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« Mettre fin à la pandémie des armes » : l’appel de Léon XIV à la paix

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Léon XIV a développé un enseignement dense : l’humilité comme véritable liberté, l’Église comme maison de l’accueil, et le monde comme champ de la fraternité

Dès l’ouverture de sa méditation, le pape a mis en avant la dimension symbolique du repas partagé : « Se retrouver ensemble à table, surtout les jours de repos et de fête, est un signe de paix et de communion, dans toutes les cultures. »
Ici, Léon XIV ne se contente pas d’un constat sociologique : il souligne que la convivialité n’est pas un détail, mais un langage universel de paix. Dans un monde fragmenté, ce simple geste devient un acte prophétique.Mais le pape ajoute aussitôt une exigence : « Recevoir des invités élargit l’espace du cœur, être invité demande l’humilité d’entrer dans le monde de l’autre. »Il rappelle que toute rencontre authentique suppose un effort réciproque. L’hospitalité chrétienne n’est pas seulement accueillir chez soi, c’est aussi accepter d’être accueilli, et donc d’abandonner son confort pour entrer dans la vie de l’autre.Léon XIV a ensuite observé que la logique des convives qui cherchent les premières places traverse encore notre époque : « Cela se produit encore aujourd’hui… lorsqu’il est important de se faire remarquer. »
La critique est directe : l’obsession de la visibilité, nourrie par la culture médiatique et numérique, transforme les relations humaines en rivalités permanentes.

Le pape en dénonce les effets spirituels : « Nous réduisons souvent la vie à une compétition, nous nous dégradons pour obtenir une certaine reconnaissance, nous nous comparons inutilement aux autres. »
En soulignant cette « dégradation », il pointe que l’orgueil n’élève pas l’homme mais l’abaisse. La comparaison et la quête de reconnaissance deviennent des chaînes, qui enlèvent la paix intérieure.Citant l’Évangile de Luc, le pape a livré le cœur de sa méditation : « Dans l’Évangile, Il utilise le mot humilité pour décrire la forme accomplie de la liberté. »
Cette phrase donne la clé de lecture de tout son discours. Contrairement à la logique mondaine où l’humilité est vue comme faiblesse, Léon XIV en fait la condition de la véritable liberté : être libéré de soi-même pour être disponible à Dieu et aux autres.

Il développe ensuite : « Ceux qui ont compris qu’ils sont précieux aux yeux de Dieu… possèdent une dignité qui brille d’elle-même… lorsque, au lieu de se servir des situations, ils apprennent à servir. »Cette parole, profondément christocentrique, réaffirme que la dignité chrétienne n’a pas besoin d’artifices. Celui qui se sait aimé de Dieu ne cherche plus à dominer, mais à servir, et sa dignité rayonne sans qu’il ait à la revendiquer.D’où cette exhortation à l’Église : « Cette maison où l’on est toujours les bienvenus, où les places ne sont pas à conquérir. »
C’est une ecclésiologie de la gratuité et du service : l’Église n’est pas une arène de pouvoir, mais une école d’humilité, à rebours de toutes les logiques d’auto-promotion.

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« La voix des armes doit se taire »

Dans la deuxième partie de son intervention, Léon XIV a élargi son regard aux plaies du monde. Face à la guerre en Ukraine, il a lancé un appel vibrant : « Je réitère avec force mon appel pressant en faveur d’un cessez-le-feu immédiat… La voix des armes doit se taire, tandis que doit s’élever la voix de la fraternité et de la justice. » Cette antithèse ,armes contre fraternité , traduit l’alternative radicale entre la logique de mort et l’Évangile de paix. Le pape refuse le fatalisme : la guerre n’est pas inévitable, elle est le fruit de choix humains, qui peuvent être inversés.

