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Pape Léon XIV : « Dieu est enseveli. Il faut alors le déterrer à nouveau »

Pape Léon XIV - DR
Pape Léon XIV - DR
Citant la jeune mystique juive Etty Hillesum, le souverain pontife a évoqué l’image d’un Dieu parfois enseveli sous les pierres et le sable de nos vies, appelant les croyants à le « déterrer » par une conversion intérieure renouvelée ( texte intégral)

L’Angélus de ce troisième dimanche de Carême s’inscrit dans la grande tradition catéchuménale de l’Église. Le pape Léon XIV rappelle que les grands récits évangéliques proclamés en cette période, la Samaritaine, l’aveugle-né, Lazare, ont accompagné dès les premiers siècles le chemin des futurs baptisés vers Pâques. Dans cette perspective, il souligne que le Christ vient répondre à l’une des expériences les plus universelles de la condition humaine : la soif. Comme il le rappelle dans son commentaire de l’Évangile de saint Jean, « Jésus est en effet la réponse de Dieu à notre soif ».

Etty Hillesum

Cette affirmation touche un point central de la théologie chrétienne. Depuis saint Augustin, l’Église affirme que l’homme est marqué par un désir fondamental de Dieu, inscrit dans sa nature même. La rencontre avec le Christ n’est donc pas simplement l’adhésion à une doctrine ou à une morale, mais la découverte de la source capable d’étancher cette soif spirituelle. Le pape prolonge cette intuition en citant la parole du Seigneur à la Samaritaine : « une source d’eau jaillissant en vie éternelle ». L’image est d’une grande richesse théologique. Elle signifie que la grâce ne se contente pas de répondre à un besoin momentané, elle devient en l’homme un principe vivant, une source intérieure.

C’est dans ce contexte que Léon XIV introduit une citation saisissante tirée du journal d’Etty Hillesum. La jeune femme juive, morte à Auschwitz en 1943, écrivait : « Parfois, je parviens à l’atteindre, mais le plus souvent, elle est recouverte de pierres et de sable : ainsi Dieu est enseveli. Il faut alors le déterrer à nouveau ».

Le pape reprend cette image pour exprimer une vérité spirituelle profonde. Dieu n’est pas absent du cœur humain, mais sa présence peut être recouverte. L’homme moderne ne souffre pas nécessairement d’un manque de Dieu, mais d’une incapacité à percevoir sa présence. Le péché, les préoccupations quotidiennes, les blessures intérieures, mais aussi l’indifférence spirituelle peuvent recouvrir cette source. L’image des pierres et du sable évoque un cœur encombré, dispersé, incapable d’accéder à la profondeur de sa propre vie intérieure.Ainsi, lorsque Léon XIV affirme que « Dieu est enseveli », il ne suggère pas une absence divine, mais une obscurité spirituelle. La vie chrétienne consiste alors à retirer ce qui recouvre la source.

Dans cette perspective, le pape présente le Carême comme un temps privilégié de purification du cœur. Il affirme : « il n’y a pas de meilleure manière d’utiliser notre énergie que de la consacrer à libérer notre cœur ». Cette expression est particulièrement significative. Elle rappelle que la conversion chrétienne n’est pas d’abord un effort moral extérieur, mais une œuvre intérieure. Le Carême devient un temps de dégagement spirituel, un moment où l’homme apprend à enlever les pierres et le sable qui recouvrent la source. La prière, le jeûne et la charité ne sont donc pas de simples pratiques ascétiques. Ils participent d’un travail plus profond : rendre à l’homme sa liberté intérieure et rouvrir l’accès à la présence de Dieu. La tradition spirituelle de l’Église a souvent décrit cette démarche comme une descente vers le cœur. Léon XIV reprend implicitement cette tradition en invitant les fidèles à retrouver la source intérieure.

L’Angélus ne s’arrête pas à cette dimension personnelle. Le pape développe également une réflexion ecclésiale à partir de l’attitude de Jésus envers la Samaritaine. Il rappelle que les disciples s’étonnent de voir leur Maître parler avec une femme étrangère. Pourtant, Jésus dépasse les barrières culturelles et religieuses de son époque. C’est pourquoi le pape insiste sur l’appel adressé à l’Église : « Lève les yeux et reconnais les surprises de Dieu ! ». Dans cette phrase résonne une invitation à changer de regard. Les disciples ne voient rien dans les champs, mais Jésus affirme que la moisson est déjà prête. Autrement dit, la grâce agit souvent de manière invisible.

