Présentée le lundi 26 janvier par le secrétaire général du Secrétariat général de l’Enseignement catholique (SGEC), Guillaume Prévost, la mission dédiée à la qualité de la relation éducative marque une étape structurante dans la démarche engagée par l’Enseignement catholique pour répondre aux crimes commis en son sein et pour consolider, dans la durée, un cadre éducatif sûr, juste et protecteur. Cette initiative s’inscrit dans une volonté affirmée d’assumer les responsabilités du passé tout en renforçant les garanties offertes aujourd’hui aux élèves, aux familles et aux éducateurs.Le communiqué introductif en fixe clairement l’esprit :
« Notre pensée est pour celles et ceux dont la souffrance dure, et continue de durer. Les personnes victimes ont été blessées, trompées et abusées dans la confiance même qu’elles accordaient à des adultes et à des institutions qui avaient le devoir de les protéger. Cette trahison est un crime. L’enseignement catholique entend assumer toute sa responsabilité : pour le passé, pour le présent et pour l’avenir. »
Par ces mots, l’Enseignement catholique exprime une reconnaissance explicite de la gravité des faits commis et de leurs conséquences durables pour les personnes victimes. La formulation choisie souligne à la fois l’attention portée à la souffrance, la lucidité sur la nature des crimes, et la détermination à inscrire la réponse institutionnelle dans le temps long.Guillaume Prévost a rappelé que cette démarche vise un double objectif, réparer ce qui doit l’être et garantir aux communautés éducatives un projet fondé sur une confiance solide et restaurée. Cette confiance, essentielle à toute relation éducative, est présentée comme un bien commun à protéger et à cultiver avec exigence.
Une mission structurée au service de la qualité éducative
La mission « Qualité de la relation éducative » a été conçue comme un outil au service de cette ambition. Elle entend promouvoir une culture partagée de vigilance, de prévention et d’amélioration continue dans l’ensemble des établissements de l’Enseignement catholique.Son organisation repose sur trois instances complémentaires, un comité de pilotage, un groupe témoin et un collège scientifique, illustrant la volonté de croiser les regards et les compétences.Le comité de pilotage, composé de responsables de l’Enseignement catholique, assure la coordination des travaux et leur articulation avec les autres chantiers en cours. Il garantit l’inscription de la mission dans la gouvernance ordinaire de l’institution.
Le groupe témoin, animé par Jérôme Guillement, thérapeute expert en psycho-trauma, rassemble des personnes victimes ou victimes collatérales. Il apporte une contribution fondée sur l’expérience vécue et participe pleinement à la réflexion engagée. Sa capacité à dialoguer librement avec le comité de pilotage manifeste une volonté d’écoute réelle et continue.Le collège scientifique, présidé par Augustin Mutuale, doyen de la Faculté d’éducation de l’Institut catholique de Paris, veille à la rigueur éthique, scientifique et juridique des travaux. Par le croisement des disciplines, il contribue à éclairer les enjeux de l’autorité éducative et de la protection des personnes.
Comprendre le passé, outiller le présent, préparer l’avenir
La mission s’articule autour de trois axes complémentaires : le premier vise à mieux comprendre le passé. Les travaux s’appuieront sur les rapports existants, notamment ceux de la CIASE et de la CIVISE, mais aussi sur des rencontres avec les responsables d’établissements, les responsables diocésains et les communautés éducatives. Une attention particulière est portée à la parole des personnes victimes, à travers des dispositifs d’accueil et d’écoute, ainsi qu’à la réflexion sur des modalités de reconnaissance et de réparation, en lien avec des organisations spécialisées.
Le second axe concerne le présent. Des mesures sont déjà en œuvre et appelées à être renforcées : procédures de signalement et de traitement des faits, contrôles administratifs, protocoles avec les parquets, actions de formation destinées à l’ensemble de la communauté éducative. Une expérimentation menée dans plusieurs internats, aux profils variés, a permis de poser les bases d’une démarche de qualité fondée sur l’analyse des établissements comme lieux de vie. Cette démarche est appelée à être progressivement généralisée, avec, à terme, la perspective d’une certification.
