L’ouverture, lundi 19 janvier, du procès du père Bernard et de la Famille missionnaire de Notre-Dame devant le tribunal correctionnel de Privas est intervenue dans un climat médiatique marqué par une attention accrue portée aux affaires dites d’« emprise » au sein des communautés religieuses. Ce contexte favorise des lectures parfois rapides ou partielles de situations complexes, où les réalités spirituelles et communautaires peinent à être pleinement prises en compte.
L’article publié par La Croix s’inscrit dans cette dynamique en s’appuyant largement sur les analyses de la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires ) , ainsi que sur les points de vue d’experts dont certains sont reconnus comme « critiques de la vie consacrée ». Ce choix éditorial peut donner le sentiment d’un déséquilibre dans la présentation des faits, les accusations occupant une place centrale, tandis que les arguments de la communauté n’apparaissent pas ou de de manière très marginale.
C’est dans ce contexte que le frère Clément Marie, en charge de la communication de la communauté Famille missionnaire de Notre-Dame , a souhaité répondre à l‘article de LA CROIX ,qu’il qualifie d’article « fort partial et trés orienté « , afin de rétablir ce qu’il considère comme les éléments essentiels à la compréhension du dossier :

« Tribune Chrétienne -Comment vivez-vous personnellement, comme frère engagé par des vœux, l’ouverture de ce procès visant votre communauté et son supérieur, à la fois sur le plan spirituel et humain ?
Clément Marie -Nous le vivons dans la sérénité et soudés. Je suis depuis plus de vingt-six ans dans la communauté, et je n’y ai jamais vu de phénomène d’emprise ni de dérive sectaire. Le Père Bernard et Mère Magdeleine, les supérieurs, et aujourd’hui Mère Hélène, ont toujours respecté nos personnes et nos libertés. La vie religieuse est un signe de contradiction, depuis deux mille ans. Elle l’est plus encore aujourd’hui, car elle est une suite radicale de Jésus pauvre, chaste et obéissant.
Tribune Chrétienne -Face aux accusations d’« abus de faiblesse » et d’emprise formulées par d’anciens membres, quels éléments de votre vie communautaire souhaitez-vous faire entendre pour aider à comprendre de l’intérieur ce qu’est, selon vous, la réalité quotidienne au sein de la Famille missionnaire de Notre-Dame ?
Clément Marie -Nous vivons simplement, en lien avec l’Église, les vœux de pauvreté, chasteté et obéissance, qui sont constitutifs de la vie religieuse. Ces conseils évangéliques que Jésus appelle certains à vivre à sa suite présentent une certaine radicalité. Tous ceux qui sont dans la communauté y sont entrés librement, et ont donc choisi ce mode de vie religieuse. Dans la Famille Missionnaire de Notre Dame, en vertu du charisme reconnu par l’Église catholique, cette vie religieuse est vécue dans un esprit de famille, de joie, de charité. La vie communautaire présente certaines exigences, bien sûr. Mais elle est aussi et d’abord une force et un soutien précieux, et elle nous rend heureux.
Tribune Chrétienne – Le rapport de la Miviludes évoque des “inquiétudes sérieuses” concernant l’exercice de l’autorité, l’obéissance et la formation, comment la communauté reçoit-elle ces critiques, et quelles remises en question ont-elles éventuellement suscitées ?
Clément Marie -La MIVILUDES est un organisme qui agit de manière extrêmement opaque et partiale. En 2021, quand elle a publié ce rapport, elle n’avait pris aucun contact ni avec la communauté ni avec ses proches. Elle a fait état en tout et pour tout de trois témoignages anonymes… Les témoignages de parents qui lui ont été envoyés n’ont pas été pris en compte. Dans un document, elle reproche à la FMND d’être opposée à l’avortement, expliquant sans vergogne que ce message « prône un discours qui n’apparaît pas conforme aux principes fondateurs de la République. » En réalité il y a beaucoup d’idéologie derrière ces attaques, qui s’en prennent finalement à la foi de l’Église elle-même, lorsque celle-ci est transmise dans son intégrité.
Tribune Chrétienne
L’un des enjeux du procès est de distinguer ce qui relève d’une exigence normale de la vie religieuse de ce qui pourrait constituer une dérive, comment, en tant que frère, comprenez-vous et vivez-vous cette frontière délicate ?
Clément Marie – Il existe des garanties pour que la vie religieuse ne dérive pas : qu’elle soit vécue en lien avec l’Église ; que le charisme soit confirmé par l’autorité de l’Église ; que les Constitutions de l’institut soient vécues ; que l’esprit demeure ouvert et missionnaire. Aujourd’hui, dans la Famille Missionnaire de Notre Dame, Dieu merci, c’est le cas !
Tribune Chrétienne -Plusieurs familles de membres ont publiquement exprimé leur soutien à la communauté, estimant que leurs enfants se sont engagés librement, quel regard portez-vous sur cette mobilisation, et que dit-elle selon vous de la réalité des liens familiaux au sein de la FMND ?
Clément Marie -En réalité, le soutien des parents à la communauté est très impressionnant et est sans doute un fait assez inédit : plus de 82 % des parents de membres de la communauté ont signé un communiqué qui contredit expressément les accusations contre la Famille Missionnaire, et soutiennent sans réserve la communauté et ses supérieurs, et témoignent que leurs enfant y sont réellement heureux. Ce témoignage est confirmé par nombre de frères et sœurs de membres de la FMND. Au total, plus de 360 parents, frères ou sœurs de religieux apportent leur soutien. C’est un fait : ils sont les premiers témoins de ce que nous vivons. Il est particulièrement aberrant de soutenir que nous serions coupés de nos familles, quand celles-ci affirment elles-mêmes le contraire ! Les parents, scandalisés des calomnies contre la communauté, ont publié depuis plus d’un an de nombreux témoignages sur un blog à cet effet : www.parentsdomini.fr.
Tribune Chrétienne – Au-delà de l’issue judiciaire, quelles sont vos attentes vis-à-vis de l’Église, notamment des autorités romaines, pour que la vérité soit établie et que la vie consacrée puisse être à la fois protégée de toute dérive et respectée dans sa spécificité ?
Clément Marie – Les mesures de protection par rapport aux dérives existent et sont maintenant bien prises en compte par l’Église. Il faut désormais veiller à préserver la spécificité de la vie religieuse elle-même. Lire dans les accusations d’un procès, comme c’est le cas pour nous, que l’habit religieux « favorise la soumission et les phénomènes d’imitation » ou que « la croyance religieuse des membres ou potentiels futurs membres de la FMND est un agent facilitateur dans le processus d’endoctrinement » est inacceptable. C’est une attaque contre la vie religieuse en tant que telle, et c’est une insulte à tous les croyants. Nous attendrions de la hiérarchie d’être un peu plus défendus contre ce type d’attaques qui fait passer des éléments constitutifs de la vie religieuse pour des dérives sectaires, révélant ainsi une idéologie profondément antireligieuse. »
Propos recueillis par Philippe MARIE.


