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Léon XIV aux Légionnaires du Christ : « Vous n’êtes pas les maîtres des charismes, mais leurs gardiens et leurs serviteurs »

Pape Léon XIV - DR
Pape Léon XIV - DR
Le Saint Père a rappelé que toute réforme authentique passe par une fidélité créative à l’Esprit Saint ( texte intégral )

Dans la Salle du Consistoire, le 19 février 2026, le pape Léon XIV a situé d’emblée le Chapitre général dans une perspective spirituelle et non simplement institutionnelle. Il a parlé d’« un temps de grâce », un « moment privilégié de discernement communautaire et d’écoute de l’Esprit Saint ». Cette insistance sur l’écoute n’est pas rhétorique. Elle renvoie à une conviction ecclésiologique profonde, l’Église n’est pas une organisation qui s’administre elle-même, elle est un mystère conduit par l’Esprit.

Le cœur doctrinal du discours se trouve dans cette affirmation sans ambiguïté : « Le charisme est un don de l’Esprit Saint ». Le pape rappelle que ce don ne relève ni de la stratégie humaine ni d’un héritage sociologique. Il procède d’une initiative divine. En citant saint Paul, « À chacun est donnée la manifestation de l’Esprit en vue du bien commun » (1 Co 12,7), il replace la vie consacrée dans la dynamique paulinienne des charismes ordonnés à l’édification de l’Église.La phrase qui donne son titre à cette analyse en constitue la clé d’interprétation : « Vous n’êtes pas les maîtres des charismes, mais leurs gardiens et leurs serviteurs ». La théologie du charisme implique ici une dépossession. Le religieux ne possède pas le don, il en est le dépositaire. Cette distinction est capitale. Elle protège contre toute tentation d’appropriation idéologique ou institutionnelle du charisme fondateur.

Le pape ajoute que les charismes « doivent être accueillis avec reconnaissance et consolation ». L’expression renvoie à la tradition conciliaire et à Lumen gentium. Elle suggère que le charisme n’est pas seulement fonctionnel, il est source de joie spirituelle. Là encore, l’accent est théologique avant d’être organisationnel.

Léon XIV évoque sans les détailler les « chemins et expressions historiques différents, parfois douloureux et non sans crises » qui ont marqué l’histoire de la congrégation. Cette sobriété lexicale traduit une approche de purification par la vérité. Le pape ne nie pas les crises, mais il refuse de les absolutiser. La mémoire partagée « ne regarde pas seulement le passé, mais elle nous pousse également à un renouvellement constant dans le présent, fidèle à l’Évangile ».La formule « fidélité créative » n’apparaît pas comme un slogan, mais comme une exigence spirituelle. Le pape invite à se demander « comment vivre aujourd’hui, avec une fidélité créative, l’intuition charismatique ». La créativité n’est pas innovation arbitraire, elle est approfondissement d’une grâce originelle dans un contexte nouveau. Théologiquement, cela signifie que le charisme possède une fécondité intrinsèque qui dépasse ses premières formes historiques.

L’un des passages les plus structurants concerne l’exercice de l’autorité. « L’autorité, dans la vie religieuse, n’est pas comprise comme domination, mais comme service spirituel et fraternel ». Cette définition s’enracine dans la tradition évangélique, le Christ lavant les pieds de ses disciples. Elle s’oppose explicitement à toute conception mondaine du pouvoir.En citant l’« art de l’accompagnement », qui « nous enseigne à enlever nos sandales devant la terre sacrée de l’autre », le pape convoque l’image biblique de Moïse devant le buisson ardent. La personne confiée à l’autorité est un lieu sacré. Le supérieur n’est pas propriétaire des consciences, il se tient devant elles avec respect. Le pape précise encore que l’autorité doit éviter « toute forme de contrôle qui ne respecte pas la dignité et la liberté des personnes ». Cette phrase mérite d’être soulignée. Elle établit un critère objectif de discernement, toute pratique qui porte atteinte à la dignité ou à la liberté contredit la nature évangélique de l’autorité religieuse.

