Réunis jusqu’au 23 janvier à Lourdes, dans le cadre de la Rencontre Saint François de Sales, les acteurs des médias catholiques français ont reçu un message fort du pape Léon XIV. Daté du 21 janvier 2026, ce texte, signé par le cardinal secrétaire d’État Pietro Parolin, a été adressé à la Fédération des Médias Catholiques dans un contexte de profond bouleversement du paysage médiatique et culturel.
Le pape inscrit son propos dans une époque marquée, y compris dans le domaine de la communication, par l’irruption de l’intelligence artificielle. Face à cette mutation, il n’appelle ni à l’adaptation idéologique ni à l’alignement sur les catégories dominantes, mais à un retour radical à l’essentiel : « Pour affronter cette époque marquée, y compris dans le domaine de la communication, par l’irruption de l’intelligence artificielle, il est urgent de revenir aux raisons du cœur, à la centralité des bonnes relations et à la capacité d’entrer en relation avec les autres, sans exclure personne. »

Il convient de préciser que l’intelligence artificielle n’est pas en soi un mal. Le problème n’est donc pas l’outil, mais l’usage qui en est fait, et surtout l’intention qui le guide. Une intelligence artificielle mise au service de la vérité demeure un instrument ; une intelligence humaine qui renonce à la vérité, même sans technologie, devient un danger. Léon XIV appelle donc à une réponse précise et non négociable au service de la vérité :
« Cette urgence trouve une réponse dans le service de la vérité que les médias catholiques peuvent offrir à tous, y compris à ceux qui ne croient pas. »
Le service de la paix, si souvent invoqué dans les discours médiatiques contemporains, est ici clairement subordonné au service de la vérité. La paix chrétienne ne naît pas du renoncement, mais du témoignage. Précisons que des « médias au service de la paix » ne sont pas des médias qui renoncent à la vérité sous couvert de concorde générale, de dialogue permanent ou d’inclusion de tout et de n’importe quoi. La paix chrétienne n’est pas un compromis idéologique, ni une sagesse purement humaine habillée de vocabulaire ecclésial. Elle est le fruit d’un témoignage fidèle à la Vérité, qui est unique, celle de l’Évangile.
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C’est dans cette perspective que le pape appelle les communicateurs catholiques à être « des semeurs de paroles bonnes, des amplificateurs de voix qui cherchent courageusement la réconciliation en désarmant les cœurs de la haine et du fanatisme ». Désarmer les cœurs ne signifie pas désarmer la doctrine. Réconcilier ne signifie pas relativiser. Semer des paroles bonnes ne consiste pas à semer des paroles accommodantes. En effet, l’on peut légitimement s’interroger en voyant certains médias qui se revendiquent catholiques, ceux-ci ne cessent de véhiculer des idéologies contraires à la doctrine de paix et d’amour du christianisme.
Ils livrent une vision du monde façonnée par les catégories du progrès culturel, une sagesse toute humaine, horizontale, où l’Évangile devient prétexte, décor ou point de départ à dépasser. Mot après mot, tribune après tribune, la vérité chrétienne y est déconstruite, comme si l’on retirait pierre après pierre les fondations d’un édifice bimillénaire. Un édifice qui, quoi qu’il arrive, ne s’effondrera jamais, mais que certains semblent vouloir méthodiquement vider de sa substance.
Ces médias suivent l’air du temps. Ils suivent le progrès tel qu’il est défini par les idéologies dominantes. Leur ligne éditoriale vole et virevolte telle une feuille au vent, se posant ici ou là selon le sens du courant culturel du moment. Ce qui était vrai hier devient discutable aujourd’hui. Ce qui était non négociable devient optionnel demain. Et toujours au nom de la paix, du dialogue, de l’inclusion, et d’une Église « mieux adaptée » au monde moderne : cette église de demain qu’ils veulent absolument controller.
Dans cette logique, certains titres bien connus se sont faits davantage croix des folies de ce monde que Croix du Christ, d’autres proposent une vie relue à l’aune des sciences humaines plus qu’à celle de la Révélation, quand d’autres encore transforment les fidèles catholiques en pèlerins militants d’une certaine idéologie. Enfin certains substituent au feu de l’Évangile un cri souvent dissonant, plus sociologique et politique que prophétique.
« Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé » , dit Jésus ( Lc 12, 49-53) : il y a pourtant bien longtemps que le feu que le Seigneur est venu apporter sur la terre ne brûle plus dans certaines rédactions catholiques en France. Ce feu, qui purifie, éclaire et dérange, a été remplacé, dans certains médias, par une tiédeur idéologique, une cendre confortable faite de consensus idéologique et politique , d’adaptation à la pensée dominante et d’improvisation permanente. Là où devait brûler le feu de la vérité, on entretient désormais la fumée d’un certain discours,compatible avec certains partis politiques à l’opposé de l’Eglise.
Mais une paix construite sur l’effacement de la vérité n’est pas la paix chrétienne. Le témoignage de la paix passe aussi par la dénonciation de la malhonnêteté intellectuelle, surtout lorsqu’elle se pare des habits du catholicisme.
On ne sert pas la paix en désorientant les consciences, en fragilisant la doctrine ou en substituant à l’Évangile une idéologie présentée comme plus éclairée. Il ya longtemps que le Siècle des Lumières a substitué à la sagesse révélée une rationalité autosuffisante dont les fruits, loin d’avoir libéré la foi, n’ont cessé d’en miner l’autorité, la cohérence et la fécondité spirituelle.Dans « un monde fragmenté et polarisé », le pape appelle donc à une attention authentiquement chrétienne aux plus fragiles, qui ne peut être instrumentalisée pour justifier la trahison doctrinale.
L’exemple donné par Léon XIV est celui du père Jacques Hamel, « témoin de la foi jusqu’au don de sa propre vie »: une foi enracinée dans la fidélité au Christ,et dans le témoignage. A Lourdes, l’appel du pape agit ainsi comme un révélateur. Servir la paix, pour un média catholique, ne consiste pas à suivre l’esprit de ce monde, mais à tenir un cap. Celui de la vérité de l’Évangile, annoncée avec charité, sans haine ni fanatisme idéologique, mais sans renoncement.


