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La Cour européenne des droits de l’homme examine une requête déposée contre la présence des symboles chrétiens en Grèce

Cour européenne des droits de l’Homme - DR
Cour européenne des droits de l’Homme - DR
Le 16 janvier 2026 une procédure ouverte à l'initiative de " L'union Athée de Grèce" interroge la place du christianisme orthodoxe dans les institutions grecques. Derrière une contestation juridique ciblée se dessine un débat plus large sur la neutralité de l’État, la liberté religieuse et la reconnaissance des racines chrétiennes de l’Europe

La Cour européenne des droits de l’homme a officiellement communiqué une requête déposée contre la Grèce, marquant l’ouverture de l’examen d’une affaire relative à la présence d’icônes chrétiennes dans une salle d’audience grecque. Cette communication signifie que la Cour a jugé la requête recevable à examen et a engagé la phase contradictoire de la procédure, après l’échec des plaignants devant les juridictions nationales.À l’origine de l’affaire, des requérants se déclarant athées ont contesté la présence d’icônes orthodoxes lors d’audiences judiciaires portant sur des questions religieuses. Ils estiment que ces images porteraient atteinte à l’impartialité du tribunal, compromettraient leur droit à un procès équitable et violeraient leur liberté de pensée, de conscience et de religion.

Les tribunaux grecs ont rejeté ces arguments, considérant que la présence d’icônes, inscrite dans la tradition historique et culturelle du pays, ne constitue ni une pression religieuse ni une atteinte aux droits fondamentaux.

La requête est soutenue par l’Union des Athées de Grèce, une organisation militante engagée dans la promotion d’une séparation stricte entre religion et institutions publiques. L’athéisme qu’elle défend ne se limite pas à une position philosophique personnelle, mais s’inscrit dans une idéologie séculariste qui tend à considérer toute visibilité du christianisme dans l’espace public comme incompatible avec la neutralité de l’État. Dans cette perspective, la neutralité n’est plus conçue comme la coexistence pacifique des convictions, mais comme l’effacement des symboles chrétiens, y compris lorsqu’ils relèvent du patrimoine culturel.Cette approche entre en tension avec la réalité grecque. En Grèce, l’Orthodoxie n’est pas un élément secondaire de la vie nationale, mais un fondement historique et culturel profondément enraciné dans l’identité du pays.

Les icônes présentes dans certains lieux publics, y compris les tribunaux, sont traditionnellement perçues comme des signes de continuité historique et spirituelle, non comme des instruments de prosélytisme ou de contrainte.

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Dans le cadre de la procédure ouverte à Strasbourg, ADF International ( Organisation juridique chrétienne internationale) est intervenue comme tierce partie pour rappeler la jurisprudence constante de la Cour européenne des droits de l’homme. Celle-ci reconnaît aux États une large marge d’appréciation en matière de religion dans l’espace public, en particulier lorsque les symboles concernés participent de l’histoire et de l’identité nationales. L’organisation souligne qu’aucune image religieuse, prise isolément, ne saurait imposer une croyance ni influencer une décision judiciaire.La Cour s’est déjà prononcée sur des questions comparables. Dans l’arrêt Lautsi contre Italie de 2011, elle avait jugé que la présence de crucifix dans les écoles publiques italiennes ne violait ni la liberté de conscience ni le droit à l’éducation. Elle avait alors reconnu que de tels symboles peuvent relever d’une tradition culturelle légitime, sans caractère coercitif.

L’affaire grecque, communiquée le 16 janvier 2026, s’inscrit dans cette continuité jurisprudentielle, tout en révélant un climat idéologique marqué par une remise en cause croissante de la visibilité du christianisme en Europe. Sous l’invocation des droits de l’homme, certains courants cherchent à imposer une conception de la neutralité qui tend à exclure toute référence chrétienne de l’espace public.La décision à venir de la Cour européenne des droits de l’homme ne portera juridiquement que sur la situation grecque. Mais sa portée symbolique dépassera ce cadre national, en posant une nouvelle fois la question de la place accordée à l’héritage chrétien dans les institutions européennes et de la manière dont la neutralité de l’État est interprétée à l’heure actuelle.

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