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Persécutions des chrétiens au Nicaragua : depuis décembre 2025, le régime interdit l’entrée des Bibles aux touristes et aux voyageurs

église El Calvario à Léon , Nicaragua - Depositphotos
église El Calvario à Léon , Nicaragua - Depositphotos
Cette mesure ne concerne d’ailleurs pas uniquement les textes religieux, mais l’ensemble des publications imprimées, traduisant une méfiance profonde à l’égard de toute parole échappant au contrôle de l’État

Depuis la mi-décembre 2025, le régime de Daniel Ortega et Rosario Murillo a franchi un nouveau seuil dans sa politique de restrictions des libertés fondamentales en interdisant l’entrée de Bibles sur le territoire nicaraguayen. Cette mesure, rendue publique le 19 décembre 2025, vise explicitement les touristes et toute personne entrant dans le pays, en particulier par voie terrestre.Aux frontières et dans les principaux points de transit international, les voyageurs sont désormais avertis qu’il leur est interdit d’introduire dans leurs bagages des Bibles, mais aussi des livres, journaux et autres supports imprimés. L’interdiction s’applique de manière systématique et touche indistinctement touristes, pèlerins, missionnaires ou simples visiteurs. Le fait que la Bible figure explicitement parmi les objets interdits est perçu comme un geste à forte portée symbolique dans un pays à large majorité chrétienne.

Des prêtres nicaraguayens contraints à l’exil soulignent que cette interdiction ne relève pas d’une simple réglementation douanière : « La Sainte Écriture porte un message qui interpelle les consciences, dénonce l’injustice et se tient aux côtés des plus faibles« 

En limitant son entrée sur le territoire, le pouvoir cherche à empêcher toute lecture susceptible d’ouvrir un horizon différent de celui imposé par le discours officiel. Cette mesure ne concerne d’ailleurs pas uniquement les textes religieux, mais l’ensemble des publications imprimées, traduisant une méfiance profonde à l’égard de toute parole échappant au contrôle de l’État.

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Rappelons que depuis 2018, l’Église catholique au Nicaragua est confrontée à une répression progressive et structurée. À la suite de la crise sociale et politique de cette année-là, le régime a progressivement assimilé l’Église à une force d’opposition, en raison de sa proximité avec la population et de son engagement public en faveur des droits humains. Cette hostilité s’est traduite par des arrestations arbitraires de membres du clergé, des campagnes de harcèlement, des confiscations de biens ecclésiaux et la fermeture de nombreuses organisations religieuses et caritatives, fragilisant le tissu social du pays.À ces mesures se sont ajoutées des réformes législatives et fiscales adoptées ces dernières années, notamment la suppression des exonérations fiscales pour les institutions religieuses, obligeant désormais les églises à payer des impôts sur les dons et les offrandes. Ces décisions mettent en péril de nombreuses œuvres sociales, éducatives et pastorales menées au service de la population, en particulier des plus pauvres.

La pression exercée sur le clergé a conduit à l’exil forcé de nombreux prêtres, religieux et évêques. Plusieurs figures de l’Église, connues pour leur parole libre, ont été arrêtées, emprisonnées ou contraintes de quitter le pays. Le cas de Monseigneur Rolando Álvarez, évêque de Matagalpa, demeure emblématique de cette répression et continue de marquer profondément les fidèles nicaraguayens.

Dans le même temps, un climat de surveillance permanente s’est installé autour des lieux de culte. Des forces de police sont régulièrement déployées devant les églises, les fidèles sont observés et les homélies contrôlées, créant un climat d’intimidation destiné à dissuader toute expression critique.L’interdiction faite depuis décembre 2025 aux touristes et aux voyageurs d’entrer au Nicaragua avec une Bible apparaît ainsi comme le symbole d’une persécution plus large et systématique. Elle illustre la volonté du régime de contrôler jusqu’aux frontières l’accès à la Parole de Dieu et confirme que la pression exercée sur l’Église catholique dépasse désormais le cadre intérieur du pays. Pour de nombreux chrétiens nicaraguayens, cette épreuve renforce néanmoins la conviction que la foi ne peut être confisquée, même lorsque la Bible elle-même devient un objet interdit à la frontière.

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