Face à un texte porteur d’une rupture anthropologique majeure, les évêques de France rappellent avec gravité que la compassion ne peut jamais devenir un droit de donner la mort. La proposition de loi sur l’« aide active à mourir », rejetée par le Sénat, revient à l’Assemblée nationale le 16 février, avec un vote solennel prévu le 24 février. Dans ce contexte lourd d’enjeux, les évêques de France ont lancé un appel clair : une journée de prière et de jeûne le 20 février, premier vendredi de Carême.
Le texte actuellement débattu entraînerait la France sur la voie de l’euthanasie et du suicide assisté. Les évêques ne se contentent pas d’une réserve prudente, ils parlent d’un basculement grave. Ils pointent notamment l’absence de clause d’établissement et l’instauration d’un délit d’entrave, dispositions qui pèseraient fortement sur les structures de santé et les soignants refusant de participer à un acte létal.Plus encore, ils soulignent l’affaiblissement concomitant de la loi sur les soins palliatifs. Alors que celle-ci avait bénéficié d’un large consensus, la suppression de la mesure visant à créer des maisons de soins palliatifs apparaît comme un signal préoccupant. Au lieu d’investir massivement dans l’accompagnement de la fin de vie, la société s’orienterait vers une réponse radicale et irréversible.
Le débat, contrairement à ce que certains voudraient faire croire, est loin d’être apaisé. De nombreux soignants, patients, personnes âgées et personnes en situation de handicap expriment de vives inquiétudes. Les évêques s’inscrivent dans cette inquiétude, en la portant sur le terrain anthropologique et spirituel.
« On ne prend pas soin de la vie en donnant la mort » déclaration des évêques de France
La déclaration épiscopale rappelle avec force la dignité inaliénable de toute vie humaine. Cette affirmation n’est pas seulement doctrinale, elle touche au fondement même du pacte social. Si la loi reconnaît qu’il peut être légitime de donner la mort pour soulager, alors le regard collectif sur la vulnérabilité change profondément. La phrase citée par les évêques résume leur position : « On ne prend pas soin de la vie en donnant la mort« , cela condense une vision cohérente de la médecine et de la solidarité. Le soin suppose la présence, l’accompagnement, le soulagement de la douleur, jamais l’élimination du patient. Dans cette perspective, le développement massif des soins palliatifs sur tout le territoire est présenté comme la véritable réponse humaine et juste. La France souffre encore d’inégalités importantes en la matière. Le risque est réel de proposer la mort comme solution là où l’accès aux soins et à l’accompagnement demeure insuffisant.
Les évêques situent explicitement leur appel dans la communion avec le Pape Léon XIV, qui invite à « défendre la dignité intrinsèque de toute personne humaine alors même que notre monde peine à trouver une valeur à la vie humaine, même en sa dernière heure »
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Cette référence éclaire la portée universelle de l’enjeu. Il ne s’agit pas seulement d’un débat technique franco-français sur une procédure médicale, mais d’une question de civilisation. Quelle valeur accordons-nous à la vie fragile, dépendante, souffrante ? La réponse donnée par la loi façonne durablement les mentalités.Choisir le premier vendredi de Carême pour cette journée de jeûne et de prière n’est pas anodin. À l’approche de Pâques, les évêques rappellent que les chrétiens célèbrent « la victoire de la vie sur la mort ». Leur démarche est spirituelle, mais elle est aussi publique : ils demandent que leur message soit partagé dans les diocèses et lu dans les paroisses.
En appelant au jeûne et à la prière, les évêques ne fuient pas le débat politique. Ils choisissent un autre terrain, celui de la conscience. Le jeûne est un acte de pénitence et de supplication, il exprime la gravité d’un moment. Il dit que l’enjeu dépasse les clivages partisans.
Dans une société marquée par l’individualisme et la peur de la souffrance, leur appel rappelle que la solidarité consiste à entourer les plus fragiles, non à leur proposer la mort comme ultime solution. Leur position est cohérente avec l’enseignement constant de l’Église : la dignité humaine ne dépend ni de l’autonomie ni de la performance, elle est inhérente à la personne. A l’heure où le Parlement s’apprête à se prononcer, la voix des évêques vient redire une conviction ferme : la compassion véritable ne supprime pas celui qui souffre, elle s’engage à ses côtés. Dans le débat sur la fin de vie, c’est bien la conception même de l’homme et de la société qui se joue.


