Au lendemain du vote solennel de l’Assemblée nationale en faveur des propositions de loi relatives à « l’aide à mourir », la Conférence des évêques de France a publié une réaction à la fois mesurée dans la forme et grave sur le fond. Un texte lucide, cohérent, profondément enraciné dans la doctrine de l’Église, et qui dit avec clarté ce que beaucoup pressentent confusément, un seuil décisif vient d’être franchi.
Les évêques prennent acte du vote du 25 février. Ils saluent explicitement l’inscription dans la loi du renforcement des soins palliatifs, rappelant qu’ils constituent une « condition indispensable » pour garantir le soulagement de la douleur et un accompagnement digne. Cette reconnaissance n’est pas secondaire. Elle rappelle une vérité trop souvent occultée dans le débat public, la réponse à la souffrance n’est pas la suppression de celui qui souffre, mais l’accompagnement attentif, compétent, fraternel. Le développement effectif des soins palliatifs sur l’ensemble du territoire demeure, à juste titre, présenté comme un impératif de justice. Mais cette satisfaction ne saurait masquer l’essentiel.
La Conférence des évêques de France exprime « avec gravité sa profonde opposition » à la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté. Le ton est ferme, sans outrance. Il s’agit d’un désaccord de principe et fond , non d’une querelle circonstancielle.
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Le faible écart de voix ayant permis l’adoption du texte, ainsi que l’augmentation constante du nombre de votes opposés, révèlent une fracture réelle au sein de la représentation nationale. Les évêques soulignent qu’« une question aussi essentielle, qui engage la conception même de la dignité humaine et du rôle de la médecine, ne peut être tranchée à une majorité aussi fragile sans laisser subsister un malaise démocratique profond ». Cette observation dépasse le cadre confessionnel. Elle touche à la substance même du pacte social. Lorsque la loi autorise un médecin à provoquer délibérément la mort, ce n’est pas une simple évolution technique du droit, c’est une redéfinition radicale des repères communs.
Rappelons que durant les débats parlementaires, de nombreuses voix se sont élevées, soignants, juristes, philosophes, représentants de patients, acteurs de terrain. Les mises en garde ont été précises. Les risques d’ambiguïtés juridiques, les pressions sociales ou familiales pesant sur les plus vulnérables, la transformation profonde de la mission médicale ont été largement documentés. Le médecin, traditionnellement appelé à soigner et à soulager, pourrait désormais être requis pour provoquer la mort. Il s’agit là d’un bouleversement anthropologique majeur.
Les évêques regrettent que ces préoccupations n’aient pas été prises en compte, notamment l’absence d’une clause d’établissement respectant les chartes éthiques propres à certaines institutions.
Plus grave encore, le maintien du délit d’entrave est dénoncé comme une atteinte sérieuse à la liberté de conscience, comportant un risque réel pour les actions de prévention contre le suicide. Une société qui prétend élargir les libertés ne peut, dans le même mouvement, restreindre celles de ceux qui refusent moralement de coopérer à un acte qu’ils considèrent comme intrinsèquement injuste. Le cœur du communiqué se trouve dans cette affirmation, « légaliser l’aide à mourir ne relève pas d’un simple ajustement technique du droit, il s’agit en réalité d’un basculement anthropologique ». Le terme est fort, mais il est juste. Ce qui est en jeu n’est pas seulement une procédure, c’est la définition même de la dignité humaine. Si la dignité dépend de l’autonomie absolue ou de l’absence de dépendance, alors les plus fragiles deviennent, tôt ou tard, des vies considérées comme de moindre valeur.
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La Conférence des évêques de France rappelle enfin avec force que « donner délibérément la mort ne saurait constituer un progrès humain ». Dans une culture tentée par l’efficacité et la maîtrise totale de l’existence, cette phrase sonne comme un rappel salutaire. Le véritable progrès ne consiste pas à accélérer la mort, mais à approfondir la solidarité.Une société véritablement fraternelle, écrivent les évêques, se reconnaît à la manière dont elle entoure les plus fragiles, non à la facilité avec laquelle elle accepte de provoquer leur mort. En ces heures décisives, cette parole n’est pas seulement celle de l’Église, elle est un appel à la conscience nationale.
Précisons que de nombreuses voix de prêtres s’élèvent déjà pour demander l’excommunication des députés catholiques ayant voté en faveur de ce texte. À ce stade toutefois, les évêques n’évoquent pas une telle mesure canonique, attendant la poursuite du processus parlementaire ainsi que le vote final et l’adoption définitive de la loi avant d’envisager toute décision de cette nature.
Intégralité de la Réaction des évêques de France suite au vote solennel
de l’Assemblée nationale sur la fin de vie
« La Conférence des évêques de France prend acte du vote solennel intervenu le 25 février 2026 en
faveur des propositions de loi relatives à « l’accompagnement et aux soins palliatifs » ainsi qu’à
« l’aide à mourir ».
Elle se réjouit que le renforcement des soins palliatifs, condition indispensable pour garantir le
soulagement de la douleur et l’accompagnement digne de toute personne en fin de vie, ait été
inscrit dans la loi. Le développement effectif de ces soins sur l’ensemble du territoire demeure
une exigence prioritaire et un impératif de justice.
Cependant, la Conférence des évêques de France exprime une nouvelle fois et avec gravité sa
profonde opposition à l’adoption d’un dispositif légalisant l’euthanasie et le suicide assisté. Le
faible écart de voix ayant permis l’adoption du texte ainsi que l’augmentation constante du
nombre de votes s’y opposant, manifestent une importante fracture au sein de la représentation
nationale. Une question aussi essentielle, qui engage la conception même de la dignité humaine
et du rôle de la médecine, ne peut être tranchée à une majorité aussi fragile sans laisser subsister
un malaise démocratique profond.
Au cours des débats parlementaires, de nombreuses voix (soignants, juristes, philosophes,
représentants de patients, acteurs de terrain, parlementaires) ont formulé des mises en garde
précises et argumentées. Beaucoup ont alerté sur les risques d’ambiguïtés juridiques, sur les
pressions sociales ou familiales qui pourraient peser sur les personnes vulnérables, sur la
transformation radicale de la mission du médecin, appelé désormais non seulement à soigner et
soulager, mais à provoquer la mort.
La CEF regrette qu’aucune de ces préoccupations majeures n’ait été prise en compte,
notamment pour intégrer une clause d’établissement visant au respect des chartes éthiques
propres à certains établissements. Par ailleurs, le maintien du délit d’entrave, outre le fait qu’il
s’oppose gravement à la liberté de conscience, comporte un risque réel quant aux actions de
prévention contre le suicide.
Sur un sujet d’une telle gravité, le choix de continuer à avancer en l’absence de consensus large
est grandement préoccupant. Car légaliser l’aide à mourir ne relève pas d’un simple ajustement
technique du droit : il s’agit en réalité d’un basculement anthropologique qui modifie en
profondeur les repères de la société.
La Conférence des évêques de France rappelle avec force que donner délibérément la mort ne
saurait constituer un progrès humain. Elle compte sur la suite du processus parlementaire pour
réaffirmer qu’une société véritablement fraternelle se reconnaît à la manière dont elle entoure
les plus fragiles, non à la facilité avec laquelle elle accepte de provoquer leur mort. »
Source Conference des évêques de France


