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L’Église d’Espagne emprunte-t-elle à son tour un chemin synodal à l’allemande ?

Cathédrale de Madrid- Depositphotos
Cathédrale de Madrid- Depositphotos
Ce qui était hier inacceptable devient aujourd’hui « discutable »

Depuis plusieurs mois, des observateurs attentifs de la vie ecclésiale s’interrogent sur l’orientation prise par certains processus lancés au sein de l’Église d’Espagne. Le cas le plus emblématique est sans doute celui de Convivium, initiative promue par l’Archidiocèse de Madrid, présentée officiellement comme un itinéraire d’écoute, de dialogue et de discernement communautaire.Dans son principe, une telle démarche ne pose aucun problème. L’Église a toujours su écouter, accompagner et discerner. Mais l’inquiétude naît lorsque la méthode employée et les contenus intégrés rappellent, de plus en plus nettement, le parcours suivi ces dernières années par l’Église d’Allemagne.

L’expérience allemande constitue aujourd’hui un cas d’école. Ce qui avait commencé comme un processus de dialogue pastoral s’est progressivement transformé en une plateforme de revendications touchant directement à la doctrine : nature du sacerdoce, célibat sacerdotal, ordination des femmes, morale sexuelle. À chaque étape, la justification était la même : écouter toutes les voix, refléter les sensibilités existantes, accompagner les évolutions culturelles.Or, le véritable tournant n’a pas été tant le contenu des propositions que leur intégration dans des documents officiels. Ce simple fait leur a conféré une légitimité implicite, créant une confusion durable entre ce qui relève de l’opinion et ce qui appartient au dépôt de la foi.

À Madrid, Convivium n’en est pas là. Il serait injuste et inexact de prétendre que l’Archidiocèse promeut officiellement des ruptures doctrinales. Les responsables affirment clairement que certaines propositions ne seront ni débattues ni reprises. Mais la difficulté réside ailleurs.Dans les documents de travail, des propositions explicitement contraires à l’enseignement constant de l’Église sont recensées, synthétisées et qualifiées de « particulières ». Ce choix de vocabulaire n’est pas neutre. Il atténue la gravité des affirmations concernées et les présente comme des contributions parmi d’autres, dignes d’être entendues dans un cadre pastoral.

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Le problème n’est donc pas l’existence de courants et de sensibilités différentes mais leur traitement par l’institution de l’Eglise elle-même. Lorsqu’un diocèse officialise leur présence dans un processus de discernement, même sans intention de les valider, il modifie la perception des fidèles et des acteurs pastoraux.

C’est ici que la comparaison avec l’Allemagne devient pertinente. Le risque n’est pas une rupture soudaine, mais un glissement progressif. Ce qui était hier inacceptable devient aujourd’hui « discutable ».

Ce qui relevait de l’erreur doctrinale est présenté comme une sensibilité à prendre en compte. La doctrine cesse d’être un cadre normatif pour devenir un élément parmi d’autres dans une conversation ecclésiale.À terme, cette logique transforme la foi en objet de débat et la sacramentalité en matière expérimentale. Or, l’Église ne discerne pas sur ce qu’elle a reçu comme vérité révélée. Elle discerne les moyens pastoraux, non la substance des sacrements ni la nature du sacerdoce.Il convient toutefois de reconnaître une différence importante entre l’Espagne et l’Allemagne. En Espagne, il n’existe pas, à ce stade, de structure synodale contraignante ni de votes engageant l’Église locale contre le magistère universel. La majorité du clergé et des fidèles demeure profondément attachée à la foi catholique et à la tradition sacramentelle.

Mais l’histoire récente montre que les grandes ruptures commencent rarement par des décisions explicites. Elles naissent d’un changement de langage, puis de méthode, puis de mentalité.

L’Église d’Espagne gagnerait à méditer sérieusement les conséquences du modèle allemand. L’écoute pastorale ne peut se faire au prix de la clarté doctrinale. La charité ne consiste pas à tout accueillir indistinctement, mais à conduire dans la vérité.Car lorsque l’hérésie est traitée comme une simple « particularité », ce ne sont pas les idéologues qui en paient le prix, mais les fidèles. Et lorsque la confusion s’installe durablement, il devient toujours plus difficile de rappeler que, dans l’Église, tout n’est pas matière à débat.

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