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« Le sang de tous les Nigérians innocents crie vers le ciel »: Les prêtres nigérians dénoncent le silence et la complicité « face à une telle horreur »

Secrétaire général du CSN, Révérend Père Michael Banjo - un homme qui pleure la perte de ses  proches
Secrétaire général du CSN, Révérend Père Michael Banjo - un homme qui pleure la perte de ses proches
Trois jours après une attaque meurtrière contre une église, des hommes armés ont enlevé 32 chrétiens dans l’État de Kaduna, au nord du Nigeria ( intégralité de la déclaration )

Une nouvelle attaque a frappé les communautés chrétiennes de l’État de Kaduna State, dans le nord du Nigeria. Trente-deux personnes ont été enlevées dans les villages de Kutaho et Kugir, dont des membres de la paroisse Saint-Joseph, selon les informations relayées par l’agence missionnaire du Vatican Fides. Parmi les otages figurent un catéchiste, sa femme enceinte et leur enfant. Le père Linus Matthew Bobai a indiqué que les assaillants avaient exigé 10 millions de nairas avant de passer à l’acte. La quasi-totalité des habitants a fui, laissant des villages presque vides.

Cette attaque survient quelques jours après l’assaut contre l’église Holy Trinity à Karku, toujours dans l’État de Kaduna, et après d’autres enlèvements dans l’État de Benue State. L’épisode s’inscrit dans une série d’agressions répétées visant explicitement des communautés chrétiennes.C’est dans ce contexte que le Secrétariat catholique du Nigeria a publié, le 7 février 2026, une déclaration au ton particulièrement grave intitulée « Le cri des innocents : Stop à cet abattoir au Nigeria ! ».Les évêques écrivent d’emblée :« Ce cycle renouvelé de violence de masse a plongé notre pays dans un champ de deuil. »Ils insistent sur le caractère répété des attaques, soulignant qu’il ne s’agit pas d’événements isolés mais d’une spirale qui marque durablement la nation.Refusant toute minimisation, ils ajoutent :« Il ne s’agit pas d’“instabilité” mais d’un massacre toléré par le silence et d’une trahison du droit de chaque Nigérian à vivre en paix. »

Le terme de « massacre » est choisi délibérément. Les évêques estiment que la gravité des faits impose une parole claire, et que la protection de la vie constitue un droit fondamental non négociable

Dans un passage à forte portée institutionnelle, ils rappellent : « La Constitution n’est pas un noble document d’idéaux mais un pacte contraignant avec le peuple. » Cette phrase souligne que la sécurité des citoyens ne relève pas d’un simple engagement moral, mais d’une obligation juridique. Les évêques mettent ainsi en cause la responsabilité directe de l’État face à la multiplication des attaques. Ils vont plus loin encore : « Lorsque des citoyens sont massacrés en toute impunité et que des communautés vivent dans une peur perpétuelle, les fondements mêmes de la gouvernance sont sapés. » Il s’agit d’une mise en garde explicite. L’impunité répétée n’est pas seulement une défaillance sécuritaire, elle atteint la légitimité même de l’autorité publique.

La phrase qui donne son titre à leur déclaration résume cette dénonciation :
« Le silence face à une telle horreur, comme c’est aujourd’hui le cas au Nigeria, ne peut guère échapper à l’accusation de complicité. » Les évêques soulignent ainsi que l’absence de réaction proportionnée face à l’effusion de sang risque d’être interprétée comme une forme d’acceptation tacite.

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Ils avertissent également : « Le Nigeria ne peut se permettre de normaliser l’effusion de sang ni de traiter les massacres comme des tragédies ordinaires. » Ce refus de la banalisation vise à empêcher que la répétition des violences n’endorme les consciences. Enfin, la déclaration prend une dimension religieuse tragique : « Le sang de tous les Nigérians innocents crie vers le ciel. » et encore : « Que le sacrifice des innocents ne soit pas vain. »

Ces paroles inscrivent le drame dans une perspective morale et religieuse, appelant à un sursaut collectif face au martyr des chrétiens du Nigéria

Précisons que dans l’est du pays, des prêtres des diocèses de Wukari et Jalingo ont manifesté pour demander une intervention plus ferme des autorités. Selon des responsables locaux, des dizaines de personnes ont été tuées ces dernières semaines, des centaines de communautés et d’églises détruites, et des dizaines de milliers de chrétiens contraints de fuir.Le pape Léon XIV a également exprimé sa tristesse lors de l’Angélus du 8 février dernier, assurant les victimes de sa proximité dans la prière et appelant les autorités à garantir la sécurité de tous.

Dans le nord du Nigeria, la vie chrétienne se déroule désormais sous la menace constante d’attaques et d’enlèvements. À travers leur déclaration, les évêques nigérians rappellent que la protection de la vie humaine demeure une exigence fondamentale et que l’inaction, face à la répétition des massacres, pose une question morale que nul responsable ne peut éluder.

intégralité du texte des évêques du Nigéria ( Traduction tribune chrétienne )

SECRÉTARIAT CATHOLIQUE DU NIGERIA

Le cri des innocents : Stop à cet abattoir au Nigeria !