C’est sans doute l’expression la plus frappante de ce dimanche : « Prions Dieu pour qu’Il mette fin à la pandémie des armes, grandes et petites, qui infecte notre monde. »


En qualifiant la prolifération des armes de « pandémie », Léon XIV change de registre. Il ne parle plus seulement d’un problème politique ou économique, mais d’un mal qui agit comme une infection mondiale. Le vocabulaire rappelle la crise du Covid-19 : un phénomène global, destructeur, qui exige une réponse collective.Cette image révèle une conviction théologique : la violence armée n’est pas seulement un accident extérieur, mais un virus spirituel qui corrompt la société. La paix n’est donc pas une option diplomatique parmi d’autres, mais un impératif vital.

De l’humilité comme libération intérieure jusqu’à l’appel à « mettre fin à la pandémie des armes », Léon XIV a proposé une lecture évangélique du monde actuel. Ses citations, simples et incisives, tracent un itinéraire : renoncer à la compétition, choisir le service, bâtir la paix, défendre les pauvres et protéger la création.Un discours qui, dans sa cohérence, fait écho à l’appel de l’Évangile : transformer les logiques de mort en chemins de vie.

Texte du PAPE LÉON XIV pour l’Angélus

Place Saint-Pierre
Dimanche 31 août 2025

« Chers frères et sœurs, bon dimanche !

Se retrouver ensemble à table, surtout les jours de repos et de fête, est un signe de paix et de communion, dans toutes les cultures. Dans l’Évangile de ce dimanche (Lc 14, 1.7-14), Jésus est invité à déjeuner par l’un des chefs des pharisiens. Recevoir des invités élargit l’espace du cœur, être invité demande l’humilité d’entrer dans le monde de l’autre. Une culture de la rencontre se nourrit de ces gestes qui rapprochent.

Il n’est pas toujours facile de se rencontrer. L’évangéliste remarque que les convives « observaient » Jésus qui était généralement regardé avec une certaine méfiance par les interprètes les plus rigoureux de la tradition. Néanmoins, la rencontre a lieu car Jésus se rend vraiment proche, il ne reste pas en dehors de la situation. Il se fait hôte véritable, avec respect et authenticité. Il renonce aux bonnes manières qui ne sont que formalités pour éviter de s’impliquer réciproquement. C’est ainsi que, dans son style propre, il décrit ce qu’il voit à l’aide d’une parabole et invite ceux qui l’observent à réfléchir. Il a en effet remarqué qu’il y a une course pour prendre les premières places. Cela se produit encore aujourd’hui, non pas en famille mais lorsqu’il est important de “se faire remarquer” ; alors, le fait d’être ensemble se transforme en compétition.

Sœurs et frères, nous asseoir ensemble à la table eucharistique le jour du Seigneur c’est aussi laisser la parole à Jésus. Il se fait volontiers notre hôte et peut nous décrire tel qu’il nous voit. Il est très important de nous voir à travers son regard : repenser à la façon dont nous réduisons souvent la vie à une compétition, à la façon dont nous nous dégradons pour obtenir une certaine reconnaissance, à la façon dont nous nous comparons inutilement aux autres. S’arrêter pour réfléchir, se laisser ébranler par une parole qui remet en question les priorités qui occupent notre cœur : voilà une expérience de liberté. Jésus nous appelle à la liberté.

Dans l’Évangile, Il utilise le mot “humilité” pour décrire la forme accomplie de la liberté (cf. Lc 14, 11). L’humilité, en effet, c’est la liberté par rapport à soi-même. Elle naît lorsque le Royaume de Dieu et sa justice ont vraiment suscité notre intérêt et que nous pouvons nous permettre de regarder au loin : pas le bout de nos pieds, mais au loin ! Ceux qui s’exaltent, en général, semblent n’avoir rien trouvé de plus intéressant qu’eux-mêmes et, mais au fond, ils sont très peu sûrs d’eux-mêmes. Ceux en revanche qui ont compris qu’ils sont précieux aux yeux de Dieu, ceux qui sentent profondément qu’ils sont fils ou filles de Dieu, possèdent de plus grandes choses dont ils peuvent se glorifier et une dignité qui brille d’elle-même. Celle-ci passe au premier plan, occupe la première place sans effort et sans stratégies, lorsque, au lieu de se servir des situations, ils apprennent à servir.

