L’archevêque a été reçu lundi 12 janvier 2026 à la Maison-Blanche par le président Donald Trump et le vice-président JD Vance. Le nouveau président de la Conférence des évêques catholiques des États-Unis, Archevêque Paul Coakley, a participé à une rencontre à huis clos marquée par la volonté affichée d’un dialogue institutionnel, dans un contexte de fortes tensions entre l’épiscopat et l’administration sur la politique migratoire et les financements fédéraux. La rencontre, fermée à la presse, a été présentée par les évêques comme une première prise de contact officielle depuis l’élection de Monseigneur Coakley à la tête de l’épiscopat américain.
Dans un communiqué publié sur le réseau X, la conférence épiscopale a indiqué que les échanges avaient porté sur des sujets de « préoccupations mutuelles », tout en soulignant la nécessité de poursuivre le dialogue avec l’exécutif : « L’archevêque Coakley a eu l’occasion de rencontres de prise de contact avec le président Trump, le vice-président Vance et d’autres responsables de l’administration, au cours desquelles ils ont évoqué des sujets de préoccupation mutuelle ainsi que des domaines appelant un dialogue ultérieur. L’archevêque Coakley est reconnaissant pour ces échanges et se réjouit de la poursuite des discussions. »
Cette rencontre intervient après une année de relations difficiles entre la conférence épiscopale et l’administration Trump. Dès son retour à la Maison-Blanche, le président a engagé une politique de réduction des financements fédéraux accordés à la conférence des évêques et à Catholic Charities, organisations régulièrement accusées par leurs détracteurs d’avoir favorisé l’immigration illégale, notamment par leur implication dans la prise en charge des mineurs étrangers non accompagnés.Catholic Charities, en lien avec la conférence épiscopale, a reçu au fil des années plusieurs centaines de millions de dollars de fonds publics pour l’hébergement et le placement de ces mineurs, un dispositif aujourd’hui fortement contesté à la suite de révélations faisant état de graves dysfonctionnements et de cas d’exploitation.
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La politique migratoire de l’administration s’est durcie avec la signature du décret présidentiel intitulé « Protéger le peuple américain contre l’invasion », qui prévoit l’expulsion des étrangers en situation irrégulière et un examen approfondi des financements publics versés aux ONG intervenant auprès des migrants. Dans ce contexte, un gel temporaire de l’aide étrangère distribuée par l’USAID a touché de plein fouet la conférence épiscopale et Catholic Charities, avant que le département d’État ne mette fin aux contrats de réinstallation de réfugiés conclus avec les évêques américains.Sur le plan pastoral, l’épiscopat a maintenu une position critique à l’égard de ces orientations. Lors de l’assemblée plénière de novembre, les évêques ont adopté un « Message spécial » rappelant les principes de la doctrine sociale de l’Église en matière de migrants :
« L’enseignement catholique exhorte les nations à reconnaître la dignité fondamentale de toute personne, y compris des immigrés.Nous, évêques, plaidons pour une réforme significative des lois et des procédures d’immigration de notre pays. La dignité humaine et la sécurité nationale ne sont pas incompatibles. Les deux sont possibles si des personnes de bonne volonté travaillent ensemble… Nous nous opposons à la déportation massive et indiscriminée de personnes. »
Cette ligne a suscité des critiques au sein même de l’Église aux États-Unis. Plusieurs évêques ont reproché à la conférence épiscopale de s’opposer fermement à l’application des lois migratoires sans dénoncer avec la même vigueur les conséquences criminelles et sociales de l’immigration illégale. Parmi eux, Monseigneur Joseph Strickland a publiquement mis en cause ce qu’il considère comme une complaisance à l’égard de l’illégalité.Par ailleurs, si l’archevêque Paul Coakley est reconnu pour sa fidélité à l’enseignement de l’Église sur la défense de la vie, sa rencontre avec l’administration pourrait également avoir abordé d’autres sujets sensibles, notamment les récentes déclarations du président Trump sur l’amendement Hyde (interdit l’utilisation de fonds publics fédéraux pour financer des avortements) et la promotion de la fécondation in vitro, deux orientations en tension avec la doctrine catholique.La rencontre de lundi apparaît ainsi comme une tentative de maintenir un canal de dialogue institutionnel entre l’épiscopat américain et la Maison-Blanche, dans un climat où les désaccords de fond demeurent profonds, tant sur la politique migratoire que sur plusieurs enjeux éthiques majeurs.


