Insatisfaits de leur évolution professionnelle, défiants à l’égard de la direction et désireux d’être davantage représentés : tel est le tableau qui ressort d’une enquête menée par l’Association des employés laïcs du Vatican (ADLV) auprès des travailleurs du Saint-Siège entre le 15 décembre et le 7 janvier. Un échantillon aussi hétérogène que possible a été constitué à partir de différents dicastères et organismes du Vatican. Au total, 250 personnes ont répondu au questionnaire sur les conditions de travail, dont 80 % sont membres de l’ADLV.
Les résultats font apparaître un malaise persistant. Près de 76 % des répondants estiment que leurs compétences et leur engagement professionnel ne sont pas suffisamment reconnus. Une large majorité, 73,9 %, dit ressentir un décalage entre la direction et les employés, tandis que 26 % considèrent qu’il est difficile de dialoguer librement avec leurs responsables hiérarchiques.
La question de la méritocratie occupe une place centrale dans les critiques exprimées. Plus des trois quarts des personnes interrogées jugent que l’environnement de travail ne valorise ni l’initiative personnelle, ni l’expérience acquise, ni le mérite. Dans ce contexte, 56 % déclarent avoir été confrontés à des situations qu’ils assimilent à du harcèlement moral, même si ce type de délit n’est pas juridiquement reconnu par le droit en vigueur au Vatican. L’Association évoque des témoignages faisant état d’injustices et de pressions, estimant que ces situations méritent une attention sérieuse.
L’enquête souligne également une perception répandue de favoritisme. 73,4 % des salariés disent ressentir des inégalités de traitement, ainsi qu’une inquiétude quant à la protection effective de leurs droits, y compris en matière de retraite.
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Pour les auteurs du sondage, ces chiffres traduisent un sentiment de blocage des carrières, notamment en lien avec les niveaux fonctionnels.Par ailleurs, 68 % des répondants portent un regard critique sur les réformes engagées au cours des dix dernières années. Beaucoup estiment qu’elles ont entraîné une plus grande restriction et un moindre souci des réalités concrètes du travail quotidien. Plus de 79 % jugent également insuffisant l’investissement consenti dans la formation du personnel.Enfin, l’enquête met en lumière une attente claire en matière de représentation. De nombreux employés appellent à la reconnaissance officielle d’organes représentatifs dotés de réels moyens d’action, exprimant leur confiance dans le rôle que pourrait jouer l’Association des employés laïcs du Vatican.
Dans les propositions adressées aux autorités du Saint-Siège et, le cas échéant, au pape Léon XIV , une expression revient fréquemment : ne pas être considérés comme de simples numéros. Les salariés interrogés appellent à un dialogue plus constant et à une attention renouvelée portée à la dignité de la personne, dans un esprit de justice, de transparence et de respect, en cohérence avec les principes de la doctrine sociale de l’Église.A la lumière des données recueillies, l’ADLV se sent moralement soutenue dans sa demande d’élargir ses fonctions et ses pouvoirs afin de rendre un service utile tant aux responsables qu’aux employés.