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La mission de l’Église consiste précisément à reconnaître ces signes de la grâce à l’œuvre dans le monde. Le pape souligne que la Samaritaine devient elle-même témoin du Christ, au point que « la foi jaillit comme une eau pure » chez ceux qui l’écoutent. Ainsi, celui qui a rencontré la source devient à son tour porteur d’eau pour les autres.

Un autre aspect important du commentaire pontifical concerne l’attitude pastorale de l’Église. Léon XIV insiste sur la délicatesse du Christ dans sa rencontre avec la Samaritaine. Il rappelle que Jésus lui parle « sans arrière-pensée et sans mépris ». Cette précision n’est pas anodine. Elle souligne que l’évangélisation authentique naît d’une rencontre marquée par le respect et l’écoute. Le pape ajoute une remarque particulièrement concrète : « Combien de personnes recherchent dans l’Église cette même délicatesse, cette disponibilité ! »

Dans une société souvent marquée par la suspicion ou la confrontation, l’Église est appelée à refléter la patience du Christ. Le témoignage chrétien ne se réduit pas à l’annonce d’une vérité, il se manifeste aussi dans une manière d’accueillir et d’écouter. Léon XIV conclut sa méditation en rappelant une parole essentielle de l’Évangile de Jean. Jésus annonce que les véritables adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité. Le pape en tire une conséquence ecclésiale et spirituelle : « Ce n’est pas le moment des oppositions entre un temple et un autre, entre “nous” et “les autres”. »

Cette affirmation ne signifie pas l’effacement de la vérité chrétienne, mais la redécouverte de ce qui fonde la véritable adoration. La foi chrétienne ne se réduit pas à une appartenance identitaire, elle est une relation vivante avec Dieu. Adorer en esprit et en vérité signifie reconnaître la primauté de Dieu et laisser sa grâce transformer le cœur.Au fond, l’Angélus de ce dimanche propose une véritable pédagogie spirituelle. Dieu n’est pas loin de l’homme, mais l’homme doit parfois dégager le chemin qui mène à lui. L’image reprise par Léon XIV demeure particulièrement forte. Si Dieu semble absent, ce n’est peut-être pas parce qu’il a disparu, mais parce que la source est recouverte.

Le travail spirituel consiste alors à enlever les pierres et le sable, afin que l’eau vive jaillisse à nouveau. Dans la lumière du Carême, cette invitation prend tout son sens : redécouvrir, au plus profond du cœur, la présence de celui qui seul peut étancher la soif de l’homme.

INTEGRALITE DU TEXTE DU PAPE LÉON XIV

ANGÉLUS

Place Saint-Pierre
Dimanche 8 mars 2026

« Chers frères et sœurs, bon dimanche !

Le dialogue entre Jésus et la Samaritaine, la guérison de l’aveugle-né et la résurrection de Lazare, depuis les premiers siècles de l’histoire de l’Église, éclairent le chemin de ceux qui, à Pâques, recevront le baptême et commenceront une nouvelle vie. Ces grandes pages évangéliques, que nous lisons à partir de ce dimanche, sont offertes aux catéchumènes, mais elles sont en même temps réécoutées par toute la communauté, car elles aident à devenir chrétiens ou, si on l’est déjà, à l’être avec plus d’authenticité et de joie.

Jésus est en effet la réponse de Dieu à notre soif. Comme il le suggère à la Samaritaine, la rencontre avec lui active au plus profond de chacun « une source d’eau jaillissant en vie éternelle » (Jn 4, 14). Combien de personnes, dans le monde entier, recherchent encore aujourd’hui cette source spirituelle ! « Parfois, je parviens à l’atteindre, écrivait la jeune Etty Hillesum dans son journal, mais le plus souvent, elle est recouverte de pierres et de sable : ainsi Dieu est enseveli. Il faut alors le déterrer à nouveau » [1]. Très chers amis, il n’y a pas de meilleure manière d’utiliser notre énergie que de la consacrer à libérer notre cœur. C’est pourquoi le Carême est un don : nous entrons dans la troisième semaine et nous pouvons désormais intensifier notre cheminement !