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Dans une perspective missionnaire, Léon XIV affirme : « L’unité missionnaire ne doit pas être comprise comme uniformité ». Cette distinction, qui rejoint l’image du « polyèdre » évoquée plus haut, exprime une vision catholique de l’unité. L’unité est communion ordonnée, non nivellement des différences.Il précise qu’il ne s’agit pas « d’éliminer les différences, mais d’avoir la capacité d’harmoniser la diversité au bénéfice de tous ». Théologiquement, cela renvoie à la catholicité comme intégration des diversités dans la confession d’une même foi. L’unité véritable suppose une vérité commune, sans quoi l’harmonisation devient relativisme.

Enfin, le pape inscrit le Chapitre général dans le contexte plus large de l’appel actuel à la synodalité : « L’Église vit aujourd’hui un appel intense à la synodalité, c’est-à-dire à marcher, écouter et discerner ensemble ». Il définit le Chapitre comme « un exercice synodal ». Il ne s’agit pas d’un parlement interne, mais d’un lieu où chacun offre « son expérience et sa sensibilité afin de construire ensemble l’avenir de l’institut ».La synodalité ainsi décrite n’est pas un transfert de pouvoir, elle est un approfondissement de la coresponsabilité dans l’obéissance à la volonté de Dieu. Le pape met en garde contre les « intérêts particuliers ou régionaux » et contre la recherche de « simples solutions organisationnelles ». La réforme authentique naît d’une conversion intérieure et d’un discernement spirituel, non d’une ingénierie structurelle.En confiant la congrégation à la protection de Notre-Dame de Guadalupe et en accordant sa Bénédiction apostolique, Léon XIV inscrit son enseignement dans une perspective mariale et missionnaire. Le Seigneur « continue d’appeler et d’envoyer, de guérir et de purifier ». Cette triple dynamique, appel, mission, purification, résume l’horizon du discours.

À travers ces paroles, le pape rappelle que la vitalité d’un institut religieux ne se mesure ni à son expansion ni à son efficacité, mais à sa fidélité au don reçu et à sa docilité à l’Esprit. Là se trouve le critère décisif, théologique et ecclésial, de toute réforme durable.

DISCOURS DU PAPE LÉON XIV
AUX PARTICIPANTS AU CHAPITRE GÉNÉRAL
DES LÉGIONNAIRES DU CHRIST

Salle du Consistoire
Jeudi 19 février 2026

« Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.
La paix soit avec vous.

Votre Éminence, Votre Excellence, chers frères,

Je suis heureux de vous accueillir dans la phase finale de votre Chapitre général. Comme dans la vie de tout institut religieux, il s’agit d’un temps de grâce, car il constitue un moment privilégié de discernement communautaire et d’écoute de l’Esprit Saint, qui continue de guider votre histoire et de soutenir la mission confiée à votre congrégation, dans la fidélité au charisme reçu comme don de Dieu pour l’Église tout entière.

C’est aussi pour vous l’occasion de vous reconnaître héritiers d’un charisme qui, à travers des chemins et des expressions historiques différents, parfois douloureux et non sans crises, a donné naissance à la Congrégation des Légionnaires du Christ, unie par les mêmes racines spirituelles et une passion apostolique commune. Cette mémoire partagée ne regarde pas seulement le passé, mais elle nous pousse également à un renouvellement constant dans le présent, fidèle à l’Évangile.

Le charisme est un don de l’Esprit Saint. Chaque institut et chacun de ses membres sont appelés à l’incarner, personnellement et en communauté, dans un processus continu d’approfondissement de leur identité qui les situe et les définit au sein de l’Église et de la société. Ce chemin constitue à son tour une précieuse contribution à l’Église tout entière et, d’une manière particulière, à la famille spirituelle de Regnum Christi.

La diversité des formes, des styles et des accents dans la manière de vivre le charisme reçu n’affaiblit pas l’unité, mais l’enrichit, comme le « polyèdre, qui reflète la convergence de toutes ses parties, chacune conservant sa spécificité » (Exhortation apostolique Evangelii gaudium, n° 236). Pour cette raison, il ne faut pas craindre la pluralité, mais l’accueillir et la discerner, en lui permettant de s’exprimer afin de répondre de manière plus transparente et fidèle à l’appel de Dieu. De même que dans une famille chaque membre possède sa propre identité et sa propre mission, ainsi parmi vous la pluralité des dons manifeste la fécondité de l’Esprit et renforce la mission commune.

