L’ancien nonce apostolique aux États-Unis Carlo Maria Viganò, nommé à ce poste sous Benedict XVI, a été excommunié par le Vatican en 2024 pour schisme après avoir publiquement rejeté l’autorité du pape et contesté la légitimité de certaines orientations de l’Église, notamment celles issues du concile Vatican II. Figure très critique de la direction actuelle de l’Église, il vient de publier une charge particulièrement sévère contre trois cardinaux réputés conservateurs, Son Eminence Gerhard Ludwig Müller, Son Eminence Robert Sarah et Son Eminence Raymond Leo Burke, qu’il accuse de constituer une « opposition contrôlée » au sein de l’Église.
Dans sa déclaration, l’archevêque Viganò affirme que ces trois cardinaux, bien qu’ils critiquent parfois certaines décisions du Vatican, ne s’opposent jamais réellement au système actuel. Il écrit : « Müller, Sarah et Burke constituent en fait une opposition contrôlée. Leur rôle est de contenir l’hémorragie de catholiques provoquée par la révolution conciliaire, en trompant les fidèles et en leur faisant croire qu’il est possible pour deux entités opposées de coexister dans la même institution et sous la même hiérarchie : l’Église catholique et l’Église conciliaire-synodale. »
Selon lui, cette attitude entretient l’idée qu’il serait possible de concilier les orientations actuelles de l’Église avec la tradition catholique. L’expression « opposition contrôlée » est une formule souvent utilisée dans l’analyse politique ou idéologique. Elle désigne une situation dans laquelle une opposition existe en apparence, mais sans remettre réellement en cause l’ordre établi. Dans ce type de configuration, certains responsables ou groupes semblent critiquer le pouvoir ou le système, mais leur opposition reste limitée, encadrée ou tolérée, de sorte qu’elle ne constitue pas une véritable menace pour ceux qui dirigent.
Une telle opposition peut avoir plusieurs fonctions : donner l’impression qu’il existe un débat, canaliser la colère d’une partie du public ou empêcher l’émergence d’une contestation plus radicale. Le mécontentement est ainsi absorbé et contenu, plutôt que transformé en une opposition capable de provoquer un changement profond.
En utilisant cette expression, l’archevêque Viganò accuse donc les cardinaux qu’il vise de critiquer certaines décisions ou orientations de l’Église tout en restant dans les limites acceptables du système actuel, ce qui empêcherait selon lui l’apparition d’une opposition plus radicale.
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La prise de position de l’archevêque Viganò intervient dans le contexte des projets de consécration d’évêques au sein de la Fraternité Saint Pie X refusé par Rome. L’archevêque Viganò adopte la position inverse et appelle au contraire les évêques et cardinaux à soutenir publiquement ces consécrations. Il écrit : « En tant qu’évêque et successeur des Apôtres, j’exhorte mes frères dans l’épiscopat – à commencer par les cardinaux Müller, Sarah et Burke – les prêtres, les religieux et les fidèles à donner un signal clair d’unité, en soutenant le combat de la Fraternité Saint-Pie X par des signes concrets, par exemple en participant à la cérémonie des consécrations en juillet prochain. »
L’archevêque Viganò reproche également aux trois cardinaux de critiquer certaines décisions du Vatican sans aller jusqu’à une opposition ouverte. Il évoque notamment la déclaration Fiducia Supplicans, qu’ils ont critiquée sans demander explicitement son retrait. Il mentionne aussi le motu proprio Traditionis Custodes, à propos duquel ils ont exprimé leur déception sans s’engager à empêcher son application.
Selon lui, ces positions montrent une volonté de préserver l’unité institutionnelle de l’Église plutôt que de défendre clairement la tradition.
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Le cœur du désaccord porte sur l’interprétation du concile Vatican II. Pour l’archevêque Viganò, les crises doctrinales, morales et liturgiques actuelles sont la conséquence logique de certaines orientations issues du concile. Les cardinaux qu’il critique reconnaîtraient l’existence de problèmes dans l’Église, mais refuseraient d’en attribuer l’origine à Vatican II. Il affirme : « Les appels à l’unité lancés par Müller, Sarah et Burke souffrent d’une erreur fondamentale. Ils reconnaissent probablement la crise actuelle, les déviations doctrinales, morales et liturgiques de l’Église synodale, mais ils refusent de les voir comme un effet logique et nécessaire de Vatican II. »
Dans la conclusion de sa déclaration, l’archevêque Viganò appelle les catholiques attachés à la tradition à dépasser leurs divisions internes et à former un front commun au coté de la Fraternité Saint Pie X. « Il serait donc opportun de mettre de côté les divisions internes — qui pourront être clarifiées en temps voulu — pour le bien même de la survie de l’Église catholique face à une persécution imminente. »
Cette nouvelle déclaration illustre les tensions profondes qui traversent aujourd’hui le monde catholique autour de l’interprétation du concile Vatican II, du processus synodal et de la place des communautés traditionalistes dans l’Église.
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