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Portugal : un individu attaque une marche contre l’avortement avec un cocktail Molotov

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Au lendemain de l’attaque, condamnée comme un acte d’« extrémisme violent » par le gouvernement portugais, une question demeure, de quel côté se situe désormais la violence dans le débat public ?

Un homme de 39 ans a été arrêté samedi 21 mars à Lisbonne après avoir lancé un engin incendiaire improvisé de type cocktail Molotov en direction des participants à une marche contre l’avortement, ont indiqué les autorités portugaises. L’objet, contenant de l’essence, n’a pas explosé. Les faits se sont produits en fin de manifestation, à proximité du Parlement portugais, où plusieurs centaines de personnes, dont des familles avec enfants, étaient encore rassemblées. Selon la police de sécurité publique (PSP), l’engin a atteint le sol à proximité d’un groupe de participants sans se déclencher. Plusieurs personnes ont toutefois été éclaboussées par le liquide inflammable, sans qu’aucun blessé ne soit signalé.

“Nous ne tolérons pas les extrémismes” :
Le gouvernement réagit après qu’un homme a été arrêté pour avoir lancé un engin explosif improvisé, de type « cocktail Molotov », contre la foule lors de la « Marche pour la Vie ».
Incident lors d’une manifestation contre l’avortement survenu à Lisbonne

Dans un communiqué, la PSP a évoqué « un climat d’alarme et de perturbation » consécutif à l’incident. Le suspect, qui ne participait pas à la manifestation, a été immédiatement interpellé sur place. Les autorités ont par ailleurs identifié trois autres individus susceptibles d’appartenir, avec lui, à un groupe de connotation anarchiste. Présenté à un juge le lundi 23 mars, l’homme a été placé sous contrôle judiciaire. Il est désormais tenu de se présenter quotidiennement aux autorités et a l’interdiction de se rendre sur les lieux de l’incident.

La réaction de l’exécutif portugais a été rapide. Le ministre de l’Administration intérieure, Luís Neves, a condamné des faits qu’il a qualifiés d’« extrémisme violent », assurant que le gouvernement « ne tolère aucune forme » de ce type d’agissements et qu’il continuera d’agir « avec fermeté pour les prévenir et les combattre ». Il a également salué la « prompte intervention » de la police. De son côté, la PSP a rappelé son refus de « tout comportement violent mettant en danger la sécurité et l’intégrité physique d’autrui ».

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La manifestation s’inscrivait dans le cadre d’une mobilisation nationale organisée dans douze villes portugaises contre l’interruption volontaire de grossesse. À Lisbonne, le cortège avait débuté au Largo do Carmo pour rejoindre le palais de São Bento, siège du Parlement. Cet incident constitue un fait inédit dans le pays pour ce type de rassemblement. Jusqu’à présent, les manifestations contre l’avortement s’y déroulaient sans violences de cette nature.

Rappelons qu’au Portugal, l’avortement est légal jusqu’à dix semaines de grossesse. La légalisation de l’euthanasie, adoptée en 2023, n’est pas encore entrée en vigueur, en raison d’obstacles juridiques et politiques persistants. En introduisant la violence physique dans une manifestation pacifique, l’attaque de Lisbonne marque une évolution préoccupante du climat entourant ces débats de société. Elle fait écho à une inquiétude plus large exprimée en France. « Le débat public semble sombrer dans la violence », alertait récemment le président de la Conférence des évêques de France, Mgr Jean-Marc Aveline, dénonçant une violence devenue omniprésente dans la vie politique. Dès lors, la question posée dépasse le seul cadre portugais. La violence se trouve-t-elle du côté de ceux qui demeurent attachés à une éthique fondée sur la doctrine chrétienne, ou du côté de ceux qui se présentent comme ouverts et inclusifs, mais ne tolèrent plus la contradiction ? L’événement de Lisbonne, par sa brutalité, invite à poser cette interrogation avec gravité.

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