Né en Espagne en 2002 de parents français athées, Bruno Guillot grandit dans une famille sans pratique religieuse. Très tôt, il se sent attiré par la spiritualité, cherchant des réponses aux grandes questions existentielles. À l’adolescence, il découvre l’islam et y voit une voie structurée, exigeante, capable de combler sa soif d’absolu.Séduit par la rigueur doctrinale et la discipline qu’on lui présente, il se rapproche rapidement du courant salafiste. Dans ce mouvement rigoriste, il croit trouver un cadre moral et spirituel. Sa progression est rapide : il apprend l’arabe, étudie les textes, devient imam et commence à exercer une influence sur d’autres jeunes musulmans en quête d’identité.
Pourtant, derrière ce dynamisme apparent, une faille grandit. Car ce qu’il prend d’abord pour une voie vers Dieu devient peu à peu une logique d’enfermement.Bruno Guillot ne cache rien de cette désillusion. « Le salafisme est une prison », affirme-t-il avec force lors d’une interview au JDD . Une prison mentale, spirituelle et sociale. Dans ce système, explique-t-il, « tout devient interdit », la vie se réduit à des règles négatives, et la figure de Dieu s’éloigne, se transformant en juge implacable.Cette logique l’a mené à l’épuisement. À force d’interdits et de peurs, il sombre dans une désespérance croissante. L’islam radical, loin de l’élever vers Dieu, l’écrase sous le poids d’une exigence inhumaine :Ce constat, douloureux, devient le point de départ d’une recherche nouvelle.
Dans cette nuit intérieure, une lumière surgit. Bruno Guillot découvre le catholicisme et, à travers lui, une image de Dieu radicalement différente. Là où le salafisme lui présentait un Dieu qui sanctionne, le Christ lui révèle un Dieu qui aime.Il est bouleversé par la figure de Jésus, par son humanité, par sa miséricorde. « Ce que je cherchais dans l’austérité d’une idéologie, je l’ai trouvé dans la tendresse d’un Père », confie-t-il.
Peu à peu, il comprend que la vérité n’est pas une liste de règles, mais une personne vivante. Il médite l’Évangile, se rapproche de la communauté chrétienne et décide de franchir le pas : demander le baptême
Ce choix n’est pas sans conséquence. En quittant le salafisme, Bruno Guillot se coupe d’un univers qui avait façonné son identité. Il perd des amitiés, s’expose à l’incompréhension, voire à l’hostilité. Mais il témoigne que la paix reçue dans le Christ surpasse toutes les épreuves.Son baptême devient pour lui une renaissance. Il abandonne son ancien nom de prédicateur musulman et prend une identité nouvelle, enracinée dans la filiation divine. Son livre Adieu Souleyman est le récit de ce passage : l’arrachement à l’obscurité et la découverte de la lumière.
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Récemment, sur sa page Facebook, Bruno Guillot a livré une méditation qui résume l’esprit de sa nouvelle vie chrétienne :
« La fin d’une chose est souvent le commencement d’une autre, il est bon d’attendre, d’observer et d’entreprendre ! Rien n’est figé ni définitif, tout est guidé et relatif, le jugement d’une chose dépend de notre conception relative à celle-ci , une nouvelle page se tourne et l’avenir nous attend, la course est longue et périlleuse mais la destinée en vaut le détour… »
Il a accompagné ces mots d’un extrait de la deuxième lettre de saint Paul à Timothée, véritable cri d’espérance et de fidélité :
« J’ai combattu le bon combat, j’ai achevé la course, j’ai gardé la foi. Désormais m’est réservée la couronne de justice, que le Seigneur juste juge me donnera dans ce jour-là, et non seulement à moi, mais aussi à tous ceux qui aiment son apparition. Mais le Seigneur s’est tenu près de moi et m’a fortifié, afin que par moi la prédication fût pleinement accomplie et que toutes les nations l’entendissent ; et j’ai été délivré de la gueule du lion. Le Seigneur me délivrera de toute mauvaise œuvre et me conservera pour son royaume céleste. À lui la gloire, aux siècles des siècles ! Amen. » (2 Tm 4, 7-8.17-18)
L’histoire de Bruno Guillot résonne avec certains passages de l’Evangile : « Vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libres » (Jn 8, 32). Ce verset pourrait résumer son itinéraire : il a cherché la vérité dans des idéologies humaines, mais c’est en Christ qu’il l’a trouvée.Les Pères de l’Église avaient déjà souligné cette dynamique. Saint Augustin, dans ses Confessions, décrit son propre parcours d’errance avant de trouver la paix en Dieu : « Tu nous as faits pour Toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en Toi ». L’expérience de Bruno Guillot s’inscrit dans cette même logique : une quête dévoyée par des idéologies, mais sauvée par la rencontre personnelle avec le Christ.Le baptême, qu’il a reçu, manifeste cette réalité : « Arrachés aux ténèbres, nous sommes conduits dans le Royaume du Fils bien-aimé » (Col 1, 13).
Au-delà de sa trajectoire individuelle, ce témoignage interpelle notre société. Alors que de nombreux jeunes se laissent séduire par l’islam radical, convaincus d’y trouver une forme de pureté ou de force, le parcours de Bruno Guillot rappelle que cette voie mène à l’impasse.Sa conversion montre au contraire que la véritable soif d’absolu trouve sa réponse en Jésus-Christ. Elle invite à redécouvrir le cœur du christianisme : non pas un système d’interdits, mais la rencontre avec une personne, le Sauveur.
Pour l’Église, ces conversions sont des signes d’espérance. Chaque année, des centaines d’adultes demandent le baptême en France, et beaucoup viennent de l’islam. Ce phénomène, encore discret, montre que l’Esprit Saint agit dans des contextes parfois inattendus.Ces conversions demandent aussi à l’Église d’accompagner, de protéger et de fortifier dans la foi ceux qui font un tel pas, souvent au prix de ruptures douloureuses.L’histoire de Bruno Guillot est plus qu’un récit personnel : elle est un signe pour notre époque. Elle rappelle que nul n’est trop loin de Dieu pour être rejoint par sa grâce. Elle invite les fidèles à persévérer dans la prière et le témoignage, convaincus que même dans l’obscurité la plus épaisse, la lumière du Christ peut briller.En quittant l’idéologie salafiste pour la foi catholique, Bruno Guillot proclame aujourd’hui que seule la vérité rend libre. Sa vie en devient une parabole vivante : l’homme perdu dans les ténèbres a trouvé la lumière, et cette lumière est le Christ.