Très chers amis, demandons aujourd’hui que l’Église soit pour chacun un lieu d’apprentissage de l’humilité, cette maison où l’on est toujours les bienvenus, où les places ne sont pas à conquérir, où Jésus peut encore prendre la parole et nous éduquer à son humilité, à sa liberté. Marie, que nous prions maintenant, est la véritable Mère de cette maison.

L’Après Angélus

Chers frères et sœurs,

la guerre en Ukraine continue de semer malheureusement la mort et la destruction. Ces derniers jours, encore, des bombardements ont frappé plusieurs villes, y compris la capitale Kiev, faisant de nombreuses victimes. Je renouvelle ma proximité avec le peuple ukrainien et toutes les familles meurtries. J’invite chacun à ne pas céder à l’indifférence, mais à se faire proche par la prière et par des gestes concrets de charité. Je réitère avec force mon appel pressant en faveur d’un cessez-le-feu immédiat et d’un engagement sérieux dans le dialogue. Il est temps que les responsables renoncent à la logique des armes et s’engagent sur la voie de la négociation et de la paix, avec le soutien de la communauté internationale. La voix des armes doit se taire, tandis que doit s’élever la voix de la fraternité et de la justice.

Nos prières pour les victimes de la tragique fusillade qui a eu lieu pendant une messe scolaire dans l’État américain du Minnesota rejoignent celles pour les innombrables enfants tués et blessés chaque jour dans le monde entier. Prions Dieu pour qu’Il mette fin à la pandémie des armes, grandes et petites, qui infecte notre monde. Que notre Mère Marie, Reine de la Paix, nous aide à accomplir la prophétie d’Isaïe : « De leurs épées, ils forgeront des socs, et de leurs lances, des faucilles » (Is 2, 4).

Nos cœurs sont également blessés par la mort de plus de cinquante personnes et la disparition d’une centaine d’autres dans le naufrage d’une embarcation chargée de migrants qui tentaient de parcourir 1 100 kilomètres vers les îles Canaries, et qui a chaviré au large de la côte atlantique de la Mauritanie. Cette tragédie mortelle se répète chaque jour partout dans le monde. Prions pour que le Seigneur nous enseigne, en tant qu’individus et en tant que société, à mettre pleinement en pratique sa parole : « J’étais étranger et vous m’avez accueilli » (Mt 25, 35).

Nous confions tous nos blessés, disparus et morts, partout dans le monde, à l’étreinte aimante de notre Sauveur.

C’est demain, 1er septembre, la Journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la création. Il y a dix ans, le Pape François, en syntonie avec le Patriarche œcuménique Bartholomée Ier, a institué cette Journée pour l’Église catholique. Elle est plus importante et urgente que jamais et a pour thème cette année « Semences de paix et d`espérance ». Unis à tous les chrétiens, nous la célébrons et la prolongeons par le « Temps de la Création » jusqu’au 4 octobre, fête de saint François d’Assise. Dans l’esprit du Cantique de frère Soleil, composé par celui-ci il y a 800 ans, nous louons Dieu et renouvelons notre engagement à ne pas ruiner son don, mais à prendre soin de notre maison commune.

Je vous salue chacun avec affection, fidèles de Rome et pèlerins d’Italie et de divers pays. Je salue en particulier les groupes paroissiaux de Quartu Sant’Elena, Morigerati, Venegono, Rezzato, Brescello, Boretto et Gualtieri, Val di Gresta, Valmadrera, Stiatico, Sortino et Casadio ; ainsi que le groupe de familles de Lucques venu par la Via Francigena.

Je salue également la Fraternità Laicale delle Suore Dimesse de Padoue, les jeunes de l’Action Catholique et de l’AGESCI de Reggio Calabria, les jeunes de Gorla Maggiore et les confirmands de Castel San Pietro Terme ; ainsi que le Mouvement Shalom de San Miniato avec la Philharmonie Angiolo del Bravo, l’Association “Note libere” de Taviano et le groupe “Genitori Orsenigo”.

Bon dimanche à tous ! »

Source Vatican

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