Alors même que l’évêque nigérian Monseigneur Wilfred Chikpa Anagbe, évêque de Makurdi, affirmait dans une interview parue ce jour : « Moi, évêque au Nigeria, je vous dis qu’un génocide des chrétiens est en cours », un cri que le monde peine encore à entendre, une nouvelle vague de violences a frappé les communautés chrétiennes du nord-ouest du pays. Dimanche, des hommes armés ont attaqué simultanément trois églises dans l’État de Kaduna, enlevant plus de 160 fidèles alors que des offices et une messe étaient en cours. Les attaques se sont déroulées à Kurmin Wali, une communauté forestière isolée de la zone de Kajuru, difficile d’accès et faiblement sécurisée.

Selon Usman Danlami Stingo, député représentant la circonscription au parlement de l’État de Kaduna, les assaillants ont pris pour cible une église de l’Evangelical Church Winning All, une église de la dénomination Cherubim and Seraphim, ainsi qu’une église catholique. Les hommes armés ont fait irruption pendant les célébrations, semant la panique avant d’enlever massivement les fidèles présents.Les chiffres communiqués par les autorités locales et religieuses font état d’un enlèvement à grande échelle. D’après les informations recueillies auprès des responsables des églises et des élus locaux, 177 personnes étaient initialement portées disparues. Onze fidèles ont depuis réussi à s’échapper, laissant encore 168 personnes retenues par leurs ravisseurs. Des responsables de la Christian Association of Nigeria pour le nord du pays évoquent un bilan comparable, confirmant qu’au moins 160 chrétiens restent aux mains des groupes armés.
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La police de l’État de Kaduna n’a pas communiqué de bilan officiel détaillé. Les forces de sécurité expliquent régulièrement que la configuration géographique de ces zones, marquées par des forêts denses et un réseau routier dégradé, rend les interventions rapides et la collecte d’informations particulièrement complexes dans les heures suivant les attaques.Aucun groupe n’a revendiqué ces enlèvements. Toutefois, le mode opératoire correspond à celui de bandes armées opérant depuis des enclaves forestières, responsables depuis plusieurs années d’une multiplication des kidnappings dans le nord du Nigeria. Villages, écoles et désormais lieux de culte figurent parmi leurs cibles privilégiées, les enlèvements servant le plus souvent à extorquer des rançons.
Le nord du pays est aujourd’hui la région la plus durement touchée par cette insécurité endémique. Les communautés chrétiennes, régulièrement visées, dénoncent une situation devenue intenable, où se rendre à l’église peut désormais exposer à un risque mortel ou à une captivité prolongée. Ces attaques contre des lieux de culte en pleine célébration sont perçues par de nombreux responsables ecclésiaux comme une véritable profanation, tant elles violent le caractère sacré de ces espaces et la liberté religieuse.
Ces violences ont également suscité des réactions à l’étranger. Aux États-Unis, plusieurs responsables politiques, dont le président Donald Trump, ont dénoncé à plusieurs reprises ce qu’ils qualifient de persécutions visant les chrétiens nigérians. Washington a récemment affirmé avoir mené des frappes contre des groupes islamistes dans le nord du pays, sans que ces opérations ne parviennent pour l’instant à enrayer durablement les attaques sur le terrain.Alors que les forces de sécurité affirment poursuivre les recherches pour localiser les ravisseurs et libérer les otages, l’angoisse demeure vive parmi les familles des disparus. Pour beaucoup de chrétiens du Nigeria, ces enlèvements massifs confirment une réalité de plus en plus brutale : pratiquer sa foi, dans certaines régions du pays, reste un acte dangereux, payé au prix de la liberté et parfois de la vie.