Le troisième axe se projette vers l’avenir. Il engage une réflexion approfondie sur la gouvernance de l’Enseignement catholique, la clarification des responsabilités et l’exercice de l’autorité éducative. « L’autorité éducative n’est légitime que si elle est au service de la relation et de la croissance de l’enfant », a rappelé Nathalie Tretiakow, responsable de la mission. Un calendrier progressif prévoit le déploiement d’outils et d’expérimentations jusqu’en 2027 et 2028, en vue d’une évaluation globale.
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Site de Bétharram : une fermeture envisagée, dans un cadre concerté
La conférence de presse du 26 janvier a également permis à Guillaume Prévost de clarifier la situation du site de Bétharram, au lendemain d’une polémique sur son éventuelle fermeture. Un point de situation collégial a été présenté afin de lever toute ambiguïté.Entouré notamment de Pierre-Vincent Guéret, président de la Fédération des Ogec, d’Hélène Laubignat, présidente de l’Apel, de Vincent Destais, directeur diocésain de Bayonne, et d’Edwige Duvieu, cheffe d’établissement de l’ensemble scolaire du Beau Rameau, le secrétaire général a tenu à saluer le courage et l’engagement d’une équipe éducative « placée dans une situation humainement intenable » et qu’il convient désormais de sécuriser.Il a été rappelé que l’ensemble scolaire du Beau Rameau n’est plus le Bétharram d’hier. Depuis 2010, la responsabilité éducative a été confiée aux Filles de la Croix, déjà en charge du site d’Igon. Le site de Bétharram accueille toutefois encore environ 180 collégiens et quelques internes.
La fermeture du site est envisagée, compte tenu du poids symbolique des lieux, mais elle ne saurait intervenir sans préparation. « Cela ne peut se faire dans n’importe quelles conditions », a précisé Guillaume Prévost, insistant sur la nécessité d’une concertation étroite avec les familles et les équipes éducatives.
Une telle évolution supposerait un transfert progressif des élèves et des personnels vers le site d’Igon, des aménagements immobiliers, la construction d’infrastructures sportives et la résolution de la question de la cuisine centrale encore située à Bétharram. Le coût global de l’opération est estimé à 2,5 millions d’euros.
Les Filles de la Croix ont exprimé leur disponibilité pour accompagner ce projet, tout en rappelant que la responsabilité financière des crimes commis avant 2010 relève de la congrégation des Pères de Bétharram et de l’Enseignement catholique de manière collective. La question du devenir des bâtiments, propriété de la congrégation bétharramite aujourd’hui basée à Rome, fait l’objet d’échanges approfondis intégrant les dimensions juridiques, civiles et internationales.Un rendez-vous a été fixé avant l’été afin de présenter un projet clair, à la fois éducatif, logistique et financier, assorti d’un calendrier opérationnel, pouvant inclure un déménagement progressif.
Rappelons que loin l’Enseignement catholique fait le choix d’une parole responsable, d’un travail de fond et d’une remise en question assumée, dont il faut saluer le courage. Cette lucidité volontaire, cette capacité à regarder en face ce qui a failli et à en tirer des conséquences concrètes, n’est ni évidente ni universellement partagée, et mérite d’être reconnue. Précisons que l’immense majorité des établissements catholiques privés en France ne connaît aucun dysfonctionnement de cette nature. Ils offrent chaque jour à des centaines de milliers d’élèves un enseignement exigeant, structurant et de grande qualité, porté par des équipes éducatives engagées, attentives et profondément soucieuses du bien des enfants et des jeunes qui leur sont confiés.On ne peut donc que regretter qu’une certaine exploitation idéologique de faits tragiques, y compris au sein de certains médias se réclamant du catholicisme, visent parfois les valeurs chrétiennes elles-mêmes.
Ecouter l’intégralité de la conférence de Presse de Guillaume Prévost :


