À l’approche du Carême, le patriarche chaldéen de Bagdad, le cardinal Louis Raphaël Sako, a adressé aux fidèles une lettre pastorale centrée sur la conversion du cœur, le pardon et la paix. Dans un Irak encore marqué par les séquelles des conflits et l’émigration massive des chrétiens, son appel prend une résonance particulière.
« Le jeûne n’est pas simplement une abstinence physique de nourriture ; il est plutôt un espace pour entrer en dialogue avec nous-mêmes, pour une conversion concrète, pour chercher le pardon et la purification de l’âme », écrit-il. Le jeûne quaresimal, poursuit-il, « est une Pâque, un passage du péché à la grâce », en préparation à la Résurrection ; sinon « il reste une pratique vide ». Le patriarche insiste sur le fait que le Carême est « un temps pour approfondir notre foi », qui ne peut se limiter à des slogans ni à la seule prière à l’église, mais doit être « incarnée au-delà des murs » par « des actions concrètes, des cœurs ouverts et des esprits engagés ». Il appelle à une cohérence entre la liturgie et la vie quotidienne.
Au cœur de son message se trouve le repentir. « Demander pardon n’est pas une faiblesse, mais une force possédée seulement par les courageux », souligne-t-il, invitant à réparer les relations blessées et à vivre l’Évangile du pardon. Dans une société marquée par les divisions, cette exhortation se veut un chemin concret de réconciliation
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Le prélat met également en garde contre ceux qui « publient des critiques infondées contre le clergé diffusées sur les réseaux sociaux », les invitant à « revenir à soi et cesser les écrits destructeurs », afin que le Carême devienne « un temps d’éveil au changement positif et d’accès à la paix intérieure ». Rappelant la centralité de la prière personnelle et communautaire, « surtout à travers la participation à la messe », il affirme que la prière « nous transforme intérieurement » et rend capables de transformer « la souffrance en espérance ». Il conclut par un appel à la charité concrète, invitant à jeûner pour économiser en vue de la bienfaisance et à prier « avec confiance pour la paix et pour la fin des guerres destructrices ».
Un patriarche issu d’une Église éprouvée
Né le 4 juillet 1948 à Zakho, dans le nord de l’Irak, Louis Raphaël Ier Sako appartient à une famille chassée d’Anatolie lors des violences anti-chrétiennes de l’époque ottomane. Ordonné prêtre en 1974 à Mossoul, il est élu archevêque de Kirkouk en 2002 par le synode des évêques chaldéens, élection confirmée par saint Jean-Paul II en 2003.Le 28 janvier 2013, à la suite de la démission du patriarche Emmanuel III Karim Delly, le synode l’élit comme 24e patriarche de l’Église catholique chaldéenne. Son élection est confirmée le 1er février 2013 par le pape. Depuis lors, il guide une communauté profondément marquée par les persécutions, notamment celles perpétrées par l’organisation État islamique. Créé cardinal par le Pape François lors du consistoire du 28 juin 2018, il participe au conclave de 2025 qui voit l’élection du pape Léon XIV. Sa création comme cardinal avait été largement interprétée comme un signe de proximité du Saint-Siège envers les Églises orientales confrontées à la violence et à l’exil.
Reconnu pour son engagement en faveur du dialogue interreligieux, il a reçu le prix Defensor Fidei en 2008 et le prix Pax Christi en 2010. À plusieurs reprises, il a appelé chrétiens et musulmans à une coopération sincère pour le bien commun, plaidant pour une « laïcité positive » respectueuse de la religion et de la dignité humaine.