Comme cela a été rappelé, le charisme est un don de l’Esprit Saint, c’est Lui qui distribue ses dons (cf. 1 Co 12,11), et il le fait pour le renouvellement et l’édification de l’Église. Comme le dit saint Paul : « À chacun est donnée la manifestation de l’Esprit en vue du bien commun » (1 Co 12,7). Pour cette raison, les charismes doivent être accueillis avec reconnaissance et consolation (cf. Constitution dogmatique Lumen gentium, n° 2). Souvenez-vous donc que vous n’êtes pas les maîtres des charismes, mais leurs gardiens et leurs serviteurs. Vous êtes appelés à donner votre vie afin que ce don continue de porter du fruit dans l’Église et dans le monde. Ainsi, ce Chapitre vous invite à continuer à vous demander comment vivre aujourd’hui, avec une fidélité créative, l’intuition charismatique qui a donné naissance à votre famille religieuse.

Un Chapitre général est également un moment pour évaluer le chemin parcouru et discerner, avec l’aide de l’Esprit Saint, la route à suivre. C’est pourquoi vous avez considéré l’exercice du gouvernement et de l’autorité dans l’institut comme l’un des thèmes centraux. L’autorité, dans la vie religieuse, n’est pas comprise comme domination, mais comme service spirituel et fraternel envers ceux qui partagent la même vocation. Son exercice doit se manifester dans l’« art de l’accompagnement » qui nous enseigne à enlever nos sandales devant la terre sacrée de l’autre (cf. Ex 3,5). Le rythme de cet accompagnement doit être constant et rassurant, reflétant la proximité et le regard compatissant qui guérit, libère et encourage la croissance dans la vie chrétienne (Exhortation apostolique Evangelii gaudium, n° 169). L’autorité dans la vie religieuse sert également à animer la vie communautaire, en la centrant sur le Christ et en la guidant vers la plénitude de la vie en Lui, en évitant toute forme de contrôle qui ne respecte pas la dignité et la liberté des personnes.

De la même manière, l’une des tâches fondamentales du gouvernement religieux est de promouvoir la fidélité au charisme. Il est donc nécessaire de renforcer un style de gouvernement caractérisé par l’écoute mutuelle, la coresponsabilité, la transparence, la proximité fraternelle et le discernement communautaire. Un bon gouvernement, au lieu de tout concentrer sur lui-même, promeut la subsidiarité et la participation responsable de tous les membres de la communauté.

La vie consacrée, appelée à être experte en communion, crée des espaces où l’Évangile se traduit en fraternité concrète. Ces jours-ci, sans aucun doute, vous avez vécu une véritable expérience de communion entre frères de cultures et d’origines diverses, de générations différentes, et entre ceux qui exercent la responsabilité du gouvernement et ceux qui servent quotidiennement dans les communautés et les missions.

Votre mission consiste à offrir ce témoignage visible d’écoute mutuelle et de recherche commune de la volonté de Dieu, tant pour vos communautés que pour ceux que vous rencontrez en accomplissant votre mission.

« L’unité missionnaire ne doit pas être comprise comme uniformité ». [1] Il ne s’agit pas d’éliminer les différences, mais d’avoir la capacité d’harmoniser la diversité au bénéfice de tous, en acceptant les divergences comme une richesse et en discernant ensemble les chemins que le Seigneur nous propose.

Ce processus exige l’humilité d’écouter, la liberté intérieure de s’exprimer avec sincérité et l’ouverture à accepter le discernement commun. C’est une exigence inhérente à toute vocation vécue en communauté.

L’Église vit aujourd’hui un appel intense à la synodalité, c’est-à-dire à marcher, écouter et discerner ensemble. Le Chapitre général est, par sa nature même, un exercice synodal dans lequel tous sont appelés à offrir leur expérience et leur sensibilité afin de construire ensemble l’avenir de l’institut.

Chers frères, je vous exhorte à continuer à vivre avec une attitude de prière, d’humilité et de liberté intérieure. Ne poursuivez pas des intérêts particuliers ou régionaux, ne cherchez pas de simples solutions organisationnelles, mais avant tout la volonté de Dieu pour votre famille religieuse et pour la mission que l’Église vous a confiée.

Que ce Chapitre vous ouvre à un temps d’espérance. Le Seigneur continue d’appeler et d’envoyer, de guérir et de purifier, il vous revient donc de discerner comment répondre fidèlement au présent que Dieu place entre vos mains.

En confiant cette nouvelle étape de votre congrégation à la protection maternelle »

Source Vatican

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