Un projet de loi récemment déposé en Arizona relance un débat sensible et ancien au cœur des relations entre l’État et l’Église catholique, celui du respect absolu du secret de la confession. Le texte, référencé HB 2039, pourrait exposer des prêtres à des sanctions pénales s’ils refusaient de révéler des faits d’abus sur mineurs qui leur auraient été confiés exclusivement dans le cadre du sacrement de la réconciliation.Présentée en décembre 2025 par la représentante Anastasia Travers, la proposition législative est actuellement en attente d’examen à la Chambre des représentants de l’Arizona. Elle prévoit de modifier le code de l’État afin d visible d’obliger les prêtres à signaler aux autorités civiles tout abus sur mineur évoqué lors d’une confession, dès lors qu’ils auraient un soupçon raisonnable que ces faits sont en cours, susceptibles de se poursuivre ou de constituer une menace pour d’autres mineurs.
En cas de non-signalement, le prêtre encourrait une qualification de crime de classe 6, passible en Arizona d’une peine pouvant aller jusqu’à deux ans de prison et 150 000 dollars d’amende. Anastasia Travers avait déjà défendu un texte similaire en 2023, qui n’avait pas abouti, mais qui témoignait déjà d’une volonté de remettre en cause l’exemption accordée jusqu’ici au secret sacramentel.
Cette initiative s’inscrit dans un mouvement plus large observé ces dernières années aux États-Unis. Plusieurs législateurs ont tenté d’inclure les prêtres dans les dispositifs de signalement obligatoire, y compris lorsque l’information est reçue sous le sceau de la confession. En juillet 2025, une loi comparable adoptée dans l’État de Washington avait toutefois été bloquée par un tribunal fédéral au nom du Premier Amendement garantissant la liberté religieuse. Cette mesure avait suscité de vives réactions de la part des évêques catholiques, de responsables orthodoxes et de diverses institutions civiles, avant que l’État ne renonce définitivement à son application en octobre 2025. Des projets analogues ont également été évoqués dans le Delaware, le Vermont, le Wisconsin, le Montana, ainsi qu’en Europe centrale, notamment en Hongrie, sans qu’aucun n’ait été adopté à ce jour.
Au cœur de cette controverse se trouve une réalité théologique et religieuse souvent méconnue, celle du secret de la confession, également appelé sceau sacramentel. Dans la doctrine catholique, le sacrement de la réconciliation n’est pas un simple échange privé entre deux personnes. Il s’agit d’un acte sacré par lequel le fidèle confesse ses péchés à Dieu, le prêtre agissant comme ministre et instrument de cette absolution, et non comme dépositaire libre de l’information reçue.
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Le Catéchisme de l’Église catholique est explicite sur ce point. Il enseigne que, compte tenu de la grandeur de ce ministère et du respect dû aux personnes, tout prêtre est tenu de garder un secret absolu sur les péchés confessés, sous peine de sanctions très sévères. Il ne peut faire aucun usage de la connaissance acquise en confession sur la vie des pénitents. Ce secret, qui n’admet aucune exception, est appelé le sceau sacramentel. Le droit canonique précise de son côté qu’il est absolument interdit au confesseur de trahir le pénitent, de quelque manière que ce soit et pour quelque raison que ce soit.Pour l’Église catholique, cette obligation n’est ni symbolique ni négociable. Elle engage la conscience même du prêtre. L’histoire de l’Église témoigne du fait que certains prêtres ont accepté la prison ou la mort plutôt que de violer le secret de la confession. Cette fidélité extrême illustre la conviction selon laquelle ce qui est confié dans le sacrement n’appartient pas au prêtre, mais à Dieu seul. Rompre le sceau sacramentel entraîne automatiquement l’excommunication, signe de la gravité de l’acte aux yeux de l’Église.
L’Église affirme par ailleurs avec constance la nécessité absolue de protéger les mineurs et de lutter contre les abus, tant par des mesures de prévention que par une coopération loyale avec les autorités civiles en dehors du cadre sacramentel. Elle rappelle cependant que la confession ne peut être assimilée à un espace de confidence ordinaire ou à un interrogatoire juridique.
Contraindre un prêtre à révéler ce qu’il a entendu en confession revient, selon elle, à porter atteinte à la liberté religieuse et à dénaturer un sacrement central de la vie chrétienne.
Plusieurs responsables catholiques soulignent également un paradoxe souvent absent du débat public. Si le secret de la confession venait à être supprimé ou fragilisé, les auteurs d’abus pourraient être dissuadés de se présenter au confessionnal, privant ainsi l’Église de l’un des rares lieux où ils peuvent être confrontés à la gravité morale de leurs actes, appelés à un repentir sincère et exhortés à se dénoncer eux-mêmes et à mettre fin à tout comportement criminel.Si le projet de loi HB 2039 venait à être adopté, il ouvrirait vraisemblablement un conflit juridique majeur, tant au niveau de l’État fédéré que sur le plan constitutionnel. Au-delà du cas de l’Arizona, ce débat pose une question plus large sur les limites de l’intervention de l’État dans la vie religieuse et sur la reconnaissance de la spécificité des sacrements dans une société pluraliste. Pour l’Église catholique, la défense de l’inviolabilité du secret de la confession ne vise pas à soustraire des crimes à la justice, mais à préserver un espace sacré sans lequel le sacrement de la réconciliation perdrait sa nature et son sens les plus profonds.


