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Les évêques de France appellent les députés à « écouter l’immense inquiétude des soignants et des patients »

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Plusieurs responsables politiques ont dénoncé la stratégie adoptée par une partie de la droite sénatoriale, accusée d’avoir neutralisé le texte par une série d’amendements avant de le rejeter, laissant ainsi le Sénat sans position structurée pour la suite du débat ( communiqué intégral )

Alors que le débat doit reprendre dès février à l’Assemblée nationale, les évêques mettent en garde contre toute précipitation et rappellent que donner la mort ne saurait constituer une réponse digne à la souffrance. Ainsi la Conférence des évêques de France a réagi au vote solennel intervenu au Sénat du mercredi 28 janvier 2026, à l’issue duquel les sénateurs ont rejeté la proposition de loi relative au droit à l’« aide active à mourir », tout en adoptant, à une très large majorité, un texte distinct visant à garantir l’égal accès de tous à l’accompagnement et aux soins palliatifs sur l’ensemble du territoire.

Réunis au Palais du Luxembourg, les sénateurs se sont prononcés par 181 voix contre et 122 pour contre le texte sur l’aide à mourir, pourtant adopté en première lecture par l’Assemblée nationale en mai 2025. Profondément remaniée au cours de débats tendus, la proposition de loi a été vidée de ses dispositions centrales relatives au suicide assisté et à l’euthanasie, remplacées par la création d’un droit opposable au soulagement de la douleur. Cette réécriture a conduit à un rejet final, révélant de profondes fractures politiques et éthiques.Dans un communiqué publié à la suite de ce vote, les évêques de France se réjouissent de l’adoption de la proposition de loi consacrée aux soins palliatifs. Ils rappellent que le soulagement de la douleur jusqu’au terme de la vie constitue un impératif moral majeur et remercient les parlementaires qui ont soutenu le développement effectif de ces soins sur tout le territoire, répondant à une attente largement partagée par les soignants, les patients et leurs familles.

En revanche, concernant le rejet du texte sur l’« aide active à mourir », la Conférence des évêques de France estime qu’il apparaît comme le signe d’un blocage politique et sociétal majeur. En mettant en lumière l’absence de consensus, le vote du Sénat souligne les craintes, les oppositions et les profondes interrogations exprimées dans la société française sur une question d’une gravité exceptionnelle. Les évêques rappellent avec clarté que donner la mort ne sera jamais une réponse humaine, fraternelle et digne à la souffrance.

Cette lecture s’oppose fondamentalement à celle exprimée par Yaël Braun-Pivet présidente de l’Assemblée nationale, qui a regretté publiquement le rejet du texte par le Sénat. « Alors que l’aide à mourir répond à une aspiration profonde des Français, je regrette le rejet de ce texte aujourd’hui au Sénat. Nous avions pourtant trouvé un large accord à l’Assemblée nationale au terme d’un débat constructif et apaisé », a-t-elle déclaré. Elle a par ailleurs affirmé que « le chemin continue dès la semaine du 16 février pour la deuxième lecture à l’Assemblée nationale », se disant convaincue que « le Parlement peut définitivement adopter ce texte très attendu par nos concitoyens d’ici l’été 2026 ».

À l’inverse, les évêques de France contestent précisément l’idée selon laquelle l’« aide à mourir » répondrait à une aspiration unanime et apaisée. Leur communiqué insiste au contraire sur l’ampleur des inquiétudes exprimées par les soignants, les patients et leurs proches, et sur l’absence de consensus réel dans la société comme au sein de la représentation nationale. Pour eux, la rapidité du calendrier annoncé et la perspective d’une adoption définitive à brève échéance font peser le risque d’une décision irréversible prise sans le discernement requis par une question engageant la conception même de la dignité humaine.

Ce rejet n’a d’ailleurs pas fait l’unanimité au Sénat, y compris parmi les élus opposés de longue date à l’euthanasie. Plusieurs responsables politiques ont dénoncé la stratégie adoptée par une partie de la droite sénatoriale, accusée d’avoir neutralisé le texte par une série d’amendements avant de le rejeter, laissant ainsi le Sénat sans position structurée pour la suite du débat. Selon cette analyse, en rejetant un texte devenu incohérent après l’avoir vidé de sa substance, la chambre haute s’est privée de toute capacité d’influence durable, laissant le dernier mot à l’Assemblée nationale, où une majorité favorable à l’instauration d’un droit à l’aide à mourir pourrait rétablir une version proche de celle adoptée en 2025.

Le rejet sénatorial, loin de constituer un rempart, risquerait ainsi d’accélérer l’adoption finale du dispositif lors de la seconde lecture prévue à partir du 16 février 2026 au Palais Bourbon.

Enfin, les évêques demandent que les débats à venir se déroulent sans précipitation ni accélération dictée par des calendriers électoraux, mais avec exigence, sérénité et sens des responsabilités, en tenant compte des conséquences anthropologiques et sociétales qu’entraînerait l’introduction d’une éventuelle « aide active à mourir », au premier chef pour les plus fragiles.

Communiqué intégral de la Conférence des évêques de France

« La Conférence des évêques de France se réjouit du vote par le Sénat de la proposition de loi pour « l’égal accès de tous à l’accompagnement et aux soins palliatifs ». Parce que le soulagement de la douleur jusqu’au terme de la vie constitue un impératif moral majeur, elle remercie les parlementaires qui, par leur vote, soutiennent le développement effectif des soins palliatifs sur tout le territoire.

Dans le même temps, la Conférence des évêques de France prend acte du rejet de la proposition de loi relative au droit à l’« aide active à mourir », texte profondément modifié au cours des débats parlementaires, qui ont mis en lumière de profondes divergences. Ce rejet apparaît comme le signe d’un blocage politique et sociétal majeur et souligne la gravité des questions éthiques qui se posent. Le vote du Sénat, en mettant en lumière l’absence de consensus, ne fait que souligner les attentes, les craintes et même les oppositions exprimées dans la société. Donner la mort ne sera jamais une réponse humaine, fraternelle et digne à la souffrance.

Alors que le débat sur l’euthanasie et le suicide assisté va revenir dès le mois de février au Palais Bourbon, la Conférence des évêques de France appelle l’ensemble des députés à écouter l’immense inquiétude des soignants, des patients et de leurs familles. Elle les invite à se mobiliser largement pour faire entendre la voix de celles et ceux qui refusent la possibilité d’administrer une substance létale pour donner la mort mais s’engagent au contraire pour accompagner la vie jusqu’au bout.

Enfin, les évêques de France demandent que les débats à venir se déroulent sans précipitation ni accélération dictée par des calendriers électoraux, mais avec exigence et sérénité, au service de la dignité des plus fragiles et en prenant en considération les conséquences anthropologiques et sociétales d’une éventuelle « aide active à mourir ».

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