Au Nicaragua, la répression des manifestations religieuses publiques se confirme une nouvelle fois en ce temps de Carême. Selon les informations rendues publiques par l’avocate et chercheuse nicaraguayenne en exil Martha Patricia Molina, plus de 400 chemins de croix ont été interdits à l’occasion du premier vendredi de Carême, 406 selon les derniers chiffres qu’elle a diffusés. Depuis 2019, les autorités dirigées par Daniel Ortega et Rosario Murillo empêchent systématiquement les manifestations religieuses publiques, contraignant les fidèles à limiter leurs expressions de foi à l’intérieur des églises. « Tout doit se faire à l’intérieur des temples », auraient exigé les autorités, selon la chercheuse.
Dans une publication diffusée sur les réseaux sociaux, Martha Patricia Molina écrit : « Jésus en croix reste confiné aux murs de chaque paroisse. La dictature a peur que les laïcs et les images sortent dans les rues pour prier et accomplir leurs promesses. » Elle appelle les fidèles à ne pas laisser leurs curés seuls face aux pressions, à continuer de documenter les agressions et à faire preuve de prudence en cas de présence policière, qu’elle soit en uniforme ou en civil. D’après les données qu’elle compile depuis plusieurs années, les interdictions s’inscrivent dans un phénomène de grande ampleur.
Depuis 2019, près de 27 000 processions et actes de piété populaire auraient été empêchés. Pour l’année 2026, 5 726 célébrations supplémentaires seraient visées, portant le total à plus de 27 000 actes religieux bloqués depuis le début des restrictions. Les mesures concerneraient 409 églises, réparties entre l’archidiocèse de Managua et les huit diocèses du pays.
La pression ne se limite pas à l’annulation des processions. Selon les témoignages recueillis, des agents de police se rendent dans les paroisses pour exiger la remise des programmes de la Semaine sainte et du Triduum pascal. Une présence policière serait prévue lors des célébrations de Carême, afin de vérifier que personne ne franchisse les limites des temples. Dans plusieurs localités, des fidèles rapportent des visites d’agents venus intimider les prêtres.
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Depuis les manifestations antigouvernementales de 2018, la situation de la liberté religieuse s’est nettement détériorée. Les agressions, principalement dirigées contre l’Église catholique, ont été relevées par le Mécanisme spécial de suivi pour le Nicaragua, ainsi que par des organisations internationales de défense des droits humains telles que Human Rights Watch, Christian Solidarity Worldwide et la Commission des États-Unis pour la liberté religieuse internationale. Toutes ont exprimé leur inquiétude face aux violations répétées de la liberté de religion ou de croyance.
Selon les rapports de Martha Patricia Molina, 309 religieux, évêques, prêtres, diacres, séminaristes et religieuses, ont été contraints à l’exil, expulsés ou empêchés de rentrer dans le pays depuis le début de la répression. Elle affirme également que les formes d’intimidation ont franchi un nouveau seuil, déclarant que « la police arrive chez les prêtres et les menace de les tuer ou de les emprisonner ».Dans ce contexte, les chemins de croix confinés à l’intérieur des églises apparaissent comme le signe visible d’une persécution plus large. Pour de nombreux croyants, ces restrictions ne constituent pas seulement une mesure de sécurité ou d’ordre public, mais une atteinte directe à la liberté religieuse et à la possibilité de manifester publiquement leur foi. L’Église poursuit néanmoins sa mission dans un cadre toujours plus restreint, tandis que la vie sacramentelle et la piété populaire demeurent sous étroite surveillance.


