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L’Église d’Allemagne au bord de l’implosion : Monseigneur Georg Bätzing renonce à se représenter à la tête de l’épiscopat

Monseigneur Georg Bätzing - wikipedia
Monseigneur Georg Bätzing - wikipedia
Alors que le Chemin synodal tient sa dernière assemblée du 29 au 31 janvier 2026 à Stuttgart, la décision de Monseigneur Georg Bätzing de ne pas briguer un second mandat intervient dans un climat de divisions persistantes, de dialogue tendu avec Rome et de fortes incertitudes quant à l’avenir institutionnel de l’Église en Allemagne

La Conférence épiscopale allemande (DBK) se réunira du 23 au 26 février 2026 pour élire son prochain président, conformément à ses statuts qui prévoient une élection au terme de six années de mandat. Cette échéance s’annonce décisive dans un contexte ecclésial marqué par de profondes tensions internes et par des relations complexes avec le Saint-Siège.C’est dans ce cadre que Monseigneur Georg Bätzing, évêque de Limburg et président sortant de la DBK, a informé ses confrères, par une lettre interne, qu’il renonçait à se représenter.

Dans ce courrier, il indique explicitement qu’il « n’est pas disponible pour un nouveau mandat », expliquant avoir pris cette décision après « conseil et mûre réflexion », afin de permettre « de bonnes réflexions » sur le choix de son successeur.Dans ce message, le prélat allemand revient sur ce qu’il qualifie de « six années intensives » à la tête de l’épiscopat. Il remercie ceux qui l’ont soutenu « avec estime et de manière constructivement critique » et décrit sa présidence comme un service exercé dans des « temps véritablement exigeants ». Il estime être arrivé au terme de cette mission et juge le moment venu de confier cette responsabilité à « d’autres mains », se disant confiant dans la poursuite du travail engagé.

Son mandat, entamé en mars 2020, s’est ouvert dans une période de crise majeure avec l’irruption de la pandémie de Covid-19, qui a contraint l’Église à prendre des décisions pastorales délicates dans un contexte social inédit. Parallèlement, le Chemin synodal allemand, lancé dans le sillage du scandale des abus sexuels et des conclusions de l’étude MHG de 2018, est rapidement devenu l’axe central de la vie ecclésiale du pays. Ce processus de réforme, associant évêques et laïcs, a abordé des questions sensibles telles que les structures de pouvoir, la morale sexuelle, les formes de vie sacerdotale et la place des femmes dans l’Église.Ces débats ont cependant révélé de profondes fractures. Monseigneur Georg Bätzing est devenu le visage le plus exposé de ce processus, suscitant des critiques parfois très vives, notamment à l’international, certaines allant jusqu’à évoquer le risque d’un schisme, toujours bien réel.

À l’intérieur même de l’épiscopat allemand, les divergences se sont accentuées, plusieurs évêques critiques à l’égard du Chemin synodal prenant leurs distances, voire suspendant leur participation à certains travaux communs, illustrant la difficulté croissante à maintenir une parole épiscopale unifiée.

Les réactions à l’annonce de sa non-candidature reflètent cette situation contrastée. Du côté du laïcat organisé, la présidente du Comité central des catholiques allemands a salué son engagement, le décrivant comme un « interlocuteur collégial, authentique et hautement engagé ». Ces appréciations positives contrastent avec les réserves persistantes exprimées par une partie de l’épiscopat et avec les mises en garde répétées du Saint-Siège.

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Rappelons que la DBK regroupe actuellement 59 évêques issus de 27 diocèses. Elle joue un rôle central de coordination pastorale et de représentation de l’Église catholique en Allemagne, tant au niveau national qu’international. Le choix de son président revêt donc une portée qui dépasse largement le cadre interne et engage la manière dont l’Église allemande se situe au sein de la communion ecclésiale.

Cette transition intervient alors que le Chemin synodal s’apprête à entrer dans sa phase de clôture formelle. Sa sixième et dernière assemblée est convoquée du 29 au 31 janvier 2026 à Stuttgart, avec pour objectif déclaré d’évaluer la mise en œuvre des décisions déjà adoptées. Dans le même temps, le « Comité synodal » poursuit les travaux préparatoires à une future Conférence synodale, conçue comme un organe permanent de gouvernance associant évêques et laïcs, un projet qui demeure suspendu à une approbation explicite de Rome.

Le contexte romain reste marqué par l’attente et la prudence. Léon XIV, qui connaît bien les enjeux de la gouvernance épiscopale, se trouve face à un processus allemand déjà largement engagé, mais juridiquement et doctrinalement contesté.

À cela s’ajoute l’évolution possible de la représentation diplomatique du Saint-Siège en Allemagne, avec la démission présentée à l’âge de 75 ans par le nonce apostolique Nikola Eterović, un facteur susceptible d’influer sur le dialogue entre Berlin et Rome.Au-delà des personnes et des échéances, la question centrale demeure celle de l’unité ecclésiale. La poursuite d’un processus synodal national en contradiction avec les rappels répétés du Saint-Siège ferait peser un risque réel de schisme de fait, même sans rupture officiellement proclamée.

Une telle fracture affaiblirait la communion entre les Églises locales et l’Église universelle, créerait un précédent pour d’autres conférences épiscopales et introduirait une confusion durable chez les fidèles quant à l’autorité doctrinale et pastorale. À l’heure où l’Église d’Allemagne semble se tenir à un point de bascule, la décision de Monseigneur Georg Bätzing de renoncer à se représenter ouvre une période d’incertitude majeure, appelant une clarification rapide afin de préserver l’unité visible de l’Église catholique.

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