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Lors de sa visite au Vatican, le roi d’Espagne Philippe VI doit recevoir un titre honorifique qui interroge

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" En 2022, le roi d'Espagne a promulgué la loi Ley Orgánica qui prévoit des sanctions pénales contre ceux qui cherchent à dissuader des femmes de recourir à l’avortement à proximité des établissements concernés"

À l’occasion de son déplacement à Rome, le roi d’Espagne doit recevoir un titre honorifique au sein de la basilique Sainte-Marie-Majeure. Une distinction ancienne, héritée de l’histoire, qui suscite aujourd’hui des interrogations dans un contexte politique et culturel profondément transformé. Le contraste peut surprendre. Comment un monarque, chef de l’État espagnol, engagé dans des politiques publiques incluant l’avortement peut-il recevoir un titre honorifique lié à une grande basilique de la chrétienté ? C’est pourtant ce qui doit avoir lieu demain, vendredi 20 mars, avec Philippe VI, roi d’Espagne, à l’occasion de sa visite à Rome.

Dans la basilique Sainte-Marie-Majeure, le souverain espagnol doit en effet recevoir le titre de protocanonic du Chapitre libérien. Ce privilège ancien s’inscrit dans une longue histoire de relations entre la monarchie espagnole et l’Église, relations marquées pendant des siècles par un attachement profond à la foi catholique. Ce lien a été confirmé encore au XXe siècle par Pie XII. Dans ce contexte, la cérémonie de demain s’inscrit dans la continuité d’une tradition. Mais elle intervient aussi dans un cadre profondément différent de celui des siècles passés, ce qui peut susciter des interrogations. En effet, le roi d’Espagne exerce aujourd’hui ses fonctions dans un système politique démocratique où les lois sont votées par le Parlement. À ce titre, il a signé et promulgué les lois relatives à l’avortement adoptées par les institutions espagnoles. Ces actes relèvent de son rôle constitutionnel. Cependant, Philippe VI ne s’est pas limité à ce cadre institutionnel. Le 24 septembre 2025, lors d’un discours devant l’Assemblée générale des Nations unies, il a déclaré :
« L’Espagne aspire à rester une référence mondiale sur des thèmes tels que la lutte pour les droits sexuels et reproductifs. » Dans le langage des organisations internationales, cette expression inclut notamment l’accès à l’avortement. Cette prise de position publique manifeste une orientation en cohérence avec les politiques menées par le gouvernement espagnol.

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Par ailleurs, en 2022, le roi a promulgué la loi Ley Orgánica 4/2022, qui prévoit des sanctions pénales contre ceux qui cherchent à dissuader des femmes de recourir à l’avortement à proximité des établissements concernés. Cette loi a donné lieu à plusieurs applications concrètes, notamment à l’encontre de militants pro-vie.

Dans ce contexte, la cérémonie prévue à Rome peut apparaître comme un point de rencontre entre deux réalités différentes, d’un côté une tradition historique et religieuse ancienne, de l’autre un cadre politique contemporain marqué par des orientations législatives éloignées de l’enseignement de l’Église sur la vie. Cette situation soulève donc une question de cohérence, sans remettre en cause la dimension institutionnelle du rôle du souverain espagnol. Le cas de Philippe VI rappelle également d’autres situations en Europe, comme celle d’Emmanuel Macron, qui détient le titre de protocanonic honoraire du Latran.

Ces exemples invitent à réfléchir à l’évolution de ces distinctions honorifiques. Doivent-elles être maintenues telles quelles, au nom de l’histoire, ou adaptées à un contexte où les références culturelles et morales ont profondément changé ? Sans apporter de réponse définitive, la situation actuelle montre au moins que ces traditions, autrefois évidentes, peuvent aujourd’hui susciter des interrogations légitimes.

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