Ce vendredi 20 mars 2026 le Saint-Siège a présenté une initiative internationale visant à encourager le retrait des investissements catholiques du secteur minier. Cette démarche, annoncée lors d’une conférence de presse, s’inscrit dans la continuité de l’encyclique Laudato si’ et de l’enseignement social de l’Église. Concrètement, il s’agit d’une plateforme qui invite les institutions catholiques, congrégations, diocèses et organisations à examiner leurs investissements, à identifier leurs liens éventuels avec l’industrie minière et à envisager un retrait progressif de ces financements.
L’objectif est clair : ne plus soutenir, même indirectement, des activités accusées de provoquer des dommages environnementaux graves et des injustices sociales.
Dès l’ouverture de la conférence, le cardinal Fabio Baggio a rappelé l’enjeu fondamental de cette initiative en posant une question centrale : « quel type de monde voulons-nous laisser aux générations qui viennent derrière nous ? ». Il a évoqué des réalités concrètes, parlant de « peuples indigènes qui voient leurs territoires menacés », de « familles qui perdent leurs sources d’eau » et de « montagnes ouvertes comme des blessures ». Pour le cardinal, la démarche ne peut être réduite à une simple décision technique. « Il ne s’agit pas simplement d’une décision financière », a-t-il insisté, mais « d’un acte de cohérence avec notre foi, avec la défense de la dignité humaine et avec le soin de notre Maison commune ». Cette insistance sur la cohérence entre foi et économie constitue le cœur du projet. Elle repose sur l’idée que les choix financiers ne sont jamais neutres et qu’ils engagent une responsabilité morale.
Le cardinal Álvaro Ramazzini a illustré cette réalité par un exemple concret vécu au Guatemala. Il a décrit l’arrivée d’une entreprise minière exploitant l’or et l’argent dans une région indigène pauvre. Les terres ont été achetées à bas prix, les ressources extraites, des promesses de développement formulées. Mais, au terme de l’exploitation, les populations locales sont restées dans la pauvreté. Son analyse est directe : « cette activité était-elle légale ? Oui. A-t-elle promu le développement intégral des populations ? Non. Était-elle juste ? Non ». Par ces mots, il souligne une distinction essentielle entre la légalité d’une activité économique et sa justice réelle.
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De son coté, Monseigneur Vicente Ferreira a, pour sa part, élargi la réflexion à l’échelle mondiale. Il a dénoncé les déséquilibres du système économique actuel et rappelé que « une petite partie très riche de la planète pollue plus que la moitié la plus pauvre de la population mondiale ». Il a également mis en garde contre les « fausses solutions du capitalisme vert », qui peuvent masquer la poursuite d’un modèle extractif. Dans un contexte de transition énergétique et de développement technologique, la demande en minerais, notamment en terres rares, ne cesse d’augmenter. Cette situation accentue la pression sur des territoires souvent habités par des populations vulnérables. Pour sa part, sœur Maamalifar Poreku a insisté sur la dimension morale de cette réalité : « Les décisions économiques ne sont pas neutres ; elles ont des conséquences morales », a-t-elle rappelé. Elle a appelé à une « cohérence financière », invitant à aligner les investissements avec les principes de la foi chrétienne. Elle a également évoqué les « territoires martyrisés », où les communautés locales subissent les conséquences directes des activités extractives. Dans ces régions, a-t-elle expliqué, la dégradation de l’environnement et les injustices sociales sont étroitement liées.
Enfin le père Dario Bossi a mis en lumière les mécanismes économiques à l’œuvre. Il a rappelé que les grandes entreprises minières sont étroitement liées aux marchés financiers internationaux et que leurs activités sont soutenues par des investissements massifs. Entre 2018 et 2022, des entreprises minières opérant au Brésil ont ainsi reçu plus de 54 milliards de dollars de financements internationaux. Face à cette réalité, il a souligné que « transformer ce modèle de l’intérieur est très difficile ». C’est pourquoi le désinvestissement est proposé comme une stratégie concrète. Il s’agit de retirer les capitaux de ce secteur afin d’exercer une pression économique et d’encourager des pratiques plus respectueuses de l’homme et de l’environnement.
Cette approche s’inscrit dans une tradition déjà existante. L’Église a soutenu par le passé des campagnes de désinvestissement dans d’autres domaines, notamment les combustibles fossiles ou certaines industries liées à des violations graves des droits humains. La plateforme présentée à Rome vise désormais explicitement le secteur minier. Elle entend favoriser une cohérence entre la foi chrétienne, la doctrine sociale de l’Église et les décisions économiques. Elle invite également à soutenir des alternatives plus durables et à renforcer la solidarité avec les communautés affectées. En définitive, cette initiative marque une étape importante dans l’engagement de l’Église face à la crise écologique. Elle traduit une volonté de passer des principes à l’action, en affirmant que la gestion de l’argent doit être ordonnée au bien commun et à la dignité humaine. Dans un monde confronté à des défis environnementaux et sociaux croissants, cet appel du Vatican pose une question directe aux institutions catholiques : leurs investissements sont-ils en cohérence avec leur foi ?


