Le 16 février 2026, le président de la Generalitat, Salvador Illa, a signé un accord avec l’archevêque de Tarragone, Monseigneur Joan Planellas, président de la Conférence épiscopale tarraconaise. L’objet du texte est la cession de biens immobiliers appartenant aux diocèses catalans afin de les affecter au logement social. L’archevêque a parlé d’un « protocole cadre ». Concrètement, il ne s’agit pas encore d’un inventaire définitif, mais du lancement d’un travail d’identification dans plus de 2 000 paroisses réparties dans 850 municipalités catalanes. Chaque diocèse devra examiner quels séminaires inutilisés, presbytères, immeubles, appartements ou terrains pourraient être concernés.
L’accord prévoit la création d’une table de travail composée de cinq représentants du gouvernement régional, issus principalement du département du Territoire et de la Justice, et de cinq représentants de l’Église. Cette instance technique se réunira tous les six mois.La cession des biens serait gratuite. La Generalitat en assurerait la gestion et procéderait aux adaptations juridiques nécessaires pour permettre leur usage comme logements sociaux. La propriété resterait cependant aux diocèses. Les mises à disposition pourraient s’étendre sur 30 ou 50 ans selon les cas.
À ce stade, le nombre exact de biens concernés et le volume réel de logements potentiels ne sont pas encore connus. Le diocèse de Gérone a indiqué qu’il prévoyait d’ajouter environ quarante logements à son parc déjà consacré à l’usage social, qui comprend 885 appartements à loyer abordable et 69 logements destinés à être proposés au prix du logement protégé.
À Tarragone, l’archevêché estimait l’an dernier disposer d’une cinquantaine de propriétés susceptibles d’être affectées à cette finalité.
Il s’agit de la première initiative coordonnée à l’échelle de l’Église catalane dans son ensemble.
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Monseigneur Joan Planellas a souligné que la reprise de l’agenda public par Salvador Illa avec cet acte « les honore ». Il a rappelé « le rôle historique de l’Église face aux indigences et aux vulnérabilités » et a déclaré : « C’est un grain de sable supplémentaire que nous apportons depuis l’Église. » Il a également affirmé que « 25 % de la population a un problème d’exclusion sociale dans le domaine du logement ». De son côté, Salvador Illa a expliqué que l’idée de l’accord était née d’une réunion avec les responsables des Caritas diocésaines de Catalogne. « Son responsable m’a dit : “Président, nous devons vous demander trois choses : logement, logement et logement” », a-t-il rapporté. Le président catalan a qualifié l’initiative de « pionnière en Espagne » et a ajouté : « Celui qui gagne avec
Un débat qui s’ouvre en Espagne
Sur le plan de la doctrine sociale, l’engagement en faveur des personnes en difficulté s’inscrit clairement dans la tradition de l’Église. L’attention aux pauvres et aux familles fragilisées fait partie de sa mission constante, et de nombreuses œuvres caritatives en témoignent depuis longtemps. Cependant, en Espagne, certaines voix se demandent si l’Église ne devient pas, de fait, un acteur structurel de la politique publique du logement. En mettant son patrimoine à disposition pour plusieurs décennies, elle entre dans un champ qui relève en premier lieu de la responsabilité des pouvoirs publics.
La crise du logement en Catalogne est réelle. Mais la mise à disposition de bâtiments ecclésiaux pourra-t-elle en modifier sensiblement l’équilibre ? Le nombre de biens concernés reste incertain, et les adaptations nécessaires pourraient être longues et coûteuses.
D’autres observateurs soulignent que des cessions de 30 ou 50 ans engagent fortement le patrimoine diocésain. Comment garantir que ces biens conserveront, à terme, une cohérence avec les besoins pastoraux futurs et la mission propre de l’Église ? Enfin, en s’inscrivant dans une stratégie gouvernementale plus large comprenant régulation des loyers et limitations de certaines pratiques d’achat immobilier, l’Église accepte d’entrer dans un dispositif politique dont elle ne maîtrise pas l’ensemble des orientations. L’intention sociale affichée est claire. Mais le débat est désormais ouvert : s’agit-il d’un prolongement naturel de la charité chrétienne ou d’une évolution plus profonde du rôle institutionnel de l’Église dans la gestion des politiques sociales en Espagne ?


