Depuis 2000 ans

De la Sagrada Família aux îles Canaries, le pape Léon XIV se rendra en Espagne du 6 au 12 juin dans un climat de fortes tensions ecclésiales et migratoires

Depositphotos
Depositphotos
Moment central à Barcelone pour le centenaire d’Antonio Gaudí, étape sensible aux Canaries sur fond de débat national sur l’immigration

Selon une annonce faite le 17 février par Monseigneur Joan Planellas, archevêque de Tarragone, le pape Léon XIV se rendra en Espagne du 6 au 12 juin prochain, aux dates proposées par la Conférence épiscopale espagnole. L’information, révélée sur la radio publique RTVE, n’a pas encore été confirmée officiellement par le Saint-Siège, mais le déplacement est présenté comme pratiquement certain. Il s’agirait du premier voyage du pontife en Espagne depuis le début de son pontificat.Le Saint-Père débuterait son séjour à Madrid avant de se rendre à Barcelone, où l’attend l’un des moments les plus symboliques du voyage.

À la basilique de la Sagrada Família, il devrait participer à une célébration marquant le centenaire de la mort de Antonio Gaudí, architecte catalan dont la cause de béatification est en cours. Cette étape dépasse le simple hommage culturel. Elle s’inscrit dans une Espagne qui cherche à redéfinir son rapport à ses racines chrétiennes, alors que la sécularisation progresse et que la transmission de la foi s’affaiblit.Le voyage se conclurait aux îles Canaries, devenues ces dernières années l’un des principaux points d’arrivée des migrants par voie maritime vers l’Europe. Cette étape intervient dans un climat particulièrement sensible. Le 27 janvier 2026, la Conférence épiscopale espagnole, aux côtés de Caritas et d’autres organismes ecclésiaux, a soutenu publiquement un projet de régularisation extraordinaire des migrants en situation irrégulière, présenté comme un acte de justice sociale. L’initiative, portée par plus de 600 000 signatures, vise à offrir un cadre légal à des personnes demeurant en marge du système actuel.

Cette prise de position a cependant ravivé des divisions internes. Si l’appel à l’accueil et à la dignité des personnes migrantes s’inscrit dans la tradition de la doctrine sociale de l’Église, certains fidèles et membres du clergé ont exprimé leur malaise face à un engagement jugé très direct dans un processus législatif précis.

Plusieurs voix rappellent que la charité chrétienne doit s’articuler avec le bien commun, la cohésion nationale et la responsabilité des autorités civiles.

Lire aussi

Ces tensions s’inscrivent dans un contexte plus large de débat identitaire. À Jumilla, dans la région de Murcie, une décision municipale interdisant les rituels religieux non chrétiens dans l’espace public a récemment suscité une vive controverse. Présentée par ses promoteurs comme une défense des racines chrétiennes de l’Espagne, elle a été dénoncée par ses opposants comme discriminatoire. Dans le même temps, les Fêtes de Moros y Cristianos, qui commémorent la Reconquête, continuent d’être célébrées sans difficulté majeure, illustrant la place profondément enracinée de la mémoire chrétienne dans l’imaginaire collectif espagnol.

L’Espagne demeure marquée par des siècles d’histoire catholique, visibles dans son patrimoine, ses cathédrales, ses saints et ses institutions. Pourtant, la pratique religieuse décline, les vocations diminuent et les débats sociétaux sur l’avortement, l’euthanasie ou la place du religieux dans l’espace public accentuent le sentiment d’un changement d’époque.C’est dans ce climat de sécularisation, de tensions migratoires et de divisions internes que le pape Léon XIV est attendu. Son voyage, de la Sagrada Família aux îles Canaries, pourrait constituer un moment de clarification et d’encouragement pour une Église espagnole appelée à conjuguer fidélité à son héritage chrétien, souci du bien commun et réponse évangélique aux défis contemporains.

Recevez chaque jour notre newsletter !