Dans l’Évangile, il est également écrit que « ses disciples arrivèrent et s’étonnèrent de le voir parler à une femme » (Jn 4, 27). Ils ont tellement de mal à s’approprier sa mission que le Maître doit les provoquer : « Ne dites-vous pas : « Encore quatre mois, et c’est la moisson » ? Eh bien, je vous le dis : levez les yeux et regardez les champs qui sont déjà blonds pour la moisson » (Jn 4, 35). Le Seigneur dit encore à son Église : « Lève les yeux et reconnais les surprises de Dieu ! ». Dans les champs, quatre mois avant la moisson, on ne voit presque rien. Mais là où nous ne voyons rien, la Grâce est déjà à l’œuvre et les fruits sont prêts à être récoltés. La moisson est abondante : peut-être les ouvriers sont-ils peu nombreux, parce qu’ils sont distraits par d’autres activités. Jésus, en revanche, est attentif. Cette femme samaritaine, selon les coutumes, il aurait dû simplement l’ignorer ; au contraire, Jésus lui parle, l’écoute, lui accorde sa confiance sans arrière-pensée et sans mépris.

Combien de personnes recherchent dans l’Église cette même délicatesse, cette disponibilité ! Et comme il est beau de perdre la notion du temps pour prêter attention à ceux que nous rencontrons, tels qu’ils sont. Jésus en oubliait même de manger, tant il était nourri par la volonté de Dieu d’atteindre chacun au plus profond de lui-même (cf. Jn 4, 34). Ainsi, la Samaritaine devient la première d’une multitude d’évangélisatrices. De son village de méprisés et de rejetés, beaucoup, grâce à son témoignage, viennent à la rencontre de Jésus, et en eux aussi, la foi jaillit comme une eau pure.

Frères et sœurs, demandons aujourd’hui à Marie, Mère de l’Église, de pouvoir servir, avec Jésus et comme Jésus, l’humanité assoiffée de vérité et de justice. Ce n’est pas le moment des oppositions entre un temple et un autre, entre « nous » et « les autres » : les adorateurs que Dieu recherche sont des hommes et des femmes de paix, qui l’adorent en Esprit et en vérité (cf. Jn 4, 23-24).

À l’issue de l’Angélus

Chers frères et sœurs,

des nouvelles profondément inquiétantes continuent d’arriver d’Iran et de tout le Moyen-Orient. Aux épisodes de violence et de dévastation, au climat généralisé de haine et de peur, s’ajoute la crainte que le conflit ne s’étende et que d’autres pays de la région, parmi lesquels le cher Liban, ne sombrent à nouveau dans l’instabilité.

Nous élevons notre humble prière vers le Seigneur, afin que cesse le bruit des bombes, que les armes se taisent et qu’un espace de dialogue s’ouvre, dans lequel la voix des peuples puisse se faire entendre. Je confie cette supplication à Marie, Reine de la Paix : qu’elle intercède pour ceux qui souffrent à cause de la guerre et qu’elle accompagne les cœurs sur les chemins de la réconciliation et de l’espérance.

Aujourd’hui, 8 mars, c’est aussi la Journée de la femme. Renouvelons notre engagement, qui pour nous chrétiens est fondé sur l’Évangile, en faveur de la reconnaissance de l’égale dignité de l’homme et de la femme. Malheureusement, de nombreuses femmes, dès leur enfance, sont encore victimes de discrimination et subissent diverses formes de violence : c’est à elles que vont de manière particulière ma solidarité et ma prière.

Je souhaite la bienvenue aux étudiants venus de College Station, au Texas, de Kansas City, dans le Missouri, de Fort Wayne, dans l’Indiana, aux États-Unis d’Amérique, ainsi que de Jerez et Cadix, en Espagne ; ainsi qu’au groupe de pèlerins venus du Pérou, du Panama, du Honduras, du Mexique et du Chili.

Je salue les fidèles de Brescia, Castrolibero, Gravina di Puglia, Pérouse, et des paroisses Saint Clément Pape et San Pio da Pietrelcina à Rome.

Je salue la communauté « Casa di Maria » de Rome, le groupe de confirmands du diocèse d’Orvieto-Todi, les jeunes de Mantoue et l’équipe de rugby de Rovigo.

Je vous souhaite à tous un bon dimanche.

[1] Etty Hillesum, Diario, Milan 2012, 153. »

Source Vatican

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