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Crise politique en Corée du Sud : les évêques en appellent à une politique « au service du peuple »

Église de Jeil, Wonju (Corée du Sud) - DR
Église de Jeil, Wonju (Corée du Sud) - DR
Destitution historique du président Yoon Suk-yeol : face à la fracture nationale, les évêques sud-coréens demandent une transition « démocratique et mature ».

Pour la deuxième fois de son histoire, la République de Corée vient de destituer un président élu au suffrage universel. Le 4 avril à 11h22, la Cour constitutionnelle a confirmé, par un vote unanime de ses huit juges, la destitution du président Yoon Suk-yeol, inculpé pour avoir décrété l’état de loi martiale le 3 décembre 2024 dans un climat politique déjà extrêmement tendu.

« C’est maintenant le moment de la politique », ont déclaré les évêques sud-coréens à l’issue de cette décision, soulignant la gravité du moment et appelant leurs concitoyens à un sursaut civique. « Nous devons unir notre sagesse pour élire un nouveau président qui dirigera notre nation. Nous devons choisir un dirigeant qui reconnaîtra profondément que le pouvoir présidentiel est un pouvoir délégué par le peuple, un pouvoir au service du peuple. »

L’agence Fides précise que le climat est resté tendu jusqu’au verdict. Depuis des semaines, des foules opposées se faisaient face dans les rues, et pas moins de 14 000 agents de sécurité ont été mobilisés à Séoul pour éviter tout débordement. L’affaire avait débuté par une tentative avortée du président Yoon d’imposer la loi martiale pour contrer, selon lui, « les forces pro-nord-coréennes » et « protéger l’ordre constitutionnel démocratique ». Ce geste, perçu comme une dérive autoritaire, a soulevé une immense vague d’indignation, précipitée par des manifestations populaires et religieuses. Pas moins de 200 prêtres catholiques s’étaient joints aux protestataires, quelques jours avant le verdict.

Les évêques catholiques, par la voix de leur conférence épiscopale, ont immédiatement réagi avec un message fort : « Tout d’abord, nous demandons que les pouvoirs de l’État s’engagent de toutes leurs forces à regagner la confiance du peuple et à réaliser l’harmonie. »Le cardinal Lazaro You Heung-sik, préfet du Dicastère pour le Clergé, avait lui-même exhorté, dans un message vidéo daté du 21 mars, à un jugement fondé sur la conscience : « Avec un cœur désespéré pour la République de Corée en crise », il appelait à écouter « la voix de la justice et de la conscience qui vit au plus profond de nous ».

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Le 5 mars déjà, l’Association des principales confessions religieuses, dont l’Église catholique représentée par Monseigneur Matthias Ri Long-hoon, avait plaidé pour une issue pacifique. « Respecter et accepter la décision de la Cour constitutionnelle afin que cette crise nationale puisse être résolue sans heurts », écrivaient les responsables religieux dans un appel solennel au peuple.

L’Église de Corée ne se contente pas de commenter la vie politique : elle en rappelle la finalité. « Le processus visant à élire un dirigeant doté de responsabilités et de moralité, en vue de la réconciliation sociale et du bien commun, doit se dérouler de manière démocratique et mature », ont insisté les évêques.

La crise politique survient dans un contexte plus large de troubles pour la Corée du Sud : catastrophes naturelles, crash aérien meurtrier fin décembre, et une société de plus en plus fracturée. Pourtant, les paroles de l’Église catholique veulent poser un socle d’espérance. « L’Église en Corée, avec une ardente espérance, priera pour que tous les citoyens respectent et accueillent le jugement. De cette manière, notre pays fera un pas de plus sur la voie de la maturité démocratique », affirmait la Conférence épiscopale le 1er avril.

Dans un pays où les divisions politiques peuvent devenir explosives, l’Église invite à la prière, à la tempérance, et à la vigilance. Non pas pour fuir le réel, mais pour y insuffler l’esprit de paix et de service. « La démocratie est fondée sur le respect des règles », rappellent les évêques. Ce rappel de bon sens, éclairé par la foi, pourrait bien être ce dont la Corée a le plus besoin aujourd’hui.

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