Alors que l’année 2026 s’ouvre et que les préparatifs des Journées mondiales de la jeunesse commencent à se préciser, la péninsule coréenne demeure l’un des dossiers les plus sensibles de la scène internationale, à la croisée d’enjeux géopolitiques, humanitaires et religieux.En 2026, la Corée du Nord demeure le pays qui persécute le plus sévèrement les chrétiens dans le monde. Depuis de nombreuses années, elle occupe la première place des classements internationaux sur la persécution religieuse, notamment ceux publiés par Open Doors. Toute pratique chrétienne indépendante de l’État y est considérée comme une menace politique. La simple possession d’une Bible, une prière en famille ou une suspicion de foi peut conduire à l’arrestation immédiate, à la déportation dans des camps de travail, voire à la mort.Cette répression systémique s’étend souvent aux proches des personnes accusées, selon le principe de culpabilité par association.
En novembre 2025, lors de son arrivée au Vatican en tant qu’ambassadeur, répondant aux questions de l’European News Agency, Hyung Sik SHIN précisait avec soin la nature et la portée de la relation entre la République de Corée et le Saint-Siège, en adoptant une formulation caractéristique de la diplomatie vaticane. Sans jamais nommer explicitement la Corée du Nord, il inscrivait néanmoins son propos dans le cadre constant de la « réconciliation intercoréenne » et de la « paix dans la péninsule coréenne », soulignant que le Saint-Siège « encourage de manière constante les efforts en faveur de la réconciliation intercoréenne et de la paix dans la péninsule coréenne ».
L’ambassadeur rappelait par ailleurs que « le Saint-Siège a apporté un soutien crucial lors de l’établissement du gouvernement de la République de Corée » et que, depuis lors, « l’Église catholique de Corée et ses fidèles ont également contribué de manière significative à la démocratisation de notre pays », inscrivant ainsi l’engagement catholique dans une histoire nationale marquée par la division, mais aussi par la recherche persistante de la paix.
C’est dans ce contexte que l’ambassadeur de la République de Corée près le Saint-Siège, Hyung Sik Shin, a précisé à l’agence Fides vouloir « dépasser l’ère de la confrontation et inaugurer une nouvelle ère de coexistence pacifique et de croissance partagée », avant de préciser « renonçant aux actes hostiles et à la logique de l’assimilation, nous tendons une main de réconciliation à la Corée du Nord ». Par ces mots, Hyung Sik Shin ne prétend pas annoncer une percée immédiate, mais marque un changement de registre, privilégiant une désescalade du langage et une approche progressive de la paix.L’ambassadeur replace cette orientation dans le contexte politique sud-coréen récent. Un an après la destitution du président Yoon Suk Yeol, il décrit une période « douloureuse mais fondamentale », vécue, selon lui,comme une véritable « leçon de démocratie » par la population. Selon lui, cette crise institutionnelle a renforcé la vigilance civique et la conscience de l’État de droit. Les citoyens ont pu constater, explique-t-il, à la fois la fragilité et la capacité de résilience des institutions démocratiques.
Cette maturité intérieure est présentée comme une condition indispensable pour mener une politique extérieure crédible, notamment à l’égard de Pyongyang.
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Sur le fond des relations intercoréennes, Hyung Sik Shin insiste à plusieurs reprises sur une idée clé, la paix est un processus. « Construire la paix n’est pas un épisode unique, mais un chemin de normalisation », affirme-t-il, évoquant la nécessité de gestes concrets et vérifiables. Il cite notamment l’interruption de certaines activités de guerre psychologique comme un signal de bonne volonté, tout en appelant la Corée du Nord à rétablir des canaux de communication. À cette approche pragmatique s’ajoute une dimension explicitement morale, résumée par une phrase forte, « l’humanité doit précéder la politique », notamment lorsqu’il est question des familles séparées depuis des décennies entre le Nord et le Sud.
C’est dans ce contexte à la fois tendu et porteur d’espérance que se dessine l’horizon des Journées mondiales de la jeunesse de 2027. Plus d’un million de jeunes pèlerins sont attendus en Corée du Sud du 29 juillet au 8 août 2027.
La première phase, les « Journées dans les diocèses », mobilisera les quinze diocèses du pays, offrant aux participants l’occasion de partager la vie des communautés locales à travers des activités paroissiales et des séjours dans des familles d’accueil. Les événements centraux se dérouleront ensuite à Séoul, avec la messe d’ouverture, la cérémonie d’accueil du pape Léon XIV, les catéchèses, le chemin de croix, la veillée et la messe de clôture.
Pour l’ambassadeur Hyung Sik Shin, ce grand rendez-vous ecclésial dépasse largement le cadre organisationnel. Il le présente comme un message universel de paix, capable de rayonner depuis une péninsule encore divisée vers l’ensemble de l’Asie orientale. Il exprime l’espérance que la présence du pape Léon XIV à Séoul puisse encourager un climat nouveau, évoquant avec prudence l’hypothèse d’un contexte favorable à une ouverture inédite vers le Nord. Une telle perspective, si elle devait se concrétiser, poserait avec une acuité particulière la question de la liberté religieuse réelle dans le pays qui persécute aujourd’hui le plus les chrétiens au monde.Enfin, l’ambassadeur inscrit son action dans la ligne du récent discours du pape Léon XIV au Corps diplomatique, mettant en garde contre le glissement d’une diplomatie du dialogue vers une « diplomatie de la force ». Reprenant cette analyse, il rappelle que la paix n’est jamais un état passif, mais un « engagement infatigable » qui exige courage politique, patience et fidélité à la vérité.Séoul esquisse donc une diplomatie de la main tendue, consciente de ses limites et des réalités les plus sombres du terrain. À l’approche des Journées mondiales de la jeunesse de Séoul 2027, l’Église et les responsables sud-coréens se trouvent face à un même défi, soutenir toute initiative authentique de paix, sans jamais perdre de vue la situation dramatique des chrétiens persécutés en Corée du Nord, pays qui demeure aujourd’hui le plus hostile au christianisme dans le monde.


