Dans un manuel de sciences de la vie et de la Terre publié par les éditions Nathan, un graphique consacré aux « solutions de réduction des émissions de carbone » place en tête, très largement devant toutes les autres actions individuelles, le fait d’« avoir un enfant de moins ». Le signal envoyé aux élèves est d’une clarté glaçante : la naissance d’un enfant serait l’acte le plus nuisible pour le climat.Il ne s’agit plus seulement d’un débat scientifique. Il s’agit d’un choix culturel. Car enseigner à des adolescents que leur future paternité ou maternité représenterait une atteinte majeure au bien-être écologique, c’est introduire dans les consciences un soupçon contre la vie elle-même.
Le Catéchisme de l’Église catholique rappelle avec force : « L’enfant n’est pas un dû, mais un don » (CEC, 2378). Il enseigne également que la fécondité est inscrite au cœur du mariage (CEC, 2366). La vie humaine ne se calcule pas. Elle ne s’évalue pas à l’aune d’une empreinte carbone.Le pape François a dénoncé à de nombreuses reprises la « culture du déchet », cette mentalité qui finit par considérer certaines vies comme inutiles ou encombrantes. Dans Amoris Laetitia, il affirme : « Les enfants sont un don. Chaque enfant est unique et irremplaçable » (AL, 170). Il a également alerté sur l’effondrement démographique qui frappe de nombreuses nations, y voyant un signe inquiétant de perte d’espérance.Le pape Léon XIV, pour sa part, a rappelé que la famille demeure le sanctuaire de la vie et le premier lieu de transmission. Il a souligné que la crise démographique n’est pas seulement un déséquilibre statistique, mais une blessure spirituelle : une société qui doute de la bonté de la vie finit par affaiblir ses propres fondements.
Face à cet enseignement constant, que penser d’un document scolaire qui hiérarchise les comportements humains en plaçant la naissance d’un enfant au sommet des “problèmes” climatiques ?
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Ce type de présentation ne relève pas d’une neutralité scientifique, mais d’une vision du monde où l’homme est d’abord perçu comme un facteur de nuisance. Derrière l’apparente objectivité des chiffres se cache une anthropologie implicite : moins d’êtres humains signifierait mécaniquement moins de dégâts.L’enfant devient alors un simple poste d’émissions. Une variable dans un tableau. Un “impact”.
Cette logique froidement utilitariste réduit la personne humaine à son effet mesurable sur un système. Elle instille l’idée que la fécondité serait suspecte, que la transmission serait irresponsable, que l’avenir serait d’abord une menace.Comment prétendre défendre la nature si l’on fragilise la dignité de celui qui en est le gardien ? Une écologie authentique ne peut s’édifier contre l’homme. Elle doit s’enraciner dans le respect intégral de la vie humaine, de sa conception à sa fin naturelle.Sous couvert de respect de l’environnement, ce type de discours diffuse une remise en cause profonde de l’anthropologie chrétienne. La responsabilité des dérèglements industriels et économiques est subtilement déplacée vers les familles. Ce ne seraient plus d’abord les choix structurels, mais les naissances elles-mêmes qui constitueraient le problème.
Cette manière de penser rejoint d’autres dérives contemporaines. Lorsque la valeur d’une vie devient relative, lorsqu’elle se mesure à son utilité, à son confort ou à son coût, la société glisse dangereusement. L’avortement banalisé, l’euthanasie justifiée au nom d’une prétendue dignité, la gestation pour autrui qui transforme l’enfant en objet de contrat, participent d’une même logique : celle d’une liberté détachée de la vérité sur l’homme.Il ne s’agit pas ici de nier l’urgence écologique. La sauvegarde de la création est un devoir moral. Mais une cause juste peut être dévoyée lorsqu’elle s’appuie sur une vision tronquée de la personne humaine.
La France traverse une crise démographique majeure. Les responsables politiques s’en inquiètent. Pourtant, si l’institution scolaire elle-même diffuse l’idée que l’enfant serait “de trop”, comment espérer restaurer la confiance dans l’avenir ?
Un enfant n’est pas une menace pour la planète. Il est une promesse. Il est un trésor. Il est aussi celui qui, demain, pourra inventer des solutions nouvelles, porter des innovations, servir le bien commun.La vie, l’avenir d’une nation, ne se calculent pas en émissions de carbone. Une civilisation qui en vient à présenter la naissance comme un problème écologique prend le risque de saper sa propre espérance. Défendre la nature ne peut signifier suspecter la vie. Sans respect inconditionnel de la personne humaine et du caractère sacré de la vie, toute écologie devient fragile, et peut se transformer en idéologie dévastatrice.


