C’est donc un retour possible au culte qui est désormais envisagé… Après plusieurs années de mobilisation et des mois de bataille juridique, un tournant décisif vient d’intervenir dans le dossier de l’église Saint-Gault à Quelaines-Saint-Gault. Alors que la municipalité avait acté sa démolition lors du conseil municipal du 27 novembre 2025, la justice administrative a suspendu ce projet. Le recours en référé déposé par l’association Urgences Patrimoine a été jugé recevable par le tribunal administratif de Nantes. Le juge des référés a ordonné la suspension de la démolition dans l’attente d’un jugement sur le fond.
La commune de Quelaines-Saint-Gault a également été condamnée à verser 800 euros à l’association pour les frais de justice engagés
Cette décision offre désormais plus d’un an de sursis à l’église, le temps que la juridiction administrative examine le dossier sur le fond, ce qui pourrait prendre plusieurs mois.
La suspension repose notamment sur un élément juridique déterminant : le Plan local d’urbanisme de la commune : le tribunal administratif a estimé qu’un doute sérieux existait quant à la légalité de l’arrêté de démolition. En effet, le PLU comprend une orientation d’aménagement et de programmation visant à préserver et mettre en valeur le patrimoine architectural et identitaire de la commune. Or l’église Saint-Gault figure explicitement parmi les bâtiments mentionnés dans ce document, aux côtés de cinq autres édifices. Cet argument juridique, soulevé par l’avocat de l’association Urgences Patrimoine, Maître Théodore Catry, a retenu l’attention du tribunal. Selon lui, le contenu du PLU laisse en réalité « assez peu de marge de manœuvre » à la municipalité concernant la destruction d’un bâtiment identifié comme élément du patrimoine local.
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Depuis plusieurs mois, la situation de l’église faisait l’objet d’une vive polémique. La municipalité évoquait un état jugé très dégradé pour justifier sa démolition et la transformation du site jardin et parking.
Pourtant, plusieurs éléments du dossier contredisaient ces affirmations. Dans un courrier daté de février 2025, l’Architecte des Bâtiments de France soulignait l’intérêt patrimonial de l’édifice et estimait que son état sanitaire restait satisfaisant, tout en recommandant une restauration rapide. Les défenseurs de l’église rappelaient également que l’édifice possède une origine remontant au XIe siècle, même s’il a été remanié au XIXe siècle. Ils soulignaient que l’église ne présente pas les infiltrations massives évoquées publiquement et que le coût des travaux de mise en sécurité serait bien inférieur aux montants avancés. Les 120 000 euros prévus pour la démolition et l’aménagement du futur jardin auraient d’ailleurs pu suffire à financer les travaux d’urgence nécessaires.
La suspension de la démolition ouvre désormais des perspectives concrètes. Plusieurs repreneurs se sont manifestés pour sauver l’édifice. Parmi eux figurent notamment des entrepreneurs mayennais conduits par Édouard Carvallo, qui ont déposé une offre d’achat en mettant en avant leurs compétences dans le domaine du patrimoine. Une rencontre avec le maire Laurent Lefèvre a déjà eu lieu afin d’évoquer l’avenir du bâtiment.
Un autre candidat à la reprise, l’historien Reynald Sécher, s’était également manifesté plus tôt dans le dossier.
Au total, deux projets de reprise sont aujourd’hui évoqués, avec un objectif commun : restaurer l’église et lui rendre sa vocation cultuelle.Cette perspective est d’autant plus marquante que certaines décisions avaient déjà été prises dans la précipitation. La pierre sacrée de l’autel avait notamment été retirée, comme si la disparition de l’église était déjà actée.
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Dans l’immédiat, les défenseurs du patrimoine attendent désormais une mesure simple mais essentielle : la mise hors d’eau de l’église par la mairie afin d’éviter que le bâtiment ne subisse davantage les effets du temps et des intempéries. Le coût de cette intervention est estimé à environ 10 000 euros, une somme relativement modeste au regard de l’enjeu patrimonial. Si les projets de reprise se concrétisent, la situation pourrait également s’avérer positive pour la municipalité. Le maire aurait alors, sans l’avoir initialement envisagé, permis la conservation de l’église tout en réalisant une économie de 120 000 euros, somme qui devait être consacrée à la démolition de l’édifice et à l’aménagement d’un jardin sur son emplacement.
On imagine d’ailleurs que l’évêché et le père Duguet, qui avaient déjà entamé des discussions avec la mairie sur l’avenir de l’édifice, se réjouiront eux aussi de voir l’église finalement préservée.
Les défenseurs du patrimoine rappellent enfin que cette avancée n’aurait jamais été possible sans la mobilisation de plusieurs acteurs engagés depuis le début du dossier. Le rôle de Alexandra Sobczak-Romanski, présidente d’Urgences Patrimoine, a été déterminant dans cette bataille juridique et médiatique. Les soutiens de l’église soulignent également l’engagement constant de Monsieur Logeais, de l’association de sauvegarde, dont la persévérance a permis de maintenir la mobilisation locale. Sans leur détermination, reconnaissent plusieurs soutiens du dossier, l’église Saint-Gault aurait probablement déjà disparu.
La suspension de la démolition ne constitue cependant pas encore la victoire définitive. L’association attend toujours une réponse du ministère de la Culture concernant une éventuelle mise en instance de classement d’urgence de l’église. Si aucune décision n’intervient dans les prochaines semaines, un recours pour refus de classement pourrait être envisagé. Une chose apparaît toutefois désormais clairement : l’église Saint-Gault, que beaucoup pensaient condamnée il y a encore quelques semaines, dispose aujourd’hui d’une véritable chance d’être sauvée définitivement.


