Suite à la rencontre du 12 février au Palais du Saint-Office, le Vatican a publié presque immédiatement un communiqué officialisant la proposition faite à la Fraternité Saint Pie X. Cette rapidité souligne la gravité de la situation ouverte par l’annonce, le 2 février, de futures consécrations épiscopales au sein de la Fraternité. Reçu en entretien privé pendant une heure et demie, le Supérieur général, Davide Pagliarani, a exposé les raisons invoquées pour assurer la continuité du ministère épiscopal, dans un contexte qu’il décrit comme exceptionnel et temporaire. Face à lui, le cardinal Víctor Manuel Fernández, préfet du Dicastère pour la doctrine de la foi,a présenté une voie alternative.
La proposition romaine consiste en « un parcours de dialogue spécifiquement théologique, selon une méthodologie très précise, […] afin de mettre en lumière le minimum nécessaire à la pleine communion avec l’Église catholique », ce qui permettrait « de définir un statut canonique pour la Fraternité ».Il ne s’agit donc pas d’un simple échange informel, mais d’un processus structuré, encadré et orienté vers un objectif précis. Rome souhaite identifier clairement les points doctrinaux qui doivent être reconnus pour que la communion soit pleine et juridiquement régularisée.La condition préalable est sans ambiguïté, la suspension de la décision concernant les consécrations épiscopales annoncées. En d’autres termes, tant que subsiste la perspective d’ordinations d’évêques sans mandat pontifical, le dialogue théologique formalisé ne pourra s’ouvrir.
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Les discussions envisagées porteraient notamment sur « les différents degrés d’adhésion requis par les divers textes du Concile œcuménique Vatican II et leur interprétation ». La référence au concile Vatican II est centrale. Depuis plusieurs décennies, la Fraternité exprime des réserves doctrinales sur certains enseignements ou orientations issus du Concile, en particulier en matière de liberté religieuse, d’œcuménisme et de collégialité. Rome, pour sa part, affirme que les textes conciliaires appartiennent au magistère de l’Église et qu’ils ne sauraient être remis en cause dans leur autorité.Le cardinal a précisé oralement que, s’il est possible d’engager un dialogue sur le Concile, ses textes ne pourraient pas être corrigés. Cette affirmation fixe une limite doctrinale nette, la discussion peut porter sur la compréhension et le degré d’adhésion requis, mais non sur une modification des documents eux-mêmes.
La question des « différents degrés d’adhésion » n’est cependant pas secondaire. La théologie catholique distingue traditionnellement entre vérités définies de manière solennelle, enseignements proposés de façon authentique et dispositions d’ordre pastoral. C’est dans cette distinction que pourrait se situer la marge de manœuvre du dialogue proposé.Le Père Pagliarani doit désormais consulter son Conseil et répondre dans les prochains jours. Il a indiqué qu’il écrirait directement au cardinal Fernández et qu’il rendrait également sa réponse publique.
La Fraternité Saint-Pie X acceptera-t-elle ce « parcours de dialogue spécifiquement théologique » ? La réponse dépendra de son appréciation de la condition posée, suspendre les consécrations épiscopales annoncées.Si elle accepte cette suspension, un processus doctrinal structuré pourrait s’ouvrir, avec en perspective la définition d’un statut canonique stable. Si elle refuse, la tension ecclésiale risque de s’accroître et d’éloigner, au moins provisoirement, la perspective d’une régularisation.Au-delà des aspects juridiques, l’enjeu demeure profondément ecclésial. Il touche à l’unité visible de l’Église, à l’autorité du magistère et à la place du Concile Vatican II dans la vie doctrinale contemporaine.
COMMUNIQUÉ
DE LA MAISON GÉNÉRALE
« Le 12 février 2026, le Révérend Père Davide Pagliarani, Supérieur général de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, a été reçu au Palais du Saint-Office par Son Éminence le cardinal Víctor Manuel Fernández, préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi. Cette rencontre avait été proposée par le cardinal à la suite de l’annonce publique, le 2 février, de futures consécrations épiscopales au sein de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X.
L’entretien, tenu en tête-à-tête à la demande du cardinal, a duré une heure et demie et s’est déroulé dans une atmosphère à la fois cordiale et franche. Il a permis au Père Pagliarani d’écouter attentivement le préfet et de clarifier la portée de l’annonce du 2 février, ainsi que le sens des démarches entreprises auprès du Saint-Siège au cours des derniers mois.
Le Supérieur général a ainsi pu présenter, en personne, la situation actuelle de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X et son devoir, dans la nécessité spirituelle où se trouvent les âmes, d’assurer la continuité du ministère de ses évêques.
Il a surtout souligné l’esprit de charité dans lequel la Fraternité envisage ces consécrations, ainsi que son désir sincère de servir à la fois les âmes et l’Église romaine.
Enfin, il a renouvelé son souhait que, compte tenu des circonstances tout à fait particulières dans lesquelles se trouve la Sainte Église, la Fraternité puisse continuer à agir dans sa situation actuelle, exceptionnelle et temporaire, pour le bien des âmes qui se tournent vers elle.
Pour sa part, le cardinal Fernández a proposé une approche différente de la question. Relayée dans un communiqué officiel rapidement publié par le Saint-Siège, sa proposition consiste en « un parcours de dialogue spécifiquement théologique, selon une méthodologie très précise, […] afin de mettre en lumière le minima nécessaire à la pleine communion avec l’Église catholique », ce qui permettrait « de définir un statut canonique pour la Fraternité ».
Ces échanges viseraient, en particulier, à parvenir à un accord sur « les différents degrés d’adhésion requis par les divers textes du Concile œcuménique Vatican II et leur interprétation ». Le cardinal a déclaré oralement que, s’il serait possible d’engager un dialogue sur le Concile, ses textes ne pourraient pas être corrigés.
Comme condition préalable à ce dialogue, il est demandé de suspendre la décision concernant les consécrations épiscopales annoncées.
Le préfet du Dicastère a expressément demandé au Supérieur général de présenter cette proposition aux membres de son Conseil et de prendre le temps nécessaire pour l’évaluer.
Le Père Pagliarani répondra donc dans les prochains jours. Il écrira directement au cardinal Fernández et fera également connaître sa réponse aux fidèles.
Le Supérieur général a renouvelé au cardinal Fernández son souhait de pouvoir rencontrer personnellement le Saint-Père. Il demeure serein et reconnaissant pour toutes les prières offertes. Il continue de recommander cette situation aux prières des fidèles.
Menzingen, 12 février 2026″


