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Contre l’avortement et favorable à la fécondation in vitro : l’ambiguïté du président Trump ?

Donald Trump- capture écran
Donald Trump- capture écran
La fécondation in vitro bénéficie d’un capital de sympathie important, ce qui rend toute critique plus délicate

Lors de son discours sur l’état de l’Union du 24 février 2026, le président des États-Unis Donald Trump a surpris une partie de l’électorat pro-vie en consacrant un passage appuyé à la fécondation in vitro. Se félicitant d’un décret exécutif signé en 2025 pour élargir l’accès à cette pratique et en réduire les coûts, il a cité l’exemple d’une femme présente dans l’assemblée :

« Et ce soir il y a la première cliente en absolu à obtenir un tel rabais, et c’est un grand rabais, Catherine Rayner. Pendant cinq ans, elle et son mari ont lutté contre l’infertilité et se sont tournés vers la fécondation in vitro. Un médicament coûtait à Catherine 4 000 dollars. Mais il y a quelques semaines, elle s’est connectée au site web et a acheté le même médicament qui coûtait 4 000 dollars, pour moins de 500 dollars, avec une réduction de plus de 3 500 dollars. Catherine, prions tous pour toi et tu seras une maman fantastique. »

Ces paroles, marquées par un ton de proximité et de compassion, entrent pourtant en tension avec la ligne pro-vie que le président revendique par ailleurs. Car si Donald Trump a rétabli et renforcé des mesures limitant le financement public de l’avortement, notamment par le maintien de l’amendement Hyde et la réactivation de la Mexico City Policy, son soutien assumé à la fécondation in vitro pose une question de cohérence morale.

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L’Église catholique enseigne de manière constante que la vie humaine commence dès la conception et que l’embryon possède une dignité pleine et entière. Les instructions Donum Vitae et Dignitas Personae, ainsi que le Catéchisme de l’Église catholique aux paragraphes 2376 et 2377, jugent moralement inacceptable la fécondation in vitro, parce qu’elle dissocie la procréation de l’acte conjugal et expose de nombreux embryons à la congélation, à la sélection ou à la destruction. Dans la pratique, plusieurs embryons sont créés pour augmenter les chances de succès, mais tous ne sont pas implantés et beaucoup ne verront jamais le jour. La réduction du coût des traitements ne modifie pas cette réalité. Elle peut même favoriser un recours plus large à une technique qui implique, structurellement, la perte d’embryons humains. Dès lors, la distinction devient nette entre une position strictement pro-vie, qui défend toute vie dès sa conception sans exception, et une approche davantage pronataliste, soucieuse d’augmenter le nombre de naissances, y compris par des moyens contestés sur le plan moral.

Politiquement, la différence est décisive. L’avortement demeure, dans l’opinion publique, un sujet profondément clivant et associé à la suppression directe d’un enfant à naître. La fécondation in vitro, en revanche, est perçue comme une aide à la vie et à la famille. Elle bénéficie d’un capital de sympathie important, ce qui rend toute critique plus délicate. Dans ce contexte, soutenir la FIV tout en combattant l’avortement peut apparaître comme un équilibre stratégique destiné à maintenir une large coalition électorale. Pour les catholiques engagés dans la défense de la vie, l’enjeu dépasse cependant le calcul politique. La cohérence morale exige que la dignité de l’embryon soit reconnue en toutes circonstances, qu’il soit conçu dans le sein de sa mère ou en laboratoire. Applaudir les mesures qui protègent les enfants à naître face à l’avortement ne dispense pas d’un discernement critique lorsque d’autres décisions fragilisent, même indirectement, la protection due aux plus petits.

L’ambiguïté du président Trump tient ainsi à cette tension non résolue entre une rhétorique pro-vie vigoureuse et un soutien public à une pratique que l’Église considère comme moralement inadmissible. La défense de la vie ne peut être partielle sans perdre de sa force. Elle demande une cohérence qui ne se limite pas aux combats les plus visibles, mais s’étend aussi aux réalités moins médiatisées, comme le sort des embryons conçus en laboratoire.

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