Depuis 2000 ans

Le cardinal Cupich nuit-il à la démarche d’unité du pape Léon XIV ?

Léon XIV - cardinal Cupich
Léon XIV - cardinal Cupich
Proche du pape François, dont il a longtemps incarné la ligne pastorale aux États-Unis, le cardinal Blase Cupich apparaît aujourd’hui comme l’un des héritages les plus délicats du pontificat précédent

À travers ses différentes prises de position politiques et ecclésiales, l’archevêque de Chicago semble entrer en tension avec la volonté d’unité affichée par le pape Léon XIV dès son élection.Depuis son accession au siège de Saint Pierre, Léon XIV a clairement placé l’unité au cœur de son pontificat. Unité de l’Église, unité de l’épiscopat, unité face aux fractures idéologiques qui traversent les sociétés contemporaines. Cette orientation, sobrement mais fermement affirmée, se heurte toutefois à certaines figures issues du pontificat précédent, au premier rang desquelles figure le cardinal Blase Cupich, archevêque de Chicago depuis 2014.

Nommé à Chicago par François, Blase Cupich s’est rapidement imposé comme l’un des prélats les plus représentatifs de la ligne pastorale du pape argentin aux États-Unis.

Dès son installation, il a voulu envoyer des signaux symboliques forts, renonçant à s’établir dans la résidence épiscopale jugée trop fastueuse, à l’image du choix de François de résider à la Maison Sainte-Marthe plutôt que dans les appartements pontificaux.

Cette mise en scène d’une simplicité assumée a contribué à façonner son image publique de prélat à la fibre sociale, attentif aux périphéries et aux enjeux sociétaux.Le cardinal Cupich a participé au second synode sur la famille en 2015 et a été appelé à siéger dans des dicastères stratégiques de la Curie romaine, notamment celui pour les évêques. Créé cardinal en 2016, il est devenu l’une des figures les plus influentes de l’épiscopat américain durant les années bergogliennes, et ce malgré une majorité d’évêques d’orientation différente.

Aujourd’hui âgé de près de 77 ans, le cardinal Cupich continue pourtant d’occuper le siège de Chicago. Cette longévité s’accompagne d’un activisme politique de plus en plus visible. Ces derniers mois, l’archevêque s’est illustré par des prises de position publiques très dures contre l’administration Trump, multipliant les interventions médiatiques, les accusations de mensonge à l’encontre de responsables politiques et des comparaisons historiques jugées excessives.Un tel engagement pose un problème sérieux. En s’exposant ainsi sur le terrain partisan, le cardinal contribue à politiser la parole de l’Église, au risque de l’identifier à un camp idéologique précis. Il place également le pape dans une situation délicate. Léon XIV, lui-même américain, cherche à maintenir une juste distance entre le magistère ecclésial et les affrontements politiques, afin de préserver la crédibilité et l’universalité de la parole pontificale.

L’activisme du cardinal Cupich ne se limite pas à la sphère politique. Sur le plan ecclésial, il s’est distingué par des prises de position particulièrement dures à l’égard des fidèles attachés à la liturgie traditionnelle. Défenseur résolu des restrictions imposées par Traditionis Custodes, il a affirmé qu’il ne devrait exister qu’un seul rite afin de préserver l’unité de l’Église, suggérant par ailleurs que les fidèles de la messe selon le missel de 1962 refuseraient le concile Vatican II.

Lire aussi

Ce discours, loin d’apaiser les tensions, contribue à rouvrir des blessures déjà profondes. Il va à contre-courant de la démarche de pacification et de réconciliation que Léon XIV semble vouloir privilégier. L’unité ecclésiale ne peut se construire durablement sur la stigmatisation d’une partie des fidèles, surtout lorsque celle-ci demeure attachée à la tradition liturgique de l’Église.

La situation interroge d’autant plus que le pape a exprimé le souhait de voir les évêques diocésains se retirer à l’âge de 75 ans. Or cette règle connaît des applications variables. Le départ du cardinal Timothy Dolan de New York, plus jeune que Monseigneur Cupich, contraste avec le maintien en fonction de l’archevêque de Chicago. Cette différence de traitement alimente l’impression persistante d’un double standard, l’un des aspects les plus critiqués du pontificat précédent.

Certes, le pape peut accorder des exceptions. Mais lorsque celles-ci concernent des figures fortement clivantes, elles risquent de fragiliser la cohérence du gouvernement ecclésial et de nourrir l’incompréhension parmi les fidèles.Il serait illusoire d’ignorer le poids institutionnel et relationnel du cardinal Cupich, forgé durant les années François. Mais cet héritage apparaît aujourd’hui de plus en plus encombrant pour un pontificat qui entend se placer sous le signe de l’unité. En s’arrogeant de facto le rôle de porte-voix de l’Église américaine, en marginalisant la conférence épiscopale et en ravivant les fractures politiques et liturgiques, Mgr Cupich semble moins agir comme un artisan de communion que comme un facteur de division.

À près d’un an du début du pontificat, une question s’impose avec gravité : l’activisme du cardinal Cupich sert-il réellement la démarche d’unité voulue par Léon XIV, ou constitue-t-il désormais un obstacle à son magistère unificateur ? Une décision claire concernant l’avenir de l’archevêque de Chicago serait non seulement cohérente avec la ligne affichée sur les limites d’âge, mais aussi un signal fort en faveur de l’unité ecclésiale que le pape a placée au sommet de ses priorités.

Recevez chaque jour notre newsletter !