Mardi, à l’Assemblée nationale, la majorité a validé la création d’un délit d’entrave au « droit à l’aide à mourir ». Deux ans d’emprisonnement, 30 000 euros d’amende pour quiconque tenterait d’empêcher ou de dissuader, notamment par des propos jugés « de nature à induire intentionnellement en erreur ».Ce texte n’est pas un simple ajustement juridique. Il constitue le verrou idéologique d’une loi dont le vote solennel est prévu ce mercredi 25 février 2026. Car au cœur du projet, il ne s’agit pas seulement d’accompagner la fin de vie, mais d’autoriser explicitement l’administration de la mort.
La France s’est longtemps enorgueillie d’être le pays des droits de l’homme. Elle a fait de la dignité humaine un principe cardinal, elle a inscrit l’abolition de la peine de mort comme un marqueur moral irréversible. En 1981, la République affirmait que nul, pas même l’État, ne pouvait disposer de la vie d’un homme. Aujourd’hui, la même nation s’apprête à reconnaître qu’il est légitime, dans certaines circonstances, de provoquer délibérément la mort d’un patient. On objectera qu’il s’agit d’un choix personnel. Mais lorsque la loi organise, encadre et sécurise un acte létal, elle lui confère une légitimité publique. L’acte n’est plus seulement individuel, il devient institutionnel.
Dans le même temps, l’avortement a été inscrit dans la Constitution comme une liberté garantie. Désormais, l’euthanasie s’avance à son tour dans le droit commun, accompagnée d’un délit destiné à réduire au silence les opposants. Les droits fondamentaux, présentés comme des conquêtes, semblent se transformer en instruments permettant de supprimer légalement les plus vulnérables, l’enfant à naître hier, le malade et la personne âgée aujourd’hui.
Comment continuer à se glorifier d’avoir aboli la peine capitale si l’on admet que la mort peut être administrée, à la demande, dans un cadre médical validé par la loi ?
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La peine de mort d’hier frappait après un procès pénal. Celle qui se dessine aujourd’hui se déploie dans les hôpitaux, sous le sceau de la bienveillance, avec la caution des autorités publiques. Elle ne punit pas un crime, elle entérine un désespoir. Plus encore, comment se prévaloir d’« inclusion », d’« égalité des chances », de « respect », de « fraternité », si, dans le même mouvement, on inscrit dans la loi la possibilité d’éliminer ceux dont la vie est jugée trop lourde, trop souffrante, trop dépendante ? Comment invoquer les grandes valeurs humanistes, parler de partage, de convivialité, d’attention aux plus fragiles, si l’on affaiblit le fondement même de tout équilibre anthropologique, l’interdit de tuer ?
Une civilisation tient debout parce qu’elle protège la vie, surtout lorsqu’elle est diminuée. Lorsqu’elle commence à considérer la suppression d’un être humain comme une réponse acceptable à la détresse, elle change de nature. L’histoire montre que les sociétés qui ont relativisé la valeur de certaines vies ont ouvert la voie aux pires dérives, qu’il s’agisse de civilisations anciennes érigeant le sacrifice humain en rite, ou d’idéologies modernes ayant organisé la mort au nom d’une prétendue pureté ou d’un progrès collectif.La question est donc radicale. Si la vie cesse d’être un bien inconditionnel, si elle devient disponible dès lors que certaines conditions sont réunies, sur quoi repose encore l’édifice moral commun ? Quel est le principe supérieur que l’on sert ? Quelle est la valeur ultime que l’on adore lorsque l’on consent à transformer la médecine en instrument létal et la loi en garantie de cet acte ?
Le 25 février 2026 pourrait ainsi marquer une date de bascule. Derrière la rhétorique de la liberté et de la compassion, c’est une vision de l’homme qui se redessine, une vision où la dignité n’est plus inhérente à l’être, mais dépendante de critères. Et ceux qui refusent cette rupture découvrent qu’ils devront désormais défendre non seulement une conviction morale, mais le droit même de l’exprimer.


