Ce dimanche 1er février 2026, le Costa Rica est appelé aux urnes pour élire son président et renouveler son Parlement. Vingt candidats sont en lice, dont plusieurs femmes, dans un scrutin qui pourrait nécessiter un second tour si aucun d’entre eux n’atteint le seuil constitutionnel de 40 % des suffrages valides. La campagne se déroule dans un climat marqué par l’insécurité, la défiance envers les institutions et une fragmentation politique inédite.
C’est dans ce contexte que les évêques catholiques du pays ont pris publiquement la parole. Leur intervention est directement liée au traumatisme démocratique des élections présidentielles de 2022, qui ont enregistré la plus forte abstention de l’histoire du Costa Rica. Selon les chiffres 1 418 062 citoyens ayant le droit de vote ne s’étaient pas rendus aux urnes, soit environ 40 % du corps électoral, lors du scrutin ayant conduit à l’élection du président Rodrigo Chaves.Dans un message conjoint, la Conférence épiscopale du Costa Rica (CECOR) a exprimé sa vive préoccupation face à cette désaffection civique. Reconnaissant le scepticisme, les doutes et les préoccupations que la politique suscite, notamment chez les jeunes, les évêques rappellent que « la démocratie se soutient grâce aux personnes qui décident de ne pas renoncer à leur droit d’influer », tout en admettant les limites et les carences du système politique.
Ils soulignent que voter ne signifie pas approuver un système parfait, mais « assumer la responsabilité de le soigner, de le corriger et d’exiger davantage ». À l’inverse, préviennent-ils, l’abstention tend à se transformer en un espace de décision que d’autres occupent à la place des citoyens, affaiblissant ainsi la participation démocratique et la responsabilité collective.
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L’appel des évêques s’adresse de manière explicite aux jeunes générations. « Vous êtes le présent du Costa Rica ; votez avec conscience, avec mémoire et avec une espérance critique », écrivent-ils. Ils les exhortent à s’informer, à dialoguer, à confronter les propositions et à penser en priorité à ceux qui connaissent les plus grandes difficultés. Les prélats rappellent que les jeunes sont déjà des acteurs à part entière du tissu social, à travers l’éducation, le travail, l’entrepreneuriat et l’engagement communautaire, tout en étant directement touchés par les conséquences des politiques publiques.Pour l’épiscopat, le vote demeure « une expression concrète de la responsabilité civique » et un moyen légitime de contribuer au bien commun et de renforcer la démocratie. Les évêques invitent également les prêtres et les responsables ecclésiaux à encourager activement la participation des fidèles, soulignant que l’avenir du pays se construit par l’engagement présent.
Cette prise de position s’inscrit dans la continuité d’une Église catholique historiquement enracinée dans la vie nationale. Le centre institutionnel de cette présence est l’Archidiocèse de San José de Costa Rica, premier diocèse créé dans le pays en 1850 et élevé au rang d’archidiocèse métropolitain en 1921. Dirigé depuis 2013 par l’archevêque José Rafael Quirós Quirós, il couvre une partie des provinces de San José et d’Heredia, avec 107 paroisses et plus de 1,5 million de fidèles.Rappelons que si le catholicisme conserve un statut constitutionnel particulier comme religion de l’État, le Costa Rica connaît une recomposition religieuse marquée par la progression du protestantisme évangélique et par l’augmentation des personnes sans affiliation religieuse, aux côtés de communautés juives, musulmanes, bouddhistes et baha’ies. Dans ce contexte pluraliste, la parole des évêques conserve un poids symbolique important, non comme consigne partisane, mais comme rappel des exigences morales et civiques liées au bien commun.
À l’heure où le Costa Rica s’apprête à choisir son prochain président, les évêques entendent ainsi replacer l’acte de voter au cœur de la responsabilité citoyenne, convaincus que la démocratie ne peut se maintenir sans la participation active de ses citoyens, et que l’abstention massive constitue un risque réel pour la cohésion nationale et l’avenir institutionnel du pays.


