Le retrait de Supper at a Nunnery de la Biennale de Kochi ne suffira pas à apaiser la colère et la tristesse des fidèles. Dans cette grande ville portuaire du Kerala, où le christianisme est présent depuis des siècles, l’exposition de cette œuvre a été vécue comme une atteinte directe au cœur de la foi chrétienne.La peinture reprend la composition de la Cène, fondement de l’Eucharistie, pour la transformer en une scène où Mata Hari, nue, se substitue au Christ, entourée de religieuses. Ce choix iconographique ne relève ni de la naïveté ni du hasard. Il consiste à instrumentaliser un symbole sacré universellement reconnu afin de provoquer, puis à invoquer la liberté artistique lorsque l’indignation s’exprime.
Face aux protestations de l’Église syro-malabare et de nombreux catholiques, les organisateurs ont annoncé l’interruption de l’exposition, qualifiée de « temporaire ». Une décision tardive, qui pose une question fondamentale, comment une œuvre aussi manifestement offensante a-t-elle pu être sélectionnée et validée dans un cadre institutionnel ?L’artiste Tom Vattakuzhy nie toute intention blasphématoire. Il affirme ne pas représenter le Christ de la foi, mais une « constellation de valeurs », compassion, amour, empathie, qu’il projette sur la figure tragique de Mata Hari. Cet argument, souvent avancé dans ce type de controverses, ne convainc guère. On ne détourne pas la Cène sans en assumer la portée spirituelle et théologique.
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Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que cette œuvre provoque un tollé. Dès 2016, elle avait été retirée d’une publication après des protestations similaires. Sa réapparition aujourd’hui, dans l’un des principaux événements culturels du pays, alimente le soupçon d’une provocation délibérée et répétée.Dans un pays où les chrétiens sont minoritaires mais profondément enracinés, cette affaire ne peut être relativisée. La liberté artistique ne saurait servir de paravent à la profanation. Elle implique aussi une responsabilité, celle de ne pas piétiner ce que des millions de croyants tiennent pour sacré.
L’affaire de Kochi dépasse largement le cadre local. Elle révèle une dérive plus large du monde culturel contemporain, où la transgression s’exerce trop souvent contre le christianisme. En Inde comme ailleurs, la ligne rouge a été franchie.


