Pour la première fois, le Suaire de Turin peut être exploré intégralement à travers une lecture numérique accessible au monde entier. Le 9 janvier, au Palais apostolique, le pape Léon XIV a été le premier à entrer dans cette expérience digitale, inaugurant discrètement un projet destiné à un large public international.
La plateforme AVVOLOTI permet de parcourir l’image du linceul funéraire attribué à Jésus depuis un smartphone, une tablette ou un ordinateur. L’utilisateur peut se déplacer sur toute la surface du tissu, en agrandir les détails les plus significatifs et suivre un itinéraire de lecture structuré autour des grandes étapes de la Passion, du visage à la crucifixion, en passant par la flagellation et le couronnement d’épines. Chaque détail est accompagné de commentaires explicatifs et de renvois précis aux textes évangéliques, afin de replacer l’image dans le récit biblique.Cette initiative a été présentée au pape par le cardinal Roberto Repole, archevêque de Turin et custode pontifical du Suaire. Sans déclaration officielle particulière, la rencontre a néanmoins marqué une étape symbolique, le premier accès pontifical à une lecture numérique d’une relique qui, depuis des siècles, suscite à la fois vénération, étude et contemplation.
Un rappel historique permet de mesurer le poids des arguments en faveur de l’authenticité du Suaire. Conservé de manière certaine depuis le Moyen Âge, notamment au sein de la maison de Savoie avant son transfert définitif à Turin en 1578, le linge présente des caractéristiques qui dépassent largement le cadre d’une œuvre humaine. L’image qu’il porte n’est ni peinte ni imprimée, elle ne traverse pas les fibres du tissu et se comporte comme un négatif photographique, des propriétés inconnues avant l’époque moderne.
Les marques visibles sur le corps correspondent avec une précision remarquable aux récits évangéliques de la Passion, flagellation romaine, couronne d’épines, clous aux poignets et aux pieds, plaie du côté avec écoulement de sang et de sérum. Les analyses médico-légales ont mis en évidence la présence de véritables traces de sang humain, disposées de manière cohérente avec un corps crucifié, sans signe de manipulation artistique.Si certaines datations anciennes ont été invoquées pour contester l’origine antique du Suaire, de nombreuses études ultérieures ont mis en lumière les limites méthodologiques de ces analyses, notamment en raison de prélèvements effectués sur des zones réparées après l’incendie de 1532. Des recherches plus récentes tendent au contraire à situer le tissu dans une chronologie compatible avec le Ier siècle, renforçant l’hypothèse d’un lien direct avec la sépulture du Christ.
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L’Église, fidèle à sa prudence, n’a jamais proclamé le Suaire comme une preuve de foi. Mais elle n’a jamais cessé de le proposer à la vénération des fidèles comme un témoignage singulier de la Passion. Saint Jean-Paul II parlait à son sujet d’un miroir de l’Évangile, capable de conduire l’homme contemporain à une confrontation silencieuse avec le mystère du Crucifié.
Selon l’archidiocèse de Turin, la lecture numérique ne vise pas à transformer le Suaire en objet de curiosité technologique. Elle s’inscrit dans une démarche pastorale, offrir au plus grand nombre la possibilité de contempler, avec intelligence et recueillement, un linge qui renvoie au cœur de la foi chrétienne. Le choix du numérique répond à une exigence missionnaire, rejoindre les périphéries culturelles et géographiques, sans appauvrir le contenu ni céder au sensationnalisme.
Cette initiative s’inscrit dans le cadre du Jubilé 2025 et prolonge l’expérience déjà proposée au printemps dernier à Turin, où une reproduction numérique à l’échelle réelle avait attiré des dizaines de milliers de visiteurs venus du monde entier. La version en ligne en constitue désormais le prolongement durable.À l’ère du numérique, le Suaire de Turin n’est ni banalisé ni réduit à une image parmi d’autres. Il demeure ce qu’il a toujours été pour l’Église, un signe silencieux mais puissant, qui ne remplace pas la foi, mais la provoque, en orientant le regard vers le Christ réellement mort et réellement ressuscité.