7 février 2026

  1. Le Secrétariat catholique du Nigeria (CSN) déplore la vague incessante de meurtres et d’enlèvements qui continue de ravager notre nation. Après des années de plaintes répétées et de promesses non tenues, la violence persiste sans être maîtrisée, laissant davantage de communautés dévastées et des citoyens fatigués de condoléances vides qui ne garantissent pas leur sécurité. Ce cycle renouvelé de violence de masse a plongé notre pays dans un champ de deuil, et le CSN exprime sa profonde indignation et sa tristesse face aux attaques en cours contre la vie humaine et la dignité.
  2. Entre la fin janvier et le début février 2026, le carnage récurrent est devenu une tache sur la conscience de notre nation. Comment justifier que, en dehors d’un contexte de guerre, plus de 160 civils innocents aient été massacrés lors d’une attaque coordonnée dans l’État de Woro, État de Katsina ? Comment expliquer les meurtres et enlèvements répétés à Agwara et Tungan Gero dans l’État du Niger, l’anéantissement de communautés agricoles entières à Katsina et Kaduna, et les violences persistantes à Borno ? Il ne s’agit pas d’« instabilité » mais d’un massacre toléré par le silence et d’une trahison du droit de chaque Nigérian à vivre en paix.
  3. Le Secrétariat catholique du Nigeria rappelle à nos dirigeants que la Constitution n’est pas un noble document d’idéaux mais un pacte contraignant avec le peuple. Lorsque des citoyens sont massacrés en toute impunité et que des communautés vivent dans une peur perpétuelle, les fondements mêmes de la gouvernance sont sapés. Un gouvernement qui peine à protéger son peuple risque de diminuer son autorité morale à diriger.
  4. Le silence face à une telle horreur, comme c’est aujourd’hui le cas au Nigeria, ne peut guère échapper à l’accusation de complicité. Chaque attaque sans réponse, chaque crime impuni, chaque promesse non tenue approfondit la blessure de la méfiance entre le peuple et ceux à qui sa protection est confiée. Le Nigeria ne peut se permettre de normaliser l’effusion de sang ni de traiter les massacres comme des tragédies ordinaires.
  5. Il est nécessaire de nous rappeler que le Nigeria est signataire de la Déclaration universelle des droits de l’homme et de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, toutes deux affirmant que le droit à la vie est fondamental et non négociable. Pourtant, l’État continue de traiter ce droit comme facultatif, permettant à l’effusion de sang de se poursuivre sans entrave.

Secrétaire général : Rév. P. Michael A. BANJO


  1. Le Secrétariat catholique du Nigeria renouvelle donc son appel au gouvernement fédéral afin qu’il révise avec détermination ses stratégies en considérant les mesures suivantes :

i. Intensifier les efforts en redéployant stratégiquement les forces de sécurité des centres de presse cérémoniels vers les véritables lignes de front où les citoyens sont assiégés. Solliciter de l’aide partout où elle est disponible.

ii. Identifier, dénoncer et poursuivre en justice les commanditaires et les soutiens du terrorisme, indépendamment de leur statut politique, religieux ou social.

iii. Arrêter et punir chaque auteur de violences ; car l’impunité n’est rien d’autre qu’un permis pour de nouveaux bains de sang.

iv. Fournir une aide d’urgence, un accompagnement psychosocial et une indemnisation aux victimes et à leurs familles, tout en protégeant et en reconstruisant les communautés détruites afin de restaurer l’espérance et la dignité des populations locales.

  1. Le Nigeria se trouve à un carrefour. Nous ne pouvons permettre que des fosses communes définissent l’histoire de notre nation. Le sang de tous les Nigérians innocents crie vers le ciel, et leur mémoire doit nous pousser à agir avec sincérité, courage et compassion. Le Secrétariat catholique du Nigeria appelle tous les responsables, politiques, religieux et communautaires, à dépasser les divisions et à travailler ensemble pour restaurer la paix et la dignité sur notre terre. Nous exhortons chaque Nigérian à rejeter la haine et la violence, et à se tenir fermement solidaire les uns des autres.
  2. En tant que peuple de foi, nous confions notre nation à la miséricorde de Dieu et prions pour la guérison, la justice et la réconciliation. Que le sacrifice des innocents ne soit pas vain, mais qu’il inspire un engagement renouvelé à protéger la vie et à construire un Nigeria où règnent la paix et la justice.

Très Rév. P. Michael Banjo
Secrétaire général
Secrétariat catholique du Nigeria

Très Rév. P. Michael Nsikak Umoh
Directeur national des communications sociales
Secrétariat catholique du Nigeria »

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