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Nouvelle dérive du journal La Croix : l’anthropologie chrétienne accusée de nourrir la « culture du viol »

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On n’est plus à un excès près chez La Croix. Mais il fallait tout de même oser. Dans une chronique publiée le 7 mars, le journal catholique en vient à suggérer que certains enseignements de la préparation au mariage relèveraient des « contours de la culture du viol »

Par un prêtre diocésain de Paris*

Derrière la moquerie et les caricatures, c’est en réalité l’anthropologie chrétienne elle-même qui se trouve implicitement mise en accusation. Il faut lire la chronique publiée le 7 mars dans La Croix pour mesurer jusqu’où peut aller aujourd’hui la confusion intellectuelle dans une partie de la presse dite catholique. Sous couvert de raconter les « dingueries » entendues lors d’une préparation au mariage, la journaliste Youna Rivallain tourne en dérision des éléments de pédagogie pastorale utilisés dans certaines paroisses. Jusque-là, on pourrait croire à un simple billet d’humeur. Mais la chronique franchit un seuil autrement plus grave lorsqu’elle laisse entendre que certains discours entendus dans ces sessions pourraient relever des « contours de la culture du viol ». Autrement dit, ce ne sont plus seulement des métaphores maladroites qui sont critiquées, c’est l’ensemble d’un cadre anthropologique qui est placé sous suspicion.

Le procédé est connu. On commence par ironiser sur quelques formules pédagogiques, présentées comme « essentialisantes ». On caricature ensuite la différence entre l’homme et la femme en la réduisant à des clichés domestiques. Puis l’on introduit progressivement un vocabulaire lourd de connotations morales, jusqu’à évoquer la « culture du viol ».

L’amalgame est alors installé. Ce qui était une simple critique pastorale devient une mise en accusation implicite de l’enseignement chrétien lui-même.

Car enfin, que dit réellement l’Église sur l’homme et la femme ? Elle affirme ce que la révélation biblique proclame depuis l’origine : l’humanité est créée dans la différence sexuelle. « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa », lit-on au premier chapitre de la Genèse. Cette différence n’est pas un accident sociologique, ni un héritage culturel que l’on pourrait effacer au gré des sensibilités contemporaines. Elle appartient à la structure même de la création. Saint Jean-Paul II a consacré des années d’enseignement à cette question dans ce que l’on appelle la théologie du corps. Il y explique que la masculinité et la féminité expriment deux manières d’être personne et deux manières complémentaires d’entrer dans la communion. Loin de justifier une domination quelconque, cette vision repose au contraire sur l’égalité radicale de dignité entre l’homme et la femme. La différence n’est pas une hiérarchie, mais une complémentarité orientée vers l’amour et le don.

Le Catéchisme de l’Église catholique rappelle ainsi que le mariage est « l’alliance par laquelle un homme et une femme constituent entre eux une communauté de toute la vie ». Cette alliance n’est pas une construction sociale provisoire, mais un sacrement enraciné dans la création elle-même et élevé par le Christ à la dignité d’un signe de son amour pour l’Église.

C’est précisément ce que la préparation au mariage tente d’expliquer, souvent avec des moyens modestes, parfois avec des images imparfaites, mais toujours avec la volonté de transmettre un trésor spirituel. Des couples bénévoles prennent sur leur temps libre pour accompagner d’autres couples, les aider à réfléchir à la fidélité, à la fécondité, au pardon, à la prière dans le couple, à l’éducation des enfants. Des prêtres rappellent la dimension sacramentelle de l’engagement conjugal. Dans une société où le mariage est de plus en plus fragile, où les séparations se multiplient, ce travail pastoral constitue l’un des rares espaces où l’on parle encore sérieusement de la durée, de la responsabilité et du don de soi. Et pourtant, c’est ce travail que la chronique choisit de tourner en dérision.

Plus étonnant encore est l’accusation insinuée à propos d’une anecdote racontée lors d’une intervention sur l’éducation affective. Une jeune femme refuse une relation sexuelle et le jeune homme accepte ce refus. L’intervenante souligne le courage qu’il peut parfois falloir pour renoncer à ses désirs immédiats et respecter la décision de l’autre. Où est le scandale ? Dans la morale chrétienne, cette maîtrise de soi porte un nom : la chasteté. Elle n’est pas une répression mais une liberté intérieure, la capacité d’aimer sans réduire l’autre à un objet de satisfaction.

Assimiler un discours sur la maîtrise de soi et le respect du consentement à une culture de la violence sexuelle relève donc d’un contresens moral absolu.

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L’Église n’a cessé de rappeler que la sexualité humaine doit être vécue dans le respect de la personne et dans le cadre de l’amour fidèle. Saint Jean-Paul II affirmait déjà que l’homme ne peut se trouver pleinement que dans le don sincère de lui-même. Cette vision de la sexualité, fondée sur la dignité de la personne, est tout sauf une légitimation de la violence.Mais la chronique ne s’arrête pas là. Elle suggère que les enseignements entendus en préparation au mariage seraient le produit d’une époque et qu’ils devraient être renouvelés. Derrière cette formule apparemment anodine se cache une question bien plus profonde : l’anthropologie chrétienne doit-elle se conformer aux catégories idéologiques du moment ?

L’histoire de l’Église donne une réponse claire. Si les méthodes pastorales peuvent évoluer, la vérité sur l’homme ne dépend pas des modes intellectuelles. L’homme et la femme ne sont pas des constructions interchangeables que chaque génération pourrait redéfinir à sa guise. Ils sont créés différents, appelés à une communion qui trouve dans le mariage son expression sacramentelle. Lorsque cette vérité est ridiculisée, ce n’est pas seulement un carnet paroissial qui est visé. C’est l’idée même qu’il existe une nature humaine donnée, une vérité sur l’amour, une sagesse inscrite dans la création.

Que certaines métaphores utilisées dans des sessions paroissiales puissent paraître datées n’a rien d’étonnant. Toute pédagogie s’inscrit dans un contexte culturel. Mais transformer ces approximations en accusation morale contre l’enseignement de l’Église relève d’une démarche profondément injuste, stigmatisante et idéologiquement non innocente… Il est d’ailleurs paradoxal de voir un journal catholique adopter si volontiers les catégories idéologiques qui dominent aujourd’hui le débat public. Depuis plusieurs années, les thèmes de la déconstruction anthropologique se diffusent dans les milieux médiatiques : négation de la différence sexuelle, suspicion systématique envers la tradition chrétienne, réduction de toute norme morale à un mécanisme d’oppression.

Lorsque ces catégories deviennent l’angle d’analyse d’un journal qui se réclame de la tradition catholique, le malaise est inévitable.

La préparation au mariage catholique n’est certes pas parfaite. Elle peut être améliorée, enrichie, approfondie. Mais elle reste l’un des lieux où l’Église tente encore de transmettre une vision exigeante et profondément humaine de l’amour conjugal. Une vision qui affirme que l’homme et la femme sont appelés à une alliance fidèle, ouverte à la vie, enracinée dans la grâce du sacrement. Ce que la chronique présente comme des « dingueries » n’est souvent rien d’autre que cette vérité simple et ancienne : l’amour humain ne se réduit ni au désir immédiat ni aux catégories sociologiques du moment. Il s’enracine dans une réalité plus profonde, celle de la création et du don de soi. Il est toujours légitime de débattre des méthodes pastorales. Mais encore faut-il éviter les amalgames et les procès d’intention. Lorsque l’anthropologie chrétienne se retrouve implicitement associée à la « culture du viol », ce n’est plus une critique interne. C’est une dérive.

Et il est permis de s’en inquiéter.

*Nous recevons de très nombreux mails en réaction à l’actualité chrétienne, envoyés par des laïcs, des religieux et même des évêques. Nous en publions régulièrement certains. Vous pouvez nous écrire à : redaction@tribunechretienne.com.

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