Au centre des Philippines, la grande fête du Santo Niño manifeste la vigueur intacte de la foi chrétienne d’un peuple, tout en révélant les tensions morales d’une société confrontée à l’expansion des jeux d’argent. Cebu City, se situe au centre des Philippines, dans la région des Visayas centrales, c’est là-bas que se prépare chaque année l’une des plus vastes manifestations religieuses d’Asie. La fête du Santo Niño, célébrée dans l’ensemble du pays mais bénéficiant d’un statut officiel surtout régional, notamment à Cebu où elle est jour férié local, rassemble des millions de fidèles venus de tout l’archipel et de l’étranger. Autour de cette célébration religieuse s’est développé le Sinulog Festival, un événement culturel et civil devenu un rendez-vous majeur du calendrier philippin.
C’est dans ce contexte que l’archevêque de l’Archdiocese of Cebu, Monseigneur Alberto Uy, a lancé un appel public sans ambiguïté. Il a demandé que la fête du Santo Niño et les événements qui l’accompagnent refusent tout parrainage ou don provenant d’organismes liés aux jeux d’argent, dénonçant la tentation de transformer un rassemblement de foi en simple opportunité commerciale :« Mon appel est simple mais sincère : que le Sinulog reste une fête qui reflète véritablement la joie, la pureté et la lumière du Santo Niño. Nous pouvons l’honorer non seulement par nos danses, nos prières et nos célébrations, mais aussi par les choix moraux que nous faisons dans l’organisation de cet événement sacré », a déclaré l’archevêque. Il a invité les organisateurs à privilégier des partenaires en accord avec les valeurs de la foi, de la famille, de la culture et de la communauté, rappelant qu’il existe de nombreuses institutions capables de soutenir le festival sans en compromettre le caractère moral.
L’archevêque a rappelé que la fête du Santo Niño est avant tout une célébration religieuse, avant d’être un événement culturel ou touristique. Dans cette perspective, il a souligné l’incohérence qu’il y aurait à financer des célébrations sacrées avec des fonds issus d’activités que l’Église considère comme socialement destructrices. « L’Église encourage les familles à abandonner les habitudes destructrices telles que le jeu », a-t-il rappelé, évoquant des pratiques susceptibles d’entraîner dépendance, désintégration des familles, pertes financières et confusion morale.
La dévotion au Santo Niño, l’Enfant Jésus, constitue l’un des piliers de la spiritualité catholique aux Philippines. Représenté comme le Christ enfant, souvent vêtu d’habits royaux et tenant les insignes de sa souveraineté, il incarne pour les fidèles un Dieu proche, accessible et miséricordieux, qui accompagne la vie quotidienne des familles.
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Cette dévotion remonte à 1521, lorsque l’explorateur portugais Ferdinand Magellan offrit une statue de l’Enfant Jésus à la reine Juana de Cebu lors de son baptême. Conservée aujourd’hui dans la basilique mineure du Santo Niño, cette image est considérée comme la plus ancienne statue chrétienne des Philippines et comme le signe fondateur de l’implantation du christianisme dans l’archipel.Chaque année, la neuvaine célébrée à l’aube rassemble des milliers de fidèles, suivie d’une grande procession avec la statue sacrée, puis de l’Eucharistie solennelle du 18 janvier. Les danses rituelles du Sinulog, avec leur mouvement symbolique de deux pas en avant et un pas en arrière, expriment le chemin du peuple philippin vers le Christ, marqué par les épreuves mais orienté vers la foi. La fête commence également par une procession fluviale sur le canal de Mactan et se prolonge par de grandes manifestations populaires.
Rappelons que les Philippines constituent aujourd’hui le principal foyer chrétien d’Asie, avec une population très majoritairement catholique. Sur environ 110 millions d’habitants, près de 89 millions se réclament du catholicisme, soit près de 80 % de la population. Cette réalité s’appuie sur un maillage ecclésial dense, composé de 16 archidiocèses, 51 diocèses, ainsi que de vicariats apostoliques et de prélatures territoriales couvrant tout l’archipel.
La foi continue ainsi de marquer profondément la vie sociale et familiale, rythmée par de grandes célébrations populaires, même si l’Église doit aujourd’hui faire face à de nouveaux défis, notamment la progression rapide des jeux de hasard, en particulier sous forme électronique, qui affecte un nombre croissant de familles.Selon les données officielles publiées en 2025 par la Philippine Amusement and Gaming Corp, environ 32 millions de Philippins pratiquent régulièrement le jeu. Face à cette réalité, les évêques, les communautés religieuses et les associations catholiques multiplient les initiatives pastorales et sociales.L’appel lancé à Cebu s’inscrit ainsi dans une mission plus large de l’Église philippine, qui entend rappeler que la foi populaire, aussi vivante soit-elle, ne peut être séparée d’une exigence de cohérence morale. Pour l’Église, honorer le Santo Niño ne signifie pas seulement préserver une tradition séculaire, mais protéger le cœur spirituel d’un peuple, afin que la joie de l’Enfant Jésus ne soit jamais obscurcie par des intérêts contraires à l’Évangile.


