Alors que le Proche-Orient s’enfonce dans une guerre régionale impliquant l’Iran depuis le 28 février 2026, les communautés chrétiennes se retrouvent au cœur d’une crise qui menace leur existence millénaire. Depuis sa fenêtre qui surplombe les quartiers sud de Beyrouth, l’ancienne ministre française de la Culture et actuelle directrice de L’Orient-Le Jour, Rima Abdul Malak, voit les colonnes de fumée s’élever. Entre deux détonations dont le son lui « serre le cœur », elle livre un témoignage d’une rare lucidité à Radio Canada . Pour elle, le constat est sans appel : le Liban est sacrifié sur l’autel d’intérêts qui ne sont pas les siens.

Pour l’ancienne ministre, la responsabilité du déclenchement de ce nouveau cycle de violence est sans équivoque. « C’est le Hezbollah qui, en solidarité avec le régime iranien, son parrain, a décidé de lancer des projectiles sur le nord d’Israël », affirme-t-elle avec fermeté. Elle souligne une réalité politique brutale :
Le Hezbollah a attendu que les intérêts iraniens soient directement menacés pour agir massivement, prouvant qu’il opère « au service de l’Iran et non pas au service des Libanais ».
Cette « guerre de trop » vient briser un élan de reconstruction. Avant l’escalade, de nombreux Libanais, dont Rima Abdul Malak elle-même, étaient revenus au pays avec l’espoir de mener des réformes économiques et politiques. « La majorité de la population libanaise ne voulait pas de cette guerre », rappelle-t-elle, dénonçant une milice qui « nous prend en otage » et empêche l’émergence d’un État souverain.
Si Beyrouth étouffe sous les frappes, le Sud-Liban vit un drame plus silencieux mais tout aussi profond. Dans les villages chrétiens comme Rmeich, situé à seulement deux kilomètres de la frontière, ou Aïn Ebel, les habitants vivent sous la menace constante des roquettes. Selon les rapports de CSI, malgré les ordres d’évacuation de l’armée israélienne lancés le 2 mars, de nombreuses familles refusent de quitter leurs maisons. Le père Toni Elias, prêtre maronite à Rmeich, exprime une angoisse partagée par ses fidèles : « Si nous quittons nos villages, nous ne pourrons certainement jamais y revenir ». Cette peur est nourrie par l’histoire récente : les villageois craignent que leurs demeures ne soient occupées par le Hezbollah pour servir de bases logistiques, provoquant un changement démographique irréversible. Sans armes, ces civils s’accrochent à leurs terres, au prix de sacrifices héroïques comme celui du prêtre catholique Pierre al-Rahi, tué lors d’une frappe alors qu’il secourait des blessés.
Lire aussi
Au-delà des bombes, c’est un étranglement quotidien que subissent les familles. CSI rapporte une situation économique dramatique :
- Inflation galopante : Les prix de la nourriture de base ont explosé, rendant l’approvisionnement presque impossible pour les 500 000 déplacés du pays.
- Pénuries d’énergie : Le manque de carburant paralyse les transports et les générateurs des hôpitaux, plongeant les quartiers chrétiens et les centres d’accueil dans l’obscurité.
Rima Abdul Malak rappelle que ce marasme survient alors que des projets de réformes étaient en cours. « Cet espoir est en train de s’effondrer », déplore-t-elle, pointant du doigt l’instabilité qui fait fuir les derniers investisseurs.
Le calvaire des chrétiens ne s’arrête pas aux frontières du Liban :
- En Irak : Les chrétiens d’Ankawa (Erbil) fuient vers la plaine de Ninive, redoutant des frappes iraniennes et l’emprise des milices locales.
- En Iran : À Téhéran, la communauté arménienne vit cloîtrée, ses écoles et centres culturels endommagés par les tensions militaires.
- Au Pakistan et au Nigeria : Le conflit est interprété par des radicaux comme une guerre de religion. Les chrétiens y sont pris pour cible, assimilés à tort aux « kafirs » (infidèles) occidentaux.
Face à l’effondrement, l’ancienne ministre ne cède pas au nihilisme. Elle martèle la nécessité d’un État souverain, capable de contrôler ses frontières sans l’interférence d’une milice armée ou d’une occupation étrangère. Comme le rappelle John Eibner, président de CSI, la survie des chrétiens d’Orient dépend de la capacité du Liban à redevenir un « pays-message » de coexistence. En attendant, sous les bombes, Beyrouth pleure ses espoirs déçus, suspendue à une paix qui semble chaque jour plus lointaine.


