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Jimmy Lai renonce à faire appel : le prisonnier catholique de Hong Kong au cœur d’un silence gêné du Vatican

Jimmy Lai - DR
Jimmy Lai - DR
Il y a quelques jours, le pape Léon XIV, interrogé sur cette affaire hautement sensible, s’est refusé à tout commentaire public, un silence qui illustre la délicatesse extrême du dossier

La décision est tombée vendredi 6 mars 2026. L’éditeur hongkongais Jimmy Lai, condamné le mois dernier à vingt ans de prison au titre de la loi sur la sécurité nationale, ne fera pas appel de sa condamnation. Ses avocats ont confirmé avoir reçu « des instructions claires et définitives » de ne contester ni le verdict ni la peine.

Avec ce choix, l’homme de 78 ans met un terme à une bataille judiciaire qui aura duré plusieurs années et qui est devenue l’une des affaires les plus emblématiques de la reprise en main politique de Hong Kong par Pékin. Fondateur du quotidien Apple Daily, aujourd’hui disparu, Jimmy Lai était l’un des critiques les plus connus du Parti communiste chinois. Mais il est aussi, pour de nombreux catholiques à travers le monde, une figure de conscience, un converti qui a souvent expliqué que sa foi chrétienne nourrissait son attachement à la liberté et à la dignité humaine.

Pour comprendre la portée de cette affaire, il faut revenir quelques années en arrière

En 2019, Hong Kong fut secouée par des manifestations massives en faveur de la démocratie. Des millions de personnes descendirent dans la rue pour protester contre un projet de loi qui aurait permis l’extradition de suspects vers la Chine continentale. Derrière cette mobilisation se dessinait une inquiétude plus profonde, celle de voir disparaître progressivement les libertés garanties lors de la rétrocession du territoire à la Chine en 1997.La réponse de Pékin fut radicale. En 2020, la Chine imposa à Hong Kong une loi sur la sécurité nationale extrêmement large, permettant de poursuivre toute personne accusée de sécession, de subversion ou de collusion avec des forces étrangères.

Jimmy Lai fut l’une des premières personnalités arrêtées sous ce nouveau dispositif

Son journal Apple Daily s’était imposé comme l’un des derniers grands médias ouvertement critiques du pouvoir chinois. Après l’arrestation de son fondateur, plusieurs journalistes furent eux aussi interpellés. En juin 2021, le quotidien fut contraint de fermer, dans une scène qui marqua profondément l’opinion internationale. En décembre dernier, Jimmy Lai fut reconnu coupable de conspiration avec des forces étrangères et de publication d’articles jugés séditieux. En février 2026, la justice hongkongaise l’a condamné à vingt ans de prison.

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Même si cette peine reste inférieure à la prison à vie, elle constitue la sanction la plus lourde jamais infligée à Hong Kong dans une affaire liée à la sécurité nationale. Ses proches redoutent qu’elle ne se transforme de fait en condamnation à mourir en détention. Jimmy Lai est âgé, souffre de diabète et de problèmes cardiaques, et il a déjà passé plus de cinq années derrière les barreaux. Ses enfants ont publiquement averti que cette peine pourrait signifier qu’il « mourra derrière les barreaux ».

En renonçant à tout appel, Jimmy Lai met fin à la phase judiciaire de son affaire. Mais pour plusieurs observateurs, cette décision pourrait ouvrir une nouvelle étape, politique cette fois. L’homme possède la nationalité britannique et son dossier est devenu un sujet de tension internationale. Londres a dénoncé une condamnation infligée pour l’exercice de la liberté d’expression et a appelé à sa libération pour des raisons humanitaires. La famille de Jimmy Lai espère également qu’une intervention diplomatique de haut niveau pourrait jouer un rôle. La visite annoncée du président américain Donald Trump en Chine à la fin du mois de mars, où il doit rencontrer Xi Jinping, est donc observée avec attention.

Dans le passé, plusieurs prisonniers liés à des contentieux diplomatiques ont été libérés après des négociations entre États. Dans ce tableau sombre, Jimmy Lai a toutefois obtenu récemment une victoire inattendue. La Cour d’appel de Hong Kong a annulé une condamnation distincte pour fraude et la peine de 69 mois qui l’accompagnait. Cette décision pourrait réduire légèrement la durée totale de sa détention, même si les autorités étudient encore la possibilité de contester ce jugement.

Mais l’essentiel demeure : le fondateur d’Apple Daily reste derrière les barreaux, devenu malgré lui l’un des symboles de l’évolution politique de Hong Kong.

Dans le monde catholique, l’affaire Jimmy Lai provoque depuis longtemps malaise et interrogations. Catholique fervent, il a souvent évoqué sa foi et son attachement à l’Église. Pour beaucoup de fidèles, notamment en Asie, son destin dépasse désormais celui d’un simple prisonnier politique. Interrogé il y a quelques jours sur cette affaire par des journalistes, le pape Léon XIV a choisi de ne pas s’exprimer publiquement sur le cas de Jimmy Lai, estimant manifestement que la situation relevait d’un dossier particulièrement délicat.

Ce silence s’explique en grande partie par la stratégie diplomatique poursuivie depuis plusieurs années par le Saint-Siège vis-à-vis de Pékin. À travers l’accord conclu avec les autorités chinoises sur la nomination des évêques, le Vatican tente de maintenir un dialogue fragile afin de garantir une certaine stabilité pour l’Église catholique en Chine. Car lorsque l’un des catholiques les plus connus d’Asie risque de terminer sa vie en prison pour avoir défendu la liberté de parole et de conscience, la prudence diplomatique du Saint-Siège apparaît à certains comme un silence pesant.

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