aurait été annulé et recommencé, conformément aux règles prévues par Universi Dominici Gregis. Les auteurs précisent que cet incident, aussi saisissant soit-il, relève d’une procédure strictement encadrée et n’a eu aucune incidence sur le résultat final.
Tout au long de l’ouvrage, Piqué et O’Connell décrivent un conclave profondément humain, marqué par la fatigue, la tension psychologique, l’imprévu et parfois la stupeur. Le journaliste Christopher Hale résume l’esprit du livre en expliquant que l’on y voit comment « l’élan s’est déplacé presque silencieusement » vers Robert Francis Prevost, un candidat initialement moins exposé, jusqu’à ce que le consensus se cristallise autour de lui, dans ce que les auteurs décrivent comme une action de l’Esprit passant à travers un drame très humain.Sur près de 450 pages, Le dernier conclave adopte une forme quasi diaristique, mêlant informations de contexte, reconstitutions prudentes et anecdotes précises, en distinguant constamment faits établis, estimations et interprétations. À la veille de sa parution française, l’ouvrage apparaît déjà comme une source majeure pour comprendre non seulement l’élection de Léon XIV, mais aussi la réalité concrète d’un conclave moderne, où la solennité du rite coexiste avec l’imprévu, la fragilité humaine et la peur très réelle de ceux qui se découvrent, presque malgré eux, au cœur de l’histoire.


