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« Le silence serait une trahison » : le cardinal Robert Sarah appelle les chrétiens « à ne pas se taire devant une guerre déclarée par les puissances médiatiques et législatives »

Cardinal Robert Sarah @tribunechretienne
Cardinal Robert Sarah @tribunechretienne
« L’Église est mal comprise parce qu’on la juge à partir de catégories profanes. Elle sera toujours signe de contradiction. Nous n’avons pas besoin d’une institution mondaine de plus »

À l’occasion de la sortie de son nouveau livre 2050, publié aux éditions Fayard et fruit d’un dialogue avec l’écrivain Nicolas Diat, le cardinal Robert Sarah est revenu longuement sur les défis spirituels, doctrinaux et culturels auxquels l’Église est confrontée aujourd’hui. Dans cet entretien accordé au JDD, le préfet émérite de la Congrégation pour le culte divin propose une réflexion d’une grande clarté sur la mission de l’Église dans un monde qu’il juge profondément marqué par la confusion doctrinale et la perte du sens de Dieu.

Dès les premières réponses, le cardinal Robert Sarah insiste sur ce qui constitue, selon lui, le véritable critère d’un pontificat : le retour à Dieu. « Un pontificat ne se mesure pas d’abord à des décisions disciplinaires ou à des inflexions pastorales, mais à sa capacité à mettre Dieu au centre », explique-t-il. Pour lui, lorsque l’Église remet l’adoration, la conversion et la sainteté au premier plan, elle retrouve sa véritable orientation. Cette conviction traverse tout l’entretien. Le cardinal Robert Sarah souligne que la crise actuelle est d’abord une crise spirituelle et doctrinale. Il avertit notamment contre la tentation d’adapter l’Église aux catégories du monde contemporain : « L’Église est mal comprise parce qu’on la juge à partir de catégories profanes : efficacité, représentativité, inclusion, gouvernance. » Or, rappelle-t-il, la mission de l’Église n’est pas de refléter le monde mais de le sauver. « Elle sera toujours signe de contradiction. Nous n’avons pas besoin d’une institution mondaine de plus. »

Le cardinal Robert Sarah voit dans cette confusion doctrinale l’une des causes profondes des divisions actuelles. Il rappelle avec force que l’unité de l’Église ne peut être fondée sur le relativisme. « L’unité est fragilisée par le relativisme doctrinal. Lorsque l’on exalte la différence au détriment de la communion, la catholicité se fragmente. » Dans cette perspective, il insiste sur la nécessité d’une parole claire de l’Église, estimant que « la précision doctrinale est un acte de charité ».

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Cette exigence de clarté concerne aussi le dialogue avec les autres religions. Le cardinal Robert Sarah souligne que le respect n’implique pas le renoncement à la vérité de la foi chrétienne. « L’Église sait reconnaître les semences de vérité présentes ailleurs. Mais elle proclame que la plénitude de la Révélation est en Jésus-Christ. » C’est pourquoi, ajoute-t-il avec gravité, « dialoguer ne signifie donc pas relativiser ». Et il met en garde : « Taire le Christ serait une infidélité. »

L’entretien aborde également la crise morale et culturelle que traverse l’Occident, notamment autour des questions de la vie et de la mort. Évoquant les projets de légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté, le cardinal Robert Sarah y voit le signe d’une société qui prétend désormais décider elle-même de la valeur de la vie humaine. « L’euthanasie manifeste la prétention sans vergogne de l’homme à décider de la valeur d’une vie », affirme-t-il, rappelant que « aucune vie humaine ne peut être considérée comme indigne ». Mais c’est surtout sur la question de la famille que son avertissement se fait le plus direct. Face aux transformations législatives et culturelles en cours, le cardinal Robert Sarah appelle explicitement les chrétiens à sortir du silence. « Les chrétiens ne peuvent se taire devant cette guerre qui est déclarée contre la famille par les puissances médiatiques et législatives », affirme-t-il. Et il ajoute sans détour : « Le silence serait une trahison. »

Pour le cardinal Robert Sarah, la famille n’est pas une construction sociale susceptible d’être redéfinie à volonté. « La famille est inscrite dans la création. Elle n’est pas une construction arbitraire », rappelle-t-il, invitant les catholiques à témoigner publiquement de la vérité chrétienne « avec douceur, mais sans ambiguïté ».

Enfin, l’ancien préfet conclut son analyse par une réflexion spirituelle plus large sur la crise démographique qui touche l’Europe. Selon lui, la chute de la natalité révèle une crise plus profonde encore : une crise d’espérance. « Une civilisation qui renonce à Dieu renonce à vivre », explique-t-il, estimant que seule une redécouverte de la Providence peut redonner aux sociétés occidentales le désir de transmettre la vie. Au terme de cet entretien, le cardinal Robert Sarah rappelle que l’avenir de l’Église ne dépendra pas d’abord de réformes institutionnelles ou de stratégies pastorales. La réponse, selon lui, demeure d’abord spirituelle : « l’avenir de l’Église dépend non des stratégies, mais de notre sainteté ».

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