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[ Moyen-Orient ] « Face à la possibilité d’une tragédie aux proportions immenses », le pape Léon XIV appelle à « la responsabilité morale d’arrêter la spirale de la violence »

Le Pape Léon XIV lors de l'Angelus - DR
Le Pape Léon XIV lors de l'Angelus - DR
Dans son intervention dominicale, le Saint-Père s’est montré très préoccupé par la situation au Moyen-Orient, évoquant des « heures dramatiques » et appelant avec gravité à une désescalade urgente ( intégralité du texte )

Ce dimanche, lors de l’Angélus, le pape Léon XIV a d’abord offert aux fidèles une méditation théologique sur la Transfiguration, avant d’élargir son regard aux drames du monde. Son propos, enraciné dans l’Évangile, a dessiné une ligne claire : la lumière du Christ n’est pas une échappatoire spirituelle, elle est une réponse au tragique de l’histoire. Commentant le récit de saint Matthieu, le Saint-Père a rappelé que « le Verbe fait chair se tient entre la Loi et la Prophétie : il est la Sagesse vivante, qui porte à son accomplissement toute parole divine ». En situant le Christ entre Moïse et Élie, il souligne l’unité organique de la Révélation. Rien n’est aboli, tout est accompli.

Lorsque la voix du Père proclame : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé », tandis que l’Esprit enveloppe Jésus d’une « nuée lumineuse », le pape Léon XIV met en évidence le style même de Dieu. Il parle d’une « gloire humble, qui ne s’exhibe pas comme un spectacle pour les foules, mais comme une confidence solennelle ». Cette formule mérite attention : la gloire divine ne s’impose pas par la force, elle se donne dans l’intimité, elle requiert un regard purifié.

Le cœur théologique de la méditation se trouve sans doute dans cette affirmation : « La Transfiguration anticipe la lumière de Pâques, événement de mort et de résurrection, de ténèbres et de lumière nouvelle que le Christ irradie sur tous les corps flagellés par la violence ». Le pape ne spiritualise pas la souffrance, il l’assume. Les « corps crucifiés par la douleur » et « abandonnés dans la misère » deviennent le lieu même où resplendit la gloire de Dieu. La chair blessée n’est pas niée, elle est transfigurée.

Ainsi, face au mal qui « réduit notre chair à une marchandise ou à une masse anonyme », le Rédempteur restaure la dignité concrète de l’homme. La révélation chrétienne apparaît alors comme « une surprise de salut », qui appelle une réponse personnelle : « Le vrai visage de Dieu trouve-t-il en nous un regard d’émerveillement et d’amour ? »

Après l’Angélus, l’appel grave à la paix

C’est dans cette perspective théologique que prennent tout leur poids les paroles prononcées après la prière mariale. Le Saint-Père a déclaré :

« Face à la possibilité d’une tragédie aux proportions immenses, j’adresse aux parties impliquées un appel pressant à assumer la responsabilité morale d’arrêter la spirale de la violence avant qu’elle ne devienne un gouffre irréparable. Que la diplomatie retrouve son rôle et que soit promu le bien des peuples, qui aspirent à une coexistence pacifique fondée sur la justice. Et continuons à prier pour la paix. »

Ces mots, d’une densité morale manifeste, traduisent une inquiétude réelle. En parlant de « tragédie aux proportions immenses », le pape Léon XIV ne dramatise pas, il mesure. L’expression renvoie à une possible conflagration régionale dont les conséquences dépasseraient les frontières immédiates du conflit. L’insistance sur la « responsabilité morale » est significative. Le Saint-Siège ne dispose pas d’armées, mais il rappelle aux nations qu’aucune décision stratégique n’est neutre devant Dieu. Arrêter « la spirale de la violence » suppose une conversion des logiques politiques elles-mêmes. La violence, lorsqu’elle s’auto-alimente, devient un « gouffre irréparable », image d’une rupture profonde du tissu humain.

En affirmant que « la stabilité et la paix ne se construisent ni par des menaces réciproques, ni par les armes », le pape Léon XIV réaffirme la doctrine constante de l’Église sur la primauté du dialogue et de la justice. La diplomatie, dit-il, doit « retrouver son rôle ». Ce verbe suggère qu’elle a été marginalisée au profit d’une logique d’affrontement. L’appel s’étend également aux tensions entre le Pakistan et l’Afghanistan, ainsi qu’aux populations du Minas Gerais frappées par des inondations. Le regard pontifical embrasse ainsi à la fois les conflits armés et les catastrophes naturelles, rappelant que la sollicitude pastorale ne connaît pas de frontières.

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Ce qui frappe, à l’écoute de l’ensemble de l’intervention, c’est la cohérence entre la contemplation du Thabor et l’angoisse des peuples. La lumière contemplée par Pierre, Jacques et Jean n’est pas séparée des ténèbres du monde. Elle en est la réponse. En ce temps de Carême, le pape Léon XIV invite à « un temps de silence pour écouter la Parole, un temps de conversion pour goûter la compagnie du Seigneur ». Cette conversion n’est pas seulement individuelle, elle a une dimension historique. Une diplomatie renouvelée, un arrêt de la violence, une paix fondée sur la justice supposent des cœurs transfigurés.

Ainsi, la parole pontificale articule mystère et responsabilité. La Transfiguration révèle le destin ultime de l’homme ; l’appel à la paix rappelle l’urgence du présent. Entre la montagne lumineuse et les « heures dramatiques » du Moyen-Orient, une même certitude traverse le message : seule la lumière du Christ peut empêcher que l’histoire ne s’abîme dans l’irréparable.

intégralité du texte de l’Angelus et d’après l ‘Angelus

Traduction Tribune Chrétienne

« Chers frères et sœurs, bon dimanche !

Aujourd’hui, l’Évangile de la liturgie compose pour nous tous une icône pleine de lumière, en racontant la Transfiguration du Seigneur (cf. Mt 17, 1-9). Pour la représenter, l’Évangéliste trempe son stylet dans la mémoire des Apôtres, peignant le Christ entre Moïse et Élie. Le Verbe fait chair se tient entre la Loi et la Prophétie : il est la Sagesse vivante, qui porte à son accomplissement toute parole divine. Tout ce que Dieu a commandé et inspiré aux hommes trouve en Jésus sa manifestation pleine et définitive.

Comme au jour du baptême au Jourdain, aujourd’hui encore sur la montagne nous entendons la voix du Père, qui proclame : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé », tandis que l’Esprit Saint enveloppe Jésus d’une « nuée lumineuse » (Mt 17, 5). Par cette expression, vraiment singulière, l’Évangile décrit le style de la révélation de Dieu. Lorsqu’il se rend visible, le Seigneur manifeste son excès à notre regard : devant Jésus, dont le visage resplendit « comme le soleil » et dont les vêtements deviennent « blancs comme la lumière » (cf. v. 2), les disciples admirent la splendeur humaine de Dieu. Pierre, Jacques et Jean contemplent une gloire humble, qui ne s’exhibe pas comme un spectacle pour les foules, mais comme une confidence solennelle.

La Transfiguration anticipe la lumière de Pâques, événement de mort et de résurrection, de ténèbres et de lumière nouvelle que le Christ irradie sur tous les corps flagellés par la violence, sur les corps crucifiés par la douleur, sur les corps abandonnés dans la misère. En effet, tandis que le mal réduit notre chair à une marchandise ou à une masse anonyme, cette même chair resplendit de la gloire de Dieu. Le Rédempteur transfigure ainsi les plaies de l’histoire, illuminant notre intelligence et notre cœur : sa révélation est une surprise de salut. En sommes-nous fascinés ? Le vrai visage de Dieu trouve-t-il en nous un regard d’émerveillement et d’amour ?

À la désespérance de l’athéisme, le Père répond par le don du Fils Sauveur ; à la solitude agnostique, l’Esprit Saint nous rachète en offrant une communion éternelle de vie et de grâce ; face à notre faible foi, se tient l’annonce de la résurrection future : voilà ce que les disciples ont vu dans l’éclat du Christ, mais pour le comprendre il faut du temps (cf. Mt 17, 9). Un temps de silence pour écouter la Parole, un temps de conversion pour goûter la compagnie du Seigneur.

Alors que nous vivons tout cela durant le Carême, demandons à Marie, Maîtresse de prière et Étoile du matin, de garder nos pas dans la foi.

Après l’Angélus

Chers frères et sœurs !

Je suis avec une profonde préoccupation ce qui se passe au Moyen-Orient et en Iran, en ces heures dramatiques. La stabilité et la paix ne se construisent ni par des menaces réciproques, ni par les armes, qui sèment destruction, douleur et mort, mais seulement à travers un dialogue raisonnable, authentique et responsable.

Face à la possibilité d’une tragédie aux proportions immenses, j’adresse aux parties impliquées un appel pressant à assumer la responsabilité morale d’arrêter la spirale de la violence avant qu’elle ne devienne un gouffre irréparable. Que la diplomatie retrouve son rôle et que soit promu le bien des peuples, qui aspirent à une coexistence pacifique fondée sur la justice. Et continuons à prier pour la paix.

Ces jours-ci parviennent également des nouvelles préoccupantes d’affrontements entre le Pakistan et l’Afghanistan. J’élève ma supplication pour un retour urgent au dialogue. Prions ensemble afin que la concorde prévale dans tous les conflits à travers le monde. Seule la paix, don de Dieu, peut guérir les blessures entre les peuples.

Je suis proche des populations de l’État brésilien du Minas Gerais, frappées par de violentes inondations. Je prie pour les victimes, pour les familles qui ont perdu leur maison et pour tous ceux qui sont engagés dans les opérations de secours.

Je vous salue avec affection, vous tous, Romains et pèlerins venus de divers pays, en particulier le groupe de Camerounais vivant à Rome, accompagnés du Président de la Conférence épiscopale de leur pays, que, si Dieu le veut, j’aurai la joie de visiter au mois d’avril.

Je souhaite la bienvenue aux fidèles du diocèse de Iaşi en Roumanie, à ceux de Budimir près de Košice en Slovaquie, du Massachusetts aux États-Unis et à la Confrérie du Santísimo Cristo de la Buena Muerte de Jaén, en Espagne.

Je salue les fidèles de Naples, Torre del Greco et Afragola, de Caraglio et Valle Grana, de Comitini, Crotone, Silvi Marina et de la paroisse Saint-Louis-de-Gonzague à Rome ; ainsi que les chefs scouts du groupe « Val d’Illasi », près de Vérone, et les jeunes de Faenza qui ont reçu la Confirmation.

À tous, je souhaite un bon dimanche ! »

Source Vatican